lundi 10 juin 2013

Grenade











Fin Juillet 2013
LA PREMIERE PARTIE DE NOTRE VOYAGE s'achève peu à peu.
Entre navigation et découverte de différents pays, l'expérience fut riche le temps d'une année.
Notre esprit s'est imprégné de paysages, de tonalités, de couleurs, de perceptions diverses...
Il est vrai que ce sont nos perceptions donc cela reste subjectif...
Néanmoins chaque lieu nous a marqué différemment et notre mémoire conserve une caractéristique propre à chaque endroit :



  • LA MEDITERRANEE est un lieu capricieux et soudain qui nous a permis de nous roder efficacement. Des images d'eau parfaitement lisses avec des dauphins joueurs, comme une mer démontée aux vents coléreux peut la représenter. Autres clichés : une tornade, un Marlin de 1,80m, des baleines....Quoiqu'il en soit la navigation y est difficile, et les souvenirs très disparates.






  • L'ATLANTIQUE plus régulier et prévisible demande une bonne connaissance météo pour l’appréhender. Ce sont les grands espaces, l'ivresse du grand large, le bleu outre mer, les odeurs iodées, les vents constants (parfois bien soutenus!), les pêches miraculeuses, les sensations de liberté...





  • LA MER DES CARAÏBES avec la douceur et constance des alizés, la navigation relativement facile, les beaux mouillages, les terres ensoleillées, les paysages harmonieux, les couleurs intenses et franches, les décors stéréotypes des rêves...





Les terres que nous avons parcourues, elles aussi recèlent chacune leur propre attrait : certaines nous ont marqué par l'aspect nature, d'autres par l'aspect humain , par une activité plus spécifique, parfois une atmosphère, une ambiance, une énergie particulière...
Il n'y a jamais d'indifférence et jamais d'ennui à découvrir un lieu.
Le fait de se déplacer en bateau change aussi notre perception vis à vis des terres. En arrivant par la mer notre vision n'est pas la même que lorsque nous arrivons en avion. Les déplacements étant lents , c'est un petit point de terre qui apparaît d'abord au loin, les heures s'enchaînent et l'attente, le désir de la rejoindre grandit. La terre devient aspiration, le terrien en nous se réveille..
Dans un premier temps c'est l'oeil qui reçoit l'information liée à cette terre puis le nez par l'odeur spécifique à celle-ci que l'on capte parfois à plusieurs miles. Ce côté olfactif génère souvent une vive émotion et un plaisir indescriptible.
A chaque fois que l'ancre est jetée aux abords d'un nouveau rivage, une sensation de joie, de contentement et de soulagement nous gagne.

De plus chaque endroit visité est ponctué par des navigations, aussi se retrouver à glisser sur l'eau nous permet-il d'intégrer le vécu du lieu que nous quittons, mais aussi de garder une fraicheur d'esprit pour appréhender le suivant. Ce temps sur l'eau est une sorte de recentrage, un temps de digestion, de retour au calme et à soi. Ce sont les parenthèses qui nous reconnectent au voyage.

La vie à bord quoiqu'il en soit est une expérience exceptionnelle, un véritable changement de vie, qui modifie notre façon de voir , de penser et d' être. C'est loin d'être toujours facile comme on pourrait le supposer, mais c'est parfois l'occasion de se surpasser et de se découvrir véritablement.
Quoiqu'il en soit cela a ouvert notre appétit du voyage en bateau et notre envie de poursuivre cette belle aventure découle naturellement.



Nous allons donc faire un break de deux mois, avec un retour en France afin d 'embrasser nos proches. Nous attendons la fin de la période cyclonique pour reprendre notre voyage au mois d'Octobre. Nous rejoindrons alors : la Colombie puis Panama et le pacifique...


Le bateau vient d'être sortit de l'eau. Nous sommes sur un chantier au milieu d'une mangrove au bord de l'eau, où de charmantes petites plages agrémentées de cocotiers donnent une note particulière à ce lieu de bricolage. Nous sommes cependant éloignés de tout y compris d'un village, d'une épicerie et autres ... ! Après plus d'un an sur l'eau quelle drôle d'impression d'être à nouveau à terre sans bercement. Notre maison est à présent perchée et statique.




Les moustiques sont féroces et la chaleur torride, mais qu'importe nous avons de quoi nous occuper et penser à autres choses qu'à ces petits désagréments. Marco entreprend de changer les bagues de safran, ce qui n'est pas une mince affaire lorsqu'il s'agit de démonter l'engin. 30 ans ont permis de souder les axes , vis, l'histoire n'est pas gagnée.... Changement des passes coques, carénage et hivernage au programme, nous nous activons donc ; car dans 12 jours nous quittons Grenade pour rejoindre le pays du camembert et du bon vin... On en salive d'avance..



Après 5 jours de chantier voici un aperçu des travaux ! Comme on le supposait le changement des bagues est un enfer :
Nous voulons enlever l'axe qui tient la barre : impossible elle est soudée. Durant une après midi Marco à l'aide de sa perceuse s'attaque à la forer. Une fois l'opération à demi- réussie, nous découvrons 2 goupilles à enlever. Il nous faudra 2 jours pour en venir au bout, nous finissons par appeler un mec du chantier qui a des outils plus adaptés. Les goupilles sont enfin dégagées, la crapaudine enlevée mais l'axe qui retient le safran est évidemment bloqué. Alors le mec revient avec un chalumeau de compétition pour chauffer le carré de bronze. Marco en bas pousse sur le safran , le mec en haut avec des énormes pinces pousse dans l'autre et OH Miracle ! le safran tombe enfin !...
Et là je ne sais pas ce qui prend au mec d'attraper le carré de bronze bouillant ( bloc plein de 10/10 cm environs ) avec un chiffon mouillé ! Je vois la fumée sortir de sa main et les yeux du type s'agrandir sous la douleur. Et voilà pas qu'il jette la pièce en feu par dessus bord au moment où Marco passe en dessous du bateau. Le mec hurle tant de douleur que pour l'avertir du danger. Marco rentre la tête et reçoit la pièce de métal dans le dos ! Le pauvre black se décompose et chiale presque en voyant sa bourde. Quand à moi je ne vois pas Marco et plus inquiétant encore je ne l'entends pas ! Un instant je pense au pire... Le temps de bondir du haut de mon perchoir et je le vois entier ; il nous dit que ça va. Une grosse marque rouge zèbre son dos mais il n'a pas trop mal.
Il doit rassurer le mec qui n'arrête plus de se blâmer et de geindre...
Si nous sommes contents d'être venu à bout de ce satané safran, nous voilà tous choqués et calmés.
Marco s'en sort vraiment bien ! Et le rasta nous dit que JAH a été là et je veux bien le croire...
Nous stoppons net le bricolage et pour nous remettre de nos émotions nous partons nager sur les reefs alentour ! Voilà un bref aperçu du chantier...



Le blog risque fort d'être interrompu jusqu'à mi Octobre, à tous ceux qui nous suivent, nous vous souhaitons un bel été, nous vous remercions de nous accompagner ainsi. Sachez que nos pensées vous rejoignent à de maintes occasions.
Gros bizous au goût d'alizés. BON VENT À VOUS !!!

(Si vous désirez être prévenu par mail de la reprise du blog, n'hésitez pas à nous envoyer un mot à sabrina.candau@gmail.com , vous pouvez également nous laisser vos impressions, commentaires afin qu'il puisse être amélioré...)





Du 15 au 22/07 GRENADE




Grenade est appelée l'île aux épices : noix de muscade, poivre, piment, curry, curcuma, cacao... Cela pousse abondemment. Nous allons visiter un jardin d'épice, histoire de voir à quoi ressemble les plantes et arbres de ces fameux épices que nous consommons.

Ci contre une bogue de cacao



                                                                               


Un parterre de mangues



Nous aimons bien également aller vadrouiller à Saint Georges sur le marché où sont vendues ces poudres colorées et odorantes. Le samedi la ville s'anime, tous les gens viennent vendre leur production dans les rues : parfois juste quelques salades, d'autres des tomates ou des mangues. Ici nul besoin d'être inscrit au registre du commence, de se déclarer auprès de l'URSSAF et RSI et caisse retraite pour venir vendre sa marchandise. C'est peut être pour cette raison que les gens ne crèvent pas de faim et qu'il n'y a pas d’assistanat. Chacun travaille, produit, vend, même si c'est très peu cela leur suffit pour vivre simplement. La dignité se lie sur ces visages et le soin qu'ils prennent de leur personne est remarquable : toujours très propres, soignés, bien coiffés.
Les gens d'ici sont à l'image de l'île propre, belle, luxuriante, généreuse et pas encore pervertie.


Aujourd'hui nous avons fait un sauvetage . Nous voyons arriver à la nage un pauvre iguane-lézard cherchant désespérément à s'accrocher au bateau. A bout de force et de souffle, il arrive à monter à l'échelle de bain, et ne semble pas décidé pour un rond, à remettre ne serait ce qu'une patte dans l'eau. Nous le garderions bien volontiers en tant que passager mais il n'a rien à faire ici !
Alors nous organisons une mission secours. Marco ne semblant pas décidé à le prendre dans ses mains, nous le mettons dans un seau et regagnons les roches du bord en annexe. Nous rendons la liberté à l'iguane traumatisé mais vivant !! Ces petites surprises de la nature nous fascinent toujours, une occasion d'observer et découvrir. Dans l'eau c'est fou tout ce que nous pouvons voir !

Nous nous préparons peu à peu à l'hivernage, démontage, nettoyage, bricolage... dans une semaine nous mettons le bateau à sec, quelques préparatifs sont nécessaires.




Du 12 au 14/07 GRENADE

C'est toujours avec appréhension que nous nous déplaçons en taxi collectif, mais nous n'avons d'autres choix que de les emprunter pour aller faire les courses à Saint George ou découvrir l'île.
Le van est en principe chargé à ras bord : plus de 20 personnes s'y entassent allègrement. Une musique électro au rythme saccadé et inaudible est diffusé à fond la caisse et l'enfer commence. Les routes sont étroites et deux véhicules se croisent tout juste, mais cela n'empêche pas le conducteur d'atteindre les 4 000 tours en quelques secondes, dans les virages les pneus crissent, les suspensions parfois fatiguées n'arrivent à contrer la force centrifuge. Le cul du van se dandine tentant de suivre l'allure imposée par le conducteur pris de folie.
Mieux vaut ne pas regarder la route et faire l'autruche lorsque nous croisons un autre van et surtout ne pas imaginer quelque chose voulant traverser la route à ce moment là !










Pour ma part je me concentre sur les coiffures sophistiquées des femmes devant moi. C'est un véritable art, elle prennent grand soin à s'occuper de leurs cheveux. Celles qui ne les lissent pas ont souvent des tresses, des torsades ou chignon d'une grande complexité mais de toute beauté.

Les jeunes femmes sont très belles, des tailles de guêpe, des yeux de biches, une sacrée musculature , les moins jeunes portent des rondeurs harmonieuses . La couleur de leur peau rehaussé par les teintes vives de leurs vêtements, leur donnent une mine radieuse. En ajoutant leur sourire et leur regard chargé d'éclat de soleil on peut dire que les femmes sont belles...


Nous partons marcher dans les montagnes situées à l'intérieur de l'île. ( étang et cascades)
L'air est légèrement plus vif sur les hauteurs, la végétation extraordinaire : profusion de fougères, de bambous, de plantes et fleurs diverses. C'est la forêt vierge, le sol est détrempé, il faut souvent marcher dans la boue. Des bruits étranges résonnent dans ces lieux, parfois le souffle du vent agitent les bambous les faisant grincer, chanter, des oiseaux mystérieux nous livrent des notes surprenantes.
Les oiseaux mouches volètent au dessus de nos têtes.

Nous marchons des heures sans croiser ni boa, ni personne... et c'est tant mieux !
Au bord de la route, nous avons le plaisir de voir des singes en liberté.
Un bain de nature et de vert, des bouffées de chlorophylle qui nous changent de celles salines.
Ces quelques degrés en moins sur les hauteurs sont fort appréciables.
Marco d'ailleurs commence à avoir du mal à supporter la chaleur continuelle, il faut dire que dès le lever du soleil ça cogne grave ! Seuls les courants d'air et l'ombre arrivent à temporiser l'air brûlant.
Nous convenons que le climat idéal se situe en bordure des alizés c'est à dire entre le 20 et 25 ème parallèle, mais en dessous c'est trop chaud pour y vivre en permanence!






















Du 07 au 12/07

Nous changeons de mouillage et remontons à Woburn bay un peu plus au Nord Est. Une grande baie encadrée par des îlots ; l'un privé doté d'un splendide hôtel, l'autre sauvage inhabité.
Nous avons rapidement la visite d' un américain du bateau derrière nous. Il nous convie à un concert où il va chanter à la petite marina. Une petite marina tenue par un Québécois qui est boucher et vend sa production ainsi que différents services bien commodes et soirées à thème.
Un gangue de papys musiciens navigateurs se retrouvent là pour partager leur musique.
Sur l'îlot sauvage nous découvrons un genre de communauté qui a créer un centre pour les enfants des différents bateaux. Une petite bicoque sur la plage sert d'école et autres activités où les enfants se retrouvent. Un lieu dont beaucoup d'écoliers rêveraient !!




Chaque jour nous nous informons sur la météo et nous constatons qu'une tempête tropicale se prépare. Aussi nous envisageons différentes alternatives au cas où celle-ci passerait au Sud des Caraïbes. Il semblerait au fil du temps que celle-ci se dirige vers la Martinique. Nous pensons aux potes qui sont dans ce secteur et sommes un peu inquiets pour eux.
Ca y est elle est passée, nous n'avons rien senti hormis un calme étonnant sans le moindre souffle d'air durant la nuit et des orages le lendemain.
Nous recevons un mail de notre ami Christian qui lui était dans le cœur de Chantal, voici donc son aventure relatant son passage.

Commencé le 09/juillet/2013 à 9 heures.

Mes amis.
Cette fois ci je vais avoir quelque chose de peu courant à vous raconter : mon premier cyclone à bord !
En effet « Chantal » tempête tropicale, requalifiée cyclone par météo France, nous rend visite.
Sans avoir été invité d’ailleurs !
Je suis au mouillage du Marin, accroché sur un coffre que l’on m’a gentiment prêté.
J’aurais du être dans le sud de l’archipel, mais c’est une autre histoire que je vous conterais plus tard.
Normalement ça devrait aller. Habituellement, sur ce même coffre, un bateau plus grand et plus lourd est attaché.
Acceptons en l’augure. Dans tous les cas je vais être fixé rapidement.
Un cyclone, pour nous marin ça commence avec un peu plus d’acuité qu’à terre par la lecture des cartes météos les jours qui précédent.
Surtout en cette saison, dite cyclonique, où il convient de suivre les informations météo tous les jours.
Et donc, il y a 2 jours, dimanche, les cartes météos montraient une grosse dépression qui se renforçait à plus de 3000 kilomètres dans l’Atlantique, entre le Cap Vert et l’arc Antillais.
Les prévisions de déplacement, la montrait se dirigeant vers les Antilles.
A ce moment on se dit, que l’on va « y avoir droit » et la « préparation » psychologique et physique commence.

J’avais quitté samedi le mouillage du Marin pour celui des Anses d’Arlet, afin de profiter d’un cadre enchanteur et de pouvoir se baigner.
J’y étais en compagnie d’un autre bateau « La Juliane », une famille avec 2 jeunes enfants adorables- Charlie et Zélie-, bateau avec qui nous nous suivons, assez régulièrement, depuis le Brésil.
Lundi matin confirmation.
La tempête tropicale, désormais baptisée « Chantal » -(ce qui n’est pas bon signe, puisque ne sont « baptisés » que les phénomènes météo pouvant devenir dangereux)- est annoncée sur la Martinique pour le mardi.
Nous sommes passés en vigilance jaune, puis orange.

C’est le branle bas de combat dans le mouillage qui n’est pas protégé. Tout le monde lève l’ancre.
Nous aussi, qui nous dirigeons à nouveau vers le Marin.
Arrivé en début d’après midi, la zone de mouillage, déjà ordinairement encombrée, est complètement saturée. Tranquille je me dirige vers la bouée(ou coffre) que l’on m’a prêtée.
Et là, mauvaise surprise. Elle est prise par un bateau d’une base de location.
Je pars à la recherche d’un endroit ou je puisse mouiller l’ancre.
Et là, j’ai eu de la chance. Les gens de la société de location, qui connaissaient mon bateau, et qui sont des amis de celui qui m’avait prêté la bouée, m’en ont indiqué une autre.
Ouf ! Je me sens plus en sécurité que sur chaîne.
De plus il y a un peu de place derrière, et ça me permet de guider La Julianne qui vient mouiller derrière moi.
A priori là ou nous sommes dans la baie du marin, près de la mangrove, nous paraisons mieux lotis que tous ceux qui sont « en tas » en plein milieu du plan d’eau.
Il est mardi 10 heures maintenant.
La tempête est là.
En fait ça se passe très progressivement.
La nuit a été calme. Peu de sommeil, car je suis resté, comme de nombreux autres bateaux je suppose, à l’écoute des informations météo, diffusées toutes les heures (au moins) sur la VHF par le CROSS Antilles. (CROS : Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage).
Et puis progressivement, à partir de 7 heures ce matin, le vent à commencé à monter avec des rafales de plus en plus fréquentes et puissantes.
Ensuite tout s’accélère assez vite.
Ca ressemble assez aux morceaux de musique classique, ou les instruments jouent d’abord doucement (pianissimo ?), puis s’ajoutent les uns aux autres, et enfin l’orchestre « éclate » de toute sa puissance !
Sauf qu’ici, la musique est plutôt lugubre.
Le vent fait un bruit soutenu et un peu inquiétant, qui devient hurlant et sauvage dans les rafales. Celles-ci dépassent de plus en plus souvent les 45 nœuds.
Nous sommes tous en veille sur la VHF, canal 16 qui est le canal d’appel et de détresse.
Et les appels au CROSS se multiplient maintenant.
Je n’ai pas compté précisément, mais une quinzaine de bateaux ont dérapés. Certains sont rentrés dans d’autres bateaux, 3 sont allés, malheureusement, s’empaler dans les récifs.
Les échanges sont incessants entre les plaisanciers en difficultés, le CROSS et la SNSM. La SNSM ne sortira que si il y a des vies humaines en danger.
Car actuellement c’est trop dangereux pour eux(disent-ils), et il y a trop de bateau qui demandent assistance.
D’ailleurs, à 10h30, le premier MAYDAY (appel d’urgence avec vies en dangers ou SOS) vient d’être lancé par un bateau Anglais. Ils sont 3 à bord.
Nous « sommes en plein dedans » maintenant.
Ca souffle fort, régulièrement à 30/ 40 nœuds.
Un bateaux à enregistré une rafale à 51 nœuds.
Deux autres à 62 nœuds. Ca dépend de sa position sur le plan d’eau.
La visibilité est réduite à une centaine de mètres.
La pluie tombe, non pas à la verticale, mais à l’horizontale…
Le plan d’eau, d’habitude comme un lac, est maintenant parcourut de vagues d’environ 50 cm. Dans les rafales, la crête des vagues est arrachée et propulsée par le vent.
Le vent a commencé sa rotation. Il soufflait du Nord Est-ce matin. Il vient de passer, assez rapidement, au Sud-Sud Est.
Après une brève accalmie, il se déchaine à nouveau.
Il continue sa rotation vers le Sud. Et là, sa souffle à plus de 50 nœuds.
Les bateaux se couchent sur l’eau. On ne voit pas à plus de 50 mètres.
Deux bateaux sont en difficulté autour de moi, dont mes amis de La Julianne, qui dérapent, remontent de la chaîne dans la tourmente et vont devoir essayer de remouiller.
Le problème du mouillage sur ancre, outre la grande longueur de chaîne nécessaire, c’est quand le vent tourne.
Le bateau « remonte sur sa chaine », l’ancre qui se retrouve à 180° de sa position initiale, finit par décrocher, entrainant le dérapage.
Avec mon mouillage sur coffre je suis, à priori, plus tranquille. Si le lest est assez lourd et si les amarres (de la bouée et du bateau) ne cassent pas ça devrait aller.
Le bateau peut « tourner » autour du coffre sans trop de problème.
Nous sommes maintenant orientés au Sud Ouest.
Ca signifie que la dépression est en train de passer sur nous.
Combien de temps ça va encore durer ?
La Juliane, manœuvre. Ils sont tous les deux sur le pont. Les enfants sont en bas. J’espère qu’ils n’ont pas trop peur…
Ils me font signe qu’ils pensent avoir stabilisé le bateau.
Un autre bateau est parti sur le récif.
Je viens d’entendre sur la VHF qu’il y en avait jusqu’à 17 heures…
Il est 11 heures 20. Ca promet.
Depuis quelques minutes, on dirait que ça se calme.
On est, peut être, dans l’œil du cyclone…
Ca va repartir de plus belle bientôt. 60 nœuds annoncés !
Je viens d’avoir une petite conversation VHF avec La Juliane. Ca va. Ils s’appuient au moteur et on stabilisé leur situation.
Les prochaines heures vont être encore plus longues pour eux.
Et je suis impuissant : rien que je ne puisse faire pour eux.
Le vent reprend à nouveau.
Par contre, le CROSS vient d’annoncer qu’il y aurait des rafales jusqu’à 80 km/h jusque vers 14 heures et qu’ensuite ça devrait se calmer.
Il est 12 heures 30, et ce serait une bonne idée si ça se passait comme ça…

Il est 16 heures 30. Depuis une heure tout c’est calmé.
Le vent est tombé assez brutalement.
La baie vient de retrouver sa surface tranquille. Ne serait-ce l’eau marron et des débris un peu partout on ne se douterait de rien.
Seul quelques bateaux (du moins ce que je peux voir autour de moi), on des positions bizarres. Deux ont l’air d’être enlacés… Mais je crains fort que ce ne soit pas une liaison heureuse…
Tout va bien.
Birabao est nickel. Le Captain aussi, qui aura juste besoin d’une bonne nuit de soleil.
17 heures 15 : Tout est calme. Ca fait « drôle ». Plus de bruits. En fait on reste tendu longtemps en se disant : ça ne peut pas s’arrêter aussi brutalement… Ca va recommencer…
Et puis non.
C’est réellement fini.
Mais on a tout de même un doute qui reste ancré.
Je suis allé faire un tour à terre. Juste pour voir si ça bougeait là bas aussi.
Non tout est calme.
Mais les nouvelles sont mitigées.
Une nouvelle dépression menace pour la semaine prochaine. Plus grande, plus forte…
Mais a chaque jour suffit sa peine. On verra demain et les jours suivants.
Bises à tous.
Christian.

PS : avec deux jours de recul :
  • La tension chez les plaisanciers restera forte jusqu’au lendemain.
    En fait le stress est surement important et ne « lâche » pas commence ça.
    D’ailleurs nous seront nombreux à ne pas bien dormir malgré la fatigue.
  • Dans l’île il y a peu de dégâts important. Mais de nombreuse coupures d’électricité (plus de 50 000 foyers disent les journaux).
    Aucune victime.
  • Nous avons tous eu beaucoup de chance, parce que Chantal est passée très vite.
    Si son déplacement avait été plus lent, l’histoire eut été différente.
  • Les navigateurs qui avaient lancé le MAYDAY, ont été secourus et sont sains et saufs.
  • De très nombreux bateaux sont endommagés plus ou moins sérieusement.
  • J’ai appris hier au soir que j’avais eu beaucoup de chance. Le catamaran qui avait été placé sur le premier coffre, ou j’aurais dû aller, à dérapé, avec le coffre, et s’est retrouvé dans la mangrove…
    Plus lourd et avec plus de fardage (prise au vent) que moi… Que se serait-il réellement passé avec mon bateau ?
    On ne refait pas l’histoire. Il faut saluer la chance… mais, à postériori, ça « fout les jetons » !
  • La dépression qui menaçait n’a pas l’air de trop se renforcer.
    Il ne devrait s’agir « que » d’un coup de vent à 30/35 nœuds.
    Mais on va garder un œil dessus.
Voilà mes amis.
Quand je vous disais que la navigation n’est pas toujours un long fleuve tranquille.
Mais je suis mieux que dans un studio d’HLM à regarder la télé… Même si je ferais tout pour ne pas me retrouver en pareille situation.
A bientôt.
CHRISTIAN



Une fois de plus nous nous félicitons d'avoir pris l'option prudence et d'avoir rejoint le Sud moins exposé aux cyclones, cela nous évite quelques émotions fortes de ce genre...










CARRIACOU-GRENADE










Le 1/07/13

Une courte navigation de 10 miles nous amène à l'île ronde. Seuls au mouillage sur cette île inhabitée dans une petite baie sauvage.
Durant la nuit cependant la houle vient nous bercer contre les parois des cabines, nous ne pouvons prolonger notre halte, de plus une onde tropicale doit arriver prochainement aussi nous reprenons notre route pour Grenade.





Un pauvre poisson porc-épic a le malheur de mordre à l'hameçon, nous voilà bien embêté, et lui bien gonflé!!






Pour aller à la baie de Prickly il y a 30 miles et la plus grande partie se fait sous le vent de la côte. Pour une fois le vent reste constant et la mer calme, un régal jusqu'à se que nous arrivions à la pointe sud où un fort courant contraire nous attend, nous obligeant à mettre le moteur plein gaz.

Cette côte Ouest offre de hauts reliefs luxuriants doux à l'oeil.
Prickly est une grande baie où de nombreux bateaux sont au mouillage, nous trouvons cependant aisément une place pour jeter l'ancre.
Retour à la civilisation, nous allons enfin pouvoir trouver du gaz, cela fait quelques jours que nous en sommes privés et cuisiner sans cela devient problématique, comme nous nous en sommes vite rendu compte.

Le 05/07

C'est avec un taxi collectif que nous nous rendons à l'ambassade du Vénézuela dans l'espoir d'obtenir un visas pour la suite du voyage cet automne. Nous devrons faire sans pour X raisons, mais nous savons que quelques dollars et bouteille de rhum pourrons arranger notre séjour aux Aves et Roques.
Les taxis collectifs sont nombreux ici et les conducteurs en règle générale sont complètement frappa-dingues. L'accélérateur se voit écrasé au plancher et les freins soumis à rude épreuves, les réflexes pas toujours appropriés, l'anticipation inexistante et seul les dos d'âne, nous permettent de nous remettre de nos émotions ! Il faut le voir pour le croire.


Nous arrivons quand même vivant à la capitale Saint Georges. Les rues grouillent d'agitation, nous découvrons le marché aux épices et fruits, les odeurs et les couleurs nous ravissent. 


Une dame tombe sous le charme de Marco, elle le serre dans ses bras et ses yeux plein d'amour en disent long, Aussi émouvant que cela soit je ne consens pas à lui laisser, j'ai besoin de mon capitaine !




Attirés par une odeur alléchante nous pénétrons dans un tout petit « resto » dont deux tables recouvertes de toiles cirées ancestrales remplissent l'espace. Quelques chaises branlantes datant de Mathusalem supportent 2-3 clients affairés à manger. Un vieux ventilateur ronfle bruyamment.
Nous partageons la table d'un vieux papy édenté qui mâche sans relâche, sans doute lui faudra-t-il la journée pour ingurgiter son assiette. Pour 2,50€ l'assiette locale remplie à ras bord, il n'y a pas de quoi se plaindre et l'ambiance en prime...
Ces dépaysements, ces contrastes de vie nous surprennent sans cesse, c'est tellement bon de plonger dans des mondes différents ; ils nous offrent tant de surprises...
Nos esprits s'assouplissent ainsi de nos références habituelles, nous obligeant à appréhender les choses avec moins de rigidité. Cette diversité crée la richesse !


Aujourd'hui nous faisons la connaissance d'un couple atypique de navigateur : Le monsieur a 90 ans, il est Français, sa femme venant de Trinidad en a 40 de moins facile.
Lui est blanc, des cheveux longs blonds, ses yeux couleur d'eau gardent un éclat pétillant et sa vivacité est étonnante. Elle, la peau noire ambrée, des yeux de biches dont la profondeur est captivante, ses gestes révèlent l'amour qu'elle porte à cet homme.
Voilà encore des personnages surprenants et qui ne cadrent pas avec nos représentations mentales ordinaires. Comment imaginer un homme de 90 ans sautant dans une annexe en mouvement ( avec en prime une jambe en ferraille), naviguant sur une mer agitée et devant tenir le barre? Sa précieuse compagne en est certainement la clef, mais leur mérite n'en reste pas moins extraordinaire ! Un choix qu'ils ont fait pour vivre libre.
Nous retrouvons également à ce même mouillage Rénato le saxophoniste rencontré à La Palma, ( l'équipier à Jacky d'un super trimaran) une occasion pour qu'il nous raconte leurs aventures !
( notamment en Afrique avec les les zozieaux et les cocodriles) Rénato est Italien et son accent et sa prononciation sont vraiment rigolots.



















Le 17/06 îles Petit Saint Vincent au 24/06 Carriacou


















Eole est bien gonflé aujourd'hui, nos réservoirs d'eau, eux le sont moins voire pas du tout.
Il nous faut entreprendre la mission ravitaillement eau à un ponton sur l'île en face sur la petite Martinique.
Malgré les rafales mon arrivée au ponton est plutôt réussie, mais le temps de remplir les réservoirs, les rafales et la houle conjuguée sont telles que les amarres à quai menacent de rompre avec les à-coups. Lorsque nous quittons enfin ce lieu, nous constatons que les tuyaux d'arrosage fixés en guise de protection des amarres ont été coupé et que les amarres ont brulées aux points de frottement.
En quelques minutes une amarre peut se rompre c'est effrayant...
Nous prenons le temps de mouiller et d'aller voir la météo sur internet. Ce n'est pas réjouissant une autre onde tropicale arrive, donc nous voilà encore un peu de temps coincé ici.
On pense être mieux abrité au mouillage de petit Saint Vincent, nous y retournons.



Avec la nuit, le vent forcit encore. Le bateau est tellement secoué que nous nous installons devant l'anémomètre en guise de télévision pour voir les performances du vent, mais également se tenir prêt à agir s'il le faut. Nous ne sommes pas très rassurés lorsque s'affiche sous nos yeux 40 nœuds.
Notre record de vent au mouillage !
Nous ne tenons qu'à une pauvre petite ancre plantée dans le sable et nous sommes conscients qu'avec vent et houle, elle peut déraper. La plupart des pertes des bateaux se font ainsi!!!
Nous restons éveillés le temps que le vent faiblisse un peu et mettons l'alarme de mouillage pour la nuit. Cependant à chaque rafales nous quittons le royaume des rêves, l'esprit se met en veille et monte la garde. La pluie se déchaine et le lendemain il en est de même. On se croirait en Bretagne sauf que la température est à 29°c, c'est la journée la plus fraiche depuis 2 mois !
Journée repos pour la peau ! Pas de soleil ! Les hublots sont fermés et la vie se concentre à l'intérieur entre lecture, préparation de routes futures, bricolage moteur, inventaire pour l'hivernage... car nous allons rentrer 1 mois et demi en France mi-Août, les billets sont pris !

La navigation durant la période cyclonique étant périlleuse, mieux vaut mettre le bateau à sec et en profiter pour aller embrasser nos proches tant qu'il est encore facile de le faire car une fois dans le Pacifique cela risque de l'être moins. Tidoudou sèchera un peu son ventre au chantier de Grenade.
Il est de toute façon nécessaire de faire un carénage, changer les bagues de safran, les passes coques... et autres bricolages avant d'entreprendre la grande route à l'origine de nos rêves... Nous consacrerons un bon mois pour le préparer.

Le 19/ 06

Petite trouée propice à retourner à Union faire les papiers de sortie, puis cap sur Carriacou.
Nous voilà dans une nouvelle baie fort tranquille, dans un décors fidèle aux Antilles.
Le chaud soleil est de retour.




















A Hillsborough, petit village ( qui est toutefois la capitale de Carriacou) quelques mamies au coin des rues vendent des mangues ou des bananes, pas de grandes activités ici. Tout semble vivre au ralenti, dans une simplicité nue, pas de belles façades pas d'attrape touriste... pas de tourisme non plus d'ailleurs! La gentillesse émane parfois avec poésie. Un vieille dame à laquelle nous avions acheté des fruits nous disait : « Thank you sugar flower and lovely gay ! » avec une sincérité touchante !
Le mouillage par contre est vraiment rouleur et les nuits, nous sommes bercés un peu trop copieusement.

Le 21/06
Sandy island est une langue de sable blanc -rose entourée d'eau turquoise, également un parc national où de nombreux oiseaux ont élus domicile. C'est aussi un peu le stéréotype de l'île de nos rêves : déserte, sauvage, romantique... Nous mouillons et gagnons l'île à la nage en profitant ainsi pour explorer les fonds. Cela a dû être très beau avant que les coraux ne soient dévastés par le cyclone Lenny, quelques poissons nichent malgré tout dans les coraux morts. Aux abords de la plage des nuées de petits poissons argentés dansent et nous mêlent à leur frénésie, nous sommes au milieu de leur magnifique danse. Les pélicans et autres oiseaux plongent pour les attraper.
La plage s'étire avec finesse et harmonie, le contraste des couleurs ne fait que la parer d'un attrait supplémentaire.
Le relief de Carriacou et de l'île voisine semblent veiller et protéger ce petit trésor.

Le 22/05




Le mouillage le plus protégé des Grenadines est Tyrrel bay, il dispose même dans sa lagune d'un abri à cyclone pour les plaisanciers. C'est une grande baie où de nombreux bateaux sont au mouillage.
Malgré la chaleur, nous arrivons à aller marcher sur des chemins qui longent la mer plus ou moins en forêt.





























Du 22 au 30/06
Nous restons donc quelques jours dans cette baie avec un rythme quelque peu ralenti par la chaleur et le passage d'ondes tropicales.





Pas de grandes activités, juste quelques marches d'exploration où nous rentrons chaque fois à la limite de l'insolation et dégoulinant de sueur !

Nos après midis se passent à la terrasse d'un petit bistro à l'ombre, connecté à internet. L'occasion de préparer la route future, de se documenter sur les différents pays par lesquels nous allons passer...



Nous pataugeons dans l'eau à 29°c, nettoyons la coque qui se couvre régulièrement d'algues, coquillages et crabes.
La vie trépidante, agitée nous paraît comme un lointain souvenir, de toute façon nous n'avons pas d'autres choix que de s'adapter à celui qui s'offre à nous.
Une personne agitée à mon avis ne mettrait pas beaucoup de temps à se calmer dans un environnement comme celui-ci !



Cette île respire la quiétude, on se croirait à une lointaine époque. Les gens vivent encore de ce qu'ils produisent de leurs mains, de leur savoir faire. Il n'y a que de petits artisans et petits commerçants. La seule chose qui trahisse notre civilisation est la connexion internet.


Demain 1er Juillet nous partons plus au sud à l'île ronde, halte de 2 ou 3 jours avant de rejoindre Grenade.
En France le printemps semble avoir était zappé, mais peut être que l'été vous fera la grâce de sa présence, nous vous le souhaitons ! En tout cas nous, nous avons eu plus que notre part de soleil, alors on veut bien vous en envoyer, je suis sure que quelques miettes de celui-ci suffirait pour chauffer votre carcasse tant il est concentré !!!
Notre thermomètre ne descend plus en dessous de 30°c par contre au dessus....





Ce tour du monde nous permet de rêver notre vie les yeux ouverts.
Nous nous en sommes, certes, donnés les moyens mais savons reconnaître la chance qui nous est offerte.
Ce voyage est aussi dédié à tous ceux qui ne peuvent le faire... et qui pourtant nous accompagnent par les pensées et dans notre coeur...
Il est un petit ange, partit beaucoup trop tôt pour le grand voyage que je voudrais associer à notre aventure ; car tel était son rêve. Mattéo vogue aussi avec nous sur les océans et vers les terres lointaines...


















Du 12 au 16/06 Mayreau à Petit Saint Vincent

Après le passage de l'onde tropicale, des vents forts et de la pluie, nous mettons cap sur l'île petit Saint Vincent à quelques miles de Mayreau. Nous avons repéré sur la carte l'entrée de la passe entre deux hauts fonds de plateaux sableux. Mais à l'arrivée quelle n'est pas notre surprise de voir des déferlantes barrant notre route et des récifs à fleur d'eau. Moment de panique on abat toute !
On se rend compte que la passe se trouve plus bas entre un autre plateau de sable et ces deux là.
Saint Vincent est une île privée où un hôtel de luxe s'est construit au milieu de la végétation naturelle.
Un lieu splendide où la performance de l'Américain qui l'a construit est d'avoir su intégrer parfaitement les installations et garder l'esprit sauvage du site.








En face la petite Martinique accessible en annexe, nous nous y rendons et la découvrons en partie à pieds. Nous aimons beaucoup cette ambiance authentique avec les petites bicoques colorées.

Il semble que le niveau de vie ne soit pas très élevé, mais un air de tranquillité s'échappe de ce lieu.





Ca et là des tombes au milieu des habitations, des chèvre qui broutent, des potagers... il semble que tous les aspects de la vie soit intégrés sans délimitation, sans barrières...



Ce lieu, comme Marie Galante, Mayreau, Sainte Lucie, Bequia sont pour nous des îles qui révèlent le mieux l'esprit Antillais. Le dieu monnaie se voit détrôné par le dieu Bob.

La vie simple avec des activités de base : cultures, pêches... Si en plus il peuvent tirer un petit profit du tourisme de passage en vendant 3 poissons et quelques fruits, ils n'en demandent pas plus...
Pas de stress, pas d'agitation inutile, le temps règne et s'étire insolemment.
La nature généreuse offre ses fruits et sa beauté, les petites habitations parfois sommaires sont éclairées du sourire des habitants et de musique.





Nous nous faisions la réflexion qu'en fait des Antilles ce qui nous a le moins plu, c'est la Guadeloupe et le sud de la Martinique où les Français sont venus implanter leur culture, leurs structures et leurs euros. Les inégalités de vie sont frappantes.
En créant un besoin de consommation on a créer une envie et donc des frustrations qui se révèlent par une certaine agressivité, du racisme, des vols, des meurtres.... Il n'y a pas toujours de quoi être fière d'être Français !!







DE SAINTE LUCIE AUX TOBAGO


Du 01/06 au 07/06
Nous passons une semaine dans cette baie fort jolie, le matin tant qu'il fait frais c.a.d : 35°c ; nous allons marcher sur les hauteurs dans la végétation exubérante. Les après midis, planqué à l'ombre, nous prenons le rythme des gens d'ici en glandant tranquille ! Les boats boy viennent nous voir régulièrement pour s'assurer que nous ne manquons pas de fruits ! On se gave de mangues, de bananes, d'ananas, papayes c'est la saison ! Nous constatons que selon où l'on se trouve nos cures gastronomiques diffèrent. Ici ce sont les fruits, après les langoustes c'est pas mal !
Une nouvelle activité à bord s'est installée : c'est ouvrir et fermer les hublots. Les grains se succèdent tous les quarts d'heure, laissant une atmosphère tropicale d'humidité étouffante.
Les vent sont bien gonflés, nous attendons qu'ils mollissent un peu pour lever l'ancre.

Enfin un créneau ! Nous décidons de faire un stop à ce que l'on dit être le plus beau mouillage des petites Antilles « aux pitons » plus au Sud (toujours à Sainte Lucie).
Une courte navigation où l'on aperçoit ces 2 sommités surprenantes de loin.
L'un des pitons a une base large , malgré cette masse imposante, il flirte avec le ciel avec la rondeur de son sommet. L'autre est son contraire, sa finesse, son aspect élancé, lui donne de la légèreté. Il darde sa pointe effilée crevant les nuages avec insolence.
La hauteur de ces deux pitons est encore plus impressionnante à leur pied.
C'est à couper le souffle tellement le cadre est beau.

Nous avons opté pour une navigation de nuit, car les journées torrides nous mettent au supplice lorsqu'il faut être sur le pont en continu sans ombre.
Nous quittons cet endroit magique, en fin d'après midi par un doux vent pour 60 miles.
Les voiles sont gonflées mais nous gardons un appui moteur pour se dégager rapidement de la côte afin de toucher des vents plus réguliers.

















Au bout de deux heures le soleil décline dans un dégradé de jaunes d'or et nous constatons que le paysage n'a pas quasiment pas changé. Fascinés par les pitons, le décor, les lumières nous ne nous sommes pas rendu compte que l'on n'avançait pas. Le speedo nous indique pourtant 4,5 nœuds, nous avons les voiles, le moteur, un peu d'air mais en regardant le GPS on avance à 1,5 nœud.

Le courant est tellement fort que l'on fait presque du sur place. Nous voulions passer au vent de Saint Vincent, mais vue ce foutu courant mieux vaut passer sous.

Nous ne comptons pas nous arrêter sur cette île ; trop de vols et agressions ont été reporté.
Nous passons donc à l'Ouest des terres en sachant que nous aurons droit aux déventes et surventes comme toute navigation sous les reliefs !
J'entame le premier quart dans le noir total, pas un rayon de lune. Nous sommes dégagés de Sainte Lucie dans le canal, le vent commence à nous mettre au parfum de l'inconstance. Les variations d'intensité de celui-ci affole notre régulateur d'allure qui ne peut redresser les départs au lof. Je me vois contrainte de le faire pour lui ( sans doute sommes nous trop toilé le temps des rafales !!)
Un quart bien occupé. Lorsque Marco prend la relève, nous sommes sous le vent de l'île et là les variations sont extrêmes. Il ne fait que rouler, dérouler le génois, mettre et éteindre le moteur.. Il s'agite ainsi jusqu'au lever du jour sans avoir le temps de contempler les étoiles !!

Le 08/05
Bequia s'étire sous nos yeux, relief bas, chapelet de terres formant une longue langue bosselée. Nous jetons l'ancre aux abords de port Elisabeth dans une eau cristalline.
Nous survolons en annexe les fonds bleutés où la transparence est fascinante afin de rejoindre le village. Mission papiers pour faire notre entrée aux Grenadines. L'ambiance est colorée : des étales de fruits un peu partout, des cahutes peintes dans des tonalités vives, des odeurs de poulets grillés et épices, la musique des rastas, un soleil radieux pour illuminer tout ça, histoire de se sentir vraiment dans les îles ! Les gens sont agréables et les potes à Bob Marley s'avèrent vraiment cool !
Notre mémoire retrouve la barque de l'un d'eux dont le visage de son idole été peint sur le moteur. Et sur la coque été écrit : JAH is my co-pilot ! Il nous a fait rire car c'était vraiment le rasta caricaturé. Il venait nous vendre je ne sais plus quoi, un peu déchiré par la Ganja, mais avec le sourire, la gentillesse et une certaine forme de fraternité qui ne laisse pas indifférent.
Une indolence flotte dans les rues où des noirs sont assis ou allongés à l'ombre d'un toit, des arbres.. Le rythme semble s'étirer dans une certaine nonchalance sous la chaleur et nous même ralentissons le pas. On traîne un peu plus le pied, nos gestes sont moins vifs, on pense davantage à aller s'assoir à l'ombre qu'à s'activer comme des mouches au soleil !!...


















Je n'ai pas mon appareil photo, pourtant ce lieu se prêterait à quelques clichés. Mais j'hésite toujours à braquer mon objectif sur des personnes à qui je n'ai pas demandé l'autorisation. Cela me parait intrusif et indélicat. J'ai toujours un peu honte de prendre des photos en douce, d'un visage.

Et dans certains pays c'est d'ailleurs tout à fait mal accepté et les gens sont fort mécontents si on s'aventure à les prendre en photo. Un pêcheur m'avait, à ce propos, tellement engueulé qu'il m'a vacciné à jamais !


















Les grenadines sont un ensemble de petites îles dont les Tobago Kays sont un des grands attraits.

Nous faisons route en direction de ce lieu. Les navigations à présent sont assez courtes quelques heures seulement.
En 5heures nous voilà dans la passe ; les couleurs bleues éclatent de part et d'autres laissant deviner des récifs à fleur d'eau par la teinte vert -turquoise.
La lumière en cette fin d'après midi est parfaite pour nous aider à repérer les reefs.
Des petites îles encadrées par une barrière de corail sont comme des bijoux dans un écrin. Très peu de monde au mouillage ce qui est exceptionnel pour ce site ! On dit du mouillage où nous sommes qu'en pleine saison si on trouve une place pour y jeter l'ancre c'est comme si nous gagnons à la loterie.
Sitôt l'ancre posée, nous plongeons dans le cristal liquide pour regagner à la nage le bandeau de sable de l'île Baradal.


De nombreuses tortues peu farouches, nous accueillent avec leur nage gracile, des raies bleutés agitent leurs ailes et tentent de s'enfoncer dans le sable, d'énormes Carangues nous passent sous le nez, et tout cela à 1mètre à peine... Si à Sainte Lucie nous pleurions de ne rien voir, ici nous voilà comblés...
La petite île est une merveille. Nous atterrissons à la nage sur une petite plage de sable blanc . Nous ne résistons pas à aller vadrouiller sur un sentier qui monte dans la verdure, même si nous sommes pieds nus.




Nous croisons deux tortue de terre. Leur carapace semble sculptée dans l'ébène, gravée de motifs au centre desquels des topazes ont été ajouté. Les oiseaux partout autour s'ébattent, piaillent.
« Ho regarde ! dis je à Marco, le drôle d'oiseau dans l'arbre !! »
Pour un drôle d'oiseau s'en est un ; car il s'agit en fait d'un iguane perché là haut.
Arrivés au sommet, un point de vue fabuleux sur les reefs et îles autour !
C'est l'île enchantée ! On en revient pas de toute cette profusion de vie animale, de couleurs, d'iles..
A l'instant même, tout en écrivant, une sorte de Ménate (oiseau) vient de rentrer dans le bateau et réclame à manger. Nous lui tendons un bout de saucisson, il le prend dans la main !
Notre oiseau ne semble plus vouloir partir ! Espérons qu'il ne chiera pas partout ! Il nous pique des biscuits apéro et et tape dans nos bananes à coup de bec !!



Le lendemain nous partons sur les récifs avec l'annexe pour plonger, les yeux grands ouverts nous remplissons nos mirettes. Nous les achevons en faisant le tour des îles, grimpons sur les sommets. Les couleurs sont tout bonnement incroyables, le paysage extraordinaire. Tant de beauté....


















Le 10-12/05 les TOBAGO Kays

Les vents se renforcent et une onde tropicale ne va pas tarder à arriver. Nous allons donc rejoindre un mouillage plus abrité sous le vent de Mayreau.
Toutes ces îles sont en principe très fréquentées en haute saison et l'on pourrait penser que des infrastructures touristiques se soient implantées ; mais pas du tout ! Quelques pêcheurs proposent seulement des BBQ sur les plages sous une paillote.

A Mayreau , nous sommes surpris de découvrir un petit village authentique et coloré où seuls les nombreux bars trahissent le passage touristique. Deux pauvres épiceries ravitaillées par les mouettes offrent quelques boites de conserve et côté légumes : un panier d'aïl et une seule pomme de terre.
Le niveau de vie n'est pas très élevé, il manque par exemple la prise en charge des déchets, on trouve encore des décharges en pleine nature. Par contre tous les bars sont équipés d'internet ! Le progrès est étonnant !!
350 habitants peuplent cette île. La vie locale est cependant bien animée au son du Reggae. Il y a une école primaire et le soir les collégiens rentrent de Union par le ferry. Les pêcheurs viennent régulièrement nous vendre leur poisson à bord. Les gens sont agréables et toujours prêts à échanger quelques mots.
En faisant le tour de l'île à pieds par la côte, nous découvrons la beauté de ce petit bout de terre :
Succession de plages, de criques, de végétation parfois impénétrable, des couleurs et contrastes intenses...
Le lieu se prête au snorkeling, mais hélas Marco ne peut utiliser son fusil car la pêche et chasse sous marine sont interdits aux étrangers, ce droit est réservé aux locaux. Je ne vous raconte pas la gueule à Marco en voyant toutes ces langoustes que l'on ne peut que regarder ! 







vendredi 31 mai 2013

SAINTE LUCIE

Le 30-31/05
Ce matin 20 à 25 nœuds de vent, 2,50m de houle, mais le ciel est clair et l'envie de partir se fait sentir. La navigation dans le canal de Sainte Lucie est donc bien agitée, malgré la voilure restreinte. Le soleil mordant est presque insupportable, vue la force du vent nous ne pouvons mettre de taud. On chope limite une insolation!

















Nous découvrons la baie de Marigot, sorte de crique encadrée de terres hautes couvertes de verdure.



L'endroit est beau. A l'entrée des boat boy nous attendent avec leur annexe pour nous louer un coffre ( une bouée). La zone de mouillage étant très réduite et déjà occupée, nous suivons Thomas avec ses dreads et son sourire jusqu'à une bouée. A cette époque, ce n'est plus aussi fréquenté qu'en haute saison.
Pleins de petits vendeurs passent avec des engins flottants, vendeurs de bananes, de mangues, de hachich, de CD de musique, videurs de poubelles... Nous sommes bien sollicités, mais ils ne sont pas trop insistants, ils restent agréables et souriants malgré nos refus.

 On ne résiste pas toutefois aux mangues juteuses et aux belles bananes!



Nous retrouvons avec joie une certaine authenticité des îles qui n'est pas sans nous rappeler Antigua.
Ici aussi ça parle Anglais, mais les petits vendeurs ont appris le Français. La Martinique n'étant pas loin, le tourisme passe par là.
C'est un havre de verdure où tout semble pousser sans effort, vue que les reliefs sont assez hauts, ils sont généreusement arrosés par les pluies.
Le lendemain nous arrivons à nous mettre au mouillage et partons marcher sur les hauteurs dans la nature parfumée et luxuriante.


Lettre du 1er Juin



Bonjour à tous,



Voilà un an que nous sommes partis.
Nous avons parcouru 6 500 miles soit 11 700 km.
Cela représente la moitié du chemin pour se rendre dans les îles du Pacifique.
Voyager en bateau nécessite beaucoup de temps, surtout si l'on veut visiter les pays par lesquels nous passons.




Le temps est la base indispensable et sa notion diffère de celle à terre.
Il n'est plus une contrainte mais devient espace d'évolution.
Nous devenons les passagers du temps, et nous nous soumettons à sa mouvance :
Durant les longues traversées en mer parfois il s'oublie, se perd, se suspend, s'immobilise, s'étire, file....
Le tic tac des obligations, du devoir, du faire disparaît. La seule relation avec l'aiguille du temps est liée aux quarts afin que chacun ait son compte de sommeil
L'heure n'est plus régie que par les paramètres jours et nuits.
Un cadran plus large qui laisse place à plus de liberté.

«  Le temps est l'espace que l'on s'octroie pour réaliser ce qui nous est essentiel » IAO



Le retour à des valeurs et besoins plus simples s'opèrent naturellement.
Les tentacules de la société de consommation et de ses pressions n’atteignent pas le large.
Sur l'eau, pas de tentations, nul besoin d'avoir ou posséder.
Une sensation agréable de dépouillement se fait jour. Nos besoins se restreignent tant sur le plan matériel que mental. Nous libérant ainsi de nos attaches factices.
Il n'y a pas de place à l'ennui, ni au besoin de s'occuper ou se distraire. Il y a déjà bien assez à faire en navigation : réglage de voile, surveillance, pêche, être présent à ce qui se passe.... et à découvrir de nouvelles îles, de nouvelles personnes...

Les relations sur un bateau se limitent à celles que nous faisons à terre lors de nos escales.
Il est vrai qu'entre navigateurs l'échange se fait spontanément. Nul besoin de connaître la personne pour l'inviter à boire un coup. C'est là, le meilleur moyen de faire connaissance. Les liens se font grâce au fait que nous vivons sensiblement les mêmes expériences et que nous avons la possibilité d'échanger des informations. Il n'y a pas de réelles attentes car nous savons que nos chemins se croisent et se séparent, cependant certaines rencontres sont des pépites d'or.



La relation avec les locaux diffèrent selon l'endroit où nous nous trouvons. Parfois on se sent bien accueilli, la gentillesse émane et la relation s'établie par un sourire, quelques mots,, un échange. Il y a aussi parfois de l'indifférence, parfois l'accueil réservé au « touriste porte monnaie », parfois un accueil qui laisse à désirer. Mais après tout nous n'avons pas été invité, alors c'est à nous à faire l'effort d'aller vers les gens et à s'adapter à la population.






La nature reprend sa vrai valeur, nous invitant à suivre ses lois, ses humeurs et à la respecter.
Son spectacle suffit à nous combler.
Nous sommes ses hôtes, et nous nous plions de bonne grâce au rythme qu'elle nous impose, tout comme le temps.



C'est un véritable plaisir que de la découvrir chaque jour un peu plus et de voir à quel point tout n'est qu'équilibre et harmonie. Je pense que c'est à travers elle que le sens de la vie prend toute sa dimension. Comprendre ne serait ce que les phénomènes météorologiques montrent à quel point ce monde est merveilleusement fait. Tout n'est que cohérence, intelligence, interdépendance...
Sans parler de sa perfection qui éveille en nous le sens de la beauté.
Comment ne pas être sensible à ces paysages grandioses, à toute cette flore et faune sous marine, à ces espaces immaculés des mers et océans... ?




















Certains spectacles, hélas nous amènent à prendre conscience de nos actes.

Les côtes espagnoles jonchées de bâches plastiques à perte de vue pour cultiver des légumes, des fruits ne poussant que dans des engrais chimiques, les constructions et infrastructures touristiques qui poussent telles des verrues un peu partout sans respect du lieu et de ses habitants, les pêches intensives qui détruisent toute l'écologie marine et certaines espèces ( dans certaines îles des Antilles, il n'y a quasiment plus rien dans l'eau , on la croirait morte) ....
On ne peut fermer les yeux sur cet environnement souillé au nom du profit, du pognon ! Ça fait mal !
Alors, lorsque l'on trouve des lieux comme à Brava au Cap Vert par exemple ; où l'homme vit encore dans le respect de la nature, la dignité, loin de la sur- consommation, cela nous touche et nous émeu.
Nous remettons quelques peu en question notre principe d'évolution moderne!! Et l'on se demande si l'on ne devrait pas prendre exemple sur eux, question bon sens !!! Et quand on voit leur sourire, leur joie de vivre et leur gentillesse , on prendrait bien leur recette du bonheur....



En fait le voyage permet d'ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure, mais aussi sur notre humanité et nous mêmes.
Ce changement de vie radicale est une expérience extraordinaire.




Notre moyen de locomotion n'est pas des plus confortables, ni des plus rapides, mais nous permet cependant d'aller là où bon nous semble, même de traverser les océans... Chaque navigation est différente tout comme ces étendues d'eau. Elles n'ont jamais le même visage. La mer peut être lisse calme, ridée ou en colère....

Nous apprenons à écouter sa respiration, son souffle, son humeur. A chaque navigation il nous faut l'apprivoiser, se mettre à son rythme et intégrer son énergie. Si les manœuvres se répètent, il n'y a cependant aucune routine à naviguer.
Les maîtres à bord ce sont les éléments. Nous ne faisons que les accompagner en tentant de les utiliser au mieux.




La mer et ses vastes horizons nous exposent à tant de grandeur et tant d'éléments, qu'un besoin de refuge se fait parfois sentir. C'est pourquoi le petit espace intérieur du bateau est fort appréciable c'est comme une coquille nous permettant de nous isoler momentanément de l'extérieur, une protection. C'est peut être aussi un besoin de retrouver un cadre à notre taille au milieu de la démesure tout comme le Bernard- l'ermite.


Il faut juste apprendre à vivre dans cet espace exiguë à deux en permanence.
On ne peut se cacher de soi- même sur un bateau, on ne peut fuir. Les épreuves de la mer se chargent de faire tomber les masques.
Nos faiblesses, comme nos forces nous sont révélées sans fioritures et celles de notre partenaire également. Nous sommes mis à nu.
Un moyen de se voir tel que nous sommes et de parfaire notre propre connaissance et celle de l'autre, et de tester notre entente et notre complicité.
Ici pas de demi mesure soit les liens se renforcent, soit ils cèdent.

Un an c'est long et à la fois court au regard de ce qui nous attend, si nous voulons voir le monde...
Quelques paroles d'une chanson de G.Moustaki me reviennent :
« Nous prendrons le temps de vivre, d'être libre.... lalala!!!»


Nous savons que pour certains ces derniers mois n'ont pas été très ensoleillé ni agréable côté climat, aussi on espère que le moral tient bon la barre! Nous ne pouvons que vous envoyer de douces pensées et tenter de partager un peu notre voyage par le biais des mots et photos du blog.

Nous restons ouverts à vos réactions, vos nouvelles sont à chaque fois un véritable plaisir, alors n'hésitez pas à nous racontez vous aussi un peu votre vie...
mail : sabrina.candau@gmail.com
On vous embrasse chaleureusement !!!


mardi 14 mai 2013

Quelques difficultés à organiser le blog!! il faut parfois aller voir plus bas pour les mises à jour afin que je respecte l'ordre chronologique!
TRAVERSEE MARTINIQUE

Le 11/05
Après ces derniers jours à grain, une petite trouée se présente qui nous permet de mettre les voiles en direction de la Martinique. C'est repartit ! Attention aux bouées de pêche qui longent toute l'île.
Malgré notre vigilance, nous passons sur l'une d'elle, elle vient fortement taper la coque, tordre la pale du régulateur d'allure et se prendre dans la ligne de traîne ! Le bordel quoi !
Le vent est établit à 20 nœud aussi la grande voile est hissée avec un ris et nous mettons la trinquette. Il nous faut faire encore du prés serré. Nous longeons la Dominique et la nuit noire sans lune tombe. Le vent forcit à 24 nœuds, on reprend un ris. La houle s'en donne à cœur joie et secoue le bateau, perturbant ainsi notre sommeil.
De gros nuages menaçants sont sur la Martinique, nous craignons de prendre un grain. Il nous faut trouver la passe d'entrée pour rejoindre le havre du Robert. Le chenal non matérialisé est étroit et la houle ne nous facilite pas l'entrée, ni les bouées de pêches au milieu. Entre la côté déchiquetée et les hauts fonds, nous avançons guidés par la couleur de l'eau, Marco à l'avant me dirige.
Il nous reste encore 4 miles pour regagner la baie du Robert où la vigilance est de mise malgré les cartes, il faut garder un œil sur les fonds et ces saletés de bouées. Nous sommes sur la côté au vent, lieu peu visité par les plaisanciers car plus délicate au niveau navigation. Pourtant les décors sont magnifiques dès que nous pénétrons dans cette large baie. Il y a une quantité d'îlots verdoyants une dizaine, les oiseaux nous offrent un concert et c'est un enchantement que de sillonner par là autour.


L'ambiance est particulière avec des prairies, des forêts, des palmiers. Un mixte de paysage qui forme un décors doux à l'oeil !
Nous mouillons au fond de la baie derrière une petite île, l'eau est comme une piscine. C'est incroyable en quelques minutes nous passons d'une mer agitée à plate, d'un vent costaud à pas un pet d'air.
Il fait une chaleur aussi incroyable et sommes obligés de nous tremper sans cesse. Après cette nuit de navigation sans peu de sommeil, nous sommes crevés, mais dans les cabines c'est la fournaise et l'on se liquéfie totalement sur nos matelas.

Le 12/05
Chaud ou pas, la fatigue a raison de nous, nous sombrons dans un sommeil profond.
Au matin, nous optons pour retourner à l'entrée de la baie, plus ventilée. Marco a lu sur un guide que près des hauts fonds on pouvait trouver des langoustes. Nous partons donc à la nage faire le tour d'un îlot en repérage. Nous nageons parfois dans 40 cm d'eau (trop chaude), De nombreux casiers abandonnés, cassés sont posés sur le fond. Nous en trouvons un avec une belle langouste à l'intérieur qui nous attend.
Marco retourne l'après midi en annexe la chercher. Il n'y a presque plus de poissons tellement cela a été pêché. D'ailleurs à présent les petits pêcheurs sont obligés d'aller à 100 km des côtes pour trouver leur nourriture. Ils partent avec leur barques à moteur à l'asseau des vagues seul moyen de pouvoir subsister.
Un tour à terre sur l'ilet Madame, sur un joli sentier dans la forêt.
Nous sommes dimanche et l'activité nautique bat son plein. Il doit y avoir une fête des pêcheurs car ils sont tous sur leur barcasse avec la famille, suivant une compétition de petits bateaux aux voiles carrés. Les jets ski ne sont pas en reste, ils tournicotent à fond la caisse. C'est la frénésie sur l'eau et dans l'eau où des enfants se baignent en criant ! C'est dimanche quoi !!


Le 13/05
Le calme est revenu l'île est déserte, nous avons repéré des cailles ( reef) susceptibles d'abriter des langoustes. Après 2 heures de chasse nous ramenons 4 langoustes dont une Brésilienne. Il faut fouiner car elles sont bien planquées dans des trous et des herbes, pas faciles à trouver.
Après la canicule de l'après midi, Marco part sur un reef où les vagues déferlent et où le tombant est plus profond. Il revient avec deux grosses langoustes, et le sourire aux oreilles car il a trouvé le spot ! Evidemment cet endroit n'est pas prisé car il faut aller affronter les vagues, mais mon surfeur en a vu d'autre et ne se laisse pas impressionner ! Cependant durant sa chasse un grain avec 30 nœuds de vent a surgit ; l'annexe mouillée avec une petite ancre s'est faite embarquée. Le chasseur a du engager une poursuite à la nage et l'a récupéré de justesse !



Le 14/05
Nous allons au village du Robert afin de nous ravitailler en frais et trouver une connexion internet pour avoir des infos météo concernant la suite de notre route.








Nous y allons en annexe une belle tirée, environs 5km pour s'y rendre ! Puis des kilomètres à pied pour rejoindre une station service afin de faire le plein d'un bidon d'essence, tout cela sous le soleil accablant du début d'après midi.
Ce n'est pas un lieu fréquenté par le tourisme et nous sommes dans la couleur locale. L'ambiance change quelque peu de celle que nous avons eu à Marie Galante et d'autres îles. On sent une certaine distance dans les regards où l'on ne peut que se sentir étranger. On répond tout juste à nos saluts, pas d'agressivité, mais on ne se sent pas vraiment les bienvenus.
Un type avec son annexe qui habite ici, nous expliquera que des problèmes de racisme existe entre les noirs et les Béquets qui ont le monopole économique. La ségrégation raciale est assez frappante, nous le constatons ne serait qu'un Dimanche où l'un des îlets n'est fréquenté que par les blancs et un autre par les noirs !!! Toutefois on peut comprendre que cette domination des blanc becs, encore aujourd'hui, avec tous les privilèges qui leur sont octroyés puissent peser aux noirs !!

Nous changeons de mouillage car celui-ci est trop protégé, il n'y a pas d'air. Nous retournons à l'entrée de la baie derrière deux îlets. Comme toujours nous sommes seuls, pas d'autre bateau !

Le 15/05
C'est l'occasion de découvrir ces deux îlots à pied, puis d'en faire le tour à la nage. Evidemment l'oeil du chasseur repère vite les spots à langoustes. Une fois par jour depuis un mois et demi nous mangeons des langoustes, alors on continue ce même régime qui nous convient parfaitement. Il paraît que c'est bourré de calcium. Aujourd'hui c'est notre centième langouste attrapée...





Marco a à présent la technique et rares sont celles qui lui échappe.
Il faut dire que depuis la Guadeloupe c'est devenu notre principale activité. Des heures durant nous plongeons, nageons, chassons et nous nous régalons.
Il y a toujours l'entretien quotidien du bateau à faire, notamment depuis quelques temps notre antifouling s'érode, il nous faut nettoyer la coque une fois par semaine avec raclette et éponge.
Les coquillages et algues s'accrochent à une vitesse incroyable et les petits crabes, puces des mers et autres parasites viennent s'y nicher.
Une occupation qui nous prend plusieurs heures. Après nettoyage de la coque, il faut procéder à notre propre nettoyage car cela nous gratte partout. Parasites et crabes se cramponnent à notre peau.

Nous venons d'apprendre la raison pour laquelle nous ne voyons plus aucun dauphin dans ces eaux ou très peu. Les pêcheurs de baleines de l'île Saint Vincent s'en prennent également aux dauphins et à force de se faire harponner, ceux-ci ont pris l'habitude de fuir les bateaux. Apparemment ils les chassent pour leur chaire, je ne savais pas que cela se mangeait ! De nombreuses pétitions tentent de mettre un terme à leur pratique. Saint Vincent est une île où les plaisanciers ne s'arrêtent même plus, trop de vols et d'agressivité... Nous n'irons pas.

Le 16/05
Nous mettons les voiles vers la baie du François plus au sud et sillonnons entre les reefs.
Les cartes nous aident à repérer les passes, les zones de déferlement et les couleurs aussi. Bon entraînement pour le Pacifique !!!
Là encore un joli décors s'étale sous nos yeux, une grande baie avec des îlets.
Derrière l'îlet la Vigne nous jetons l'ancre. On se croirait presque aux abords des berges d'un fleuve. La végétation dense embaume l'air, oiseaux et cigales viennent mettre une note musicale fort agréable. Encore un endroit paisible, sauvage, hors du temps. Lorsque l'air se fait moins brulant, nous savourons cet instant dans le cockpit en buvant une bière.


« Quelle chance on a d'être là, d'avoir du temps !!! »
Nous pensons à tous ceux pris dans le rythme effréné de la vie moderne, qui n'ont que quelques semaines de vacances par an... Et qui durant celles-ci courent encore car ils veulent en profiter à fond... Ils ne connaitrons peut être jamais des instants comme ceux que nous vivons, où le temps nous appartient et où nous lui appartenons !!!
Nulle fortune ne peut acheter celui-ci !!

Le 21/05
Nous venons de jeter l'ancre dans la bais de Saint Anne au Sud de la Martinique.
Cette côte Est se révèle être un plaisir des yeux, mais bien délicate à naviguer dans ses eaux.
Les passes et canaux étroits, les reefs et patates de corail à fleur d'eau, les bouées des casiers sont autant de pièges que nous tentons de franchir. Nous sommes en constante activité et devons nous tenir prêts à agir et rester en continu sur nos gardes. Mais ça y est, malgré quelques chocs de bouées sans gravité, on peut se relâcher.
Quelques jours entre ici et le marin, puis nous mettrons le cap vers les Grenadines...



22 au 26/05
Le mouillage du marin est sans grand intérêt hormis celui de pouvoir effectuer quelques ravitaillements. Nous allons une nuit à la marina pour remplir nos réservoirs d'eau.
Au ponton, notre voisin vient échanger quelques mots et nous demande quelle sera notre route future. En lui disant que nous comptons nous rendre aux Aves et Roques, il nous convie à ne pas nous approcher des côtes du Venezuela. Il nous narre ses aventures en ce lieu.
Sa femme et lui se sont fait attaquer par des pirates. Ceux-ci sont montés à bord, ont braqué une arme sur la tête à sa femme pendant qu'ils les dépouillaient.
«  Quand tu vois l'armement dont ils disposent et leurs yeux injectés de drogues, tu ne cherches pas à te défendre ! » Nous dit- il .
« Nous avons eu la chance qu'ils ne nous brutalisent pas, ce qui n'a pas été le cas du bateau à côté où une fusillade a eu lieu à bord sous nos yeux »
Ce ne sont pas les premiers propos que nous entendons au sujet du Venezuela, et c'est pourquoi nous allons faire en sorte de nous en écarter le plus possible, quitte à rallonger notre route.
Il est d'ailleurs conseillé de partir à plusieurs bateaux pour faire la route jusqu'aux Aves et Roques.
Sans devenir paranoïaque, il est bon d'écouter les conseils de prudence. Et de prendre certaines dispositions.

Les grains et les forts vents se poursuivent, nous patientons avant de partir à Sainte Lucie.
De belles marches le long des côtes, dans les forêts odorantes, recouvertes de crabes en pleine activité...












Nous regrettons le peu de contact avec la population locale, mais nous sommes en France et les relations ne diffèrent pas beaucoup. A moins d'être une femme seule et auquel cas un nombre insoupçonné d'admirateurs ne manquent pas de la solliciter.
A plusieurs reprises Marco me laisse aller faire des courses au marché couvert, je me retrouve inévitablement escortée par des blacks plus ou moins défoncés à l'alcool et autres substances qui m'invitent de toute part. Pas seulement pour boire un coup... S'en est agaçant, seule la venue Marco me permet de m'en dépêtré comme par magie.
Avis donc aux femmes célibataires en quête d'aventure tropicale! Relations garanties !

Le 29/05
Nous hésitons ce matin à partir pour Sainte Lucie, mais les rafales et le ciel chargé nous en dissuadent. Nous optons pour bricoler un peu. Je nettoie le mécanisme des wc, pendant que Marco change les cosses de la batterie quand soudain un bruit fulgurant vient retentir.
Je lève le nez et aperçoit l'étrave d'un bateau posé sur le notre. A la vitesse de l'éclair nous sommes sur le pont. Nous constatons les dégâts rapidement : notre chandelier est complètement plié, le rail de fargue défoncé. Un pauvre type seul tente de maitriser son engin pris dans une rafale. Son guindeau électrique de l'ancre s'est bloqué et on ne sait pas comment il a fait, mais il nous est bel et bien rentré dedans. Son bateau ripe et il est complètement perdu papi. Marco lui vient en aide en sautant dans l'annexe. Ils arrivent à jeter l'ancre et à mouiller ouf !!
Cela n'arrange toutefois pas notre affaire, faire un constat est toujours une procédure compliquée, impliquant experts et franchises.
Un billet de 100 euros stoppe les négociations. Nous passons la matinée à tenter de détordre tout ça, mais il faudra certainement changer le chandelier et faire redresser le rail ! A notre avis les 100 euros ne couvriront pas les frais, mais ce sont là encore les risques des mouillages !!



vendredi 26 avril 2013


                                                              Marco dans le futur



Le 23-24/04
A pointe à Pitre, nous louons une voiture afin d'aller faire quelques achats et chercher Loukia à l'aéroport.
Nous voilà lâchés dans un centre commercial démentiel , où néons, air conditionné, monde nous donnent le tournis. Abrutis par cet environnement, nous nous enfuyons sans avoir pu achever nos emplettes ! Nous récupérons ma fille, qui la veille encore passait ses partiels ! La température de l'air l'ouvre au parfum des vacances et les pieds sur le bateau finissent d'effacer ces dernières semaines contraignantes.
En route pour Marie Galante ! Pour une première sortie en mer c'est un peu agité : 20 nd, bord de près et petite houle. Loukia ne semble pas perturbée au contraire. Cette première navigation est saluée par des jets de baleines non loin du bateau, la houle, hélas, nous empêche de voir leur dos.
Christian (un pote rencontré à Porto Santo) est au mouillage il nous attend ! Thierry et Chantal sont encore là !


A l'arrivée en vérifiant l'ancre Marco tombe nez à nez avec 2 langoustes, pas de chance pour elles !!
Ce soir nous sommes invités sur le bateau de Christian, nous avons tant à nous raconter que nos papilles desséchées réclament de quoi s'hydrater!!!Le rhum local à 59°est bon, certes, mais dangereux. Il aura raison de moi !
Après quelques jours à Marie Galante, nous partons demain aux Saintes, Loukia s'acclimate parfaitement à notre vie à bord! Les coups de soleil éclairent ses épaules et son visage trop longtemps hiberné. Elle ne semble cependant pas trop apprécier de se baigner avec les méduses, elles sont pourtant très jolies !










Le 27-28/04

Quelques heures de navigation sous spi, puis au moteur faute de vent et nous voilà aux Saintes.
Une baie magnifique apparaît, encadrée de monts verts aux formes harmonieuses.
Les maisonnettes blanches avec leur toit rouge s’insèrent à merveille dans ce cadre.
Une forte houle est attendue, nous optons pour un mouillage à anse de Fideling en principe protégé. Nous nous rendons compte que finalement le mouillage du pain de sucre l'était davantage. Nous allons donc jeter l'ancre là bas. 


Loukia est impatiente d'aller explorer les fonds, elle préfère cependant être accompagnée. La crainte de rencontrer de gros poissons style : barracuda ne la met pas vraiment en confiance. Les fonds autour du pain de sucre sont beaux et poissonneux, un ravissement pour les yeux de ma fille qui découvre peu à peu cet univers.
Nous allons saluer en annexe, Maxence et Odile qui sont au mouillage des Cabris. Nous ne les avions pas revu depuis la Palma ! Ca fait plaisir de les revoir !












Le 30/04

Nous devions quitter les Saintes pour aller en Dominique ce matin, mais grains et orages annulent ce projet ! Nous profitons donc des Saintes en parcourant l'île à pied et en plongeant sur les sites où poissons et coraux rivalisent par leurs couleurs.
On essaye tous les mouillages ( pain de sucre, Cabrits, Marigaux, village) à présent que la houle s'est calmée nous avons le choix !
La joie de vivre de Loukia est communicative et l'on ne manque pas d'apprécier sa présence. Nous passons notre temps la tête dans l'eau ou à crapahuter sur les hauteurs des îles. Nous y rencontrons des cabris, des iguanes... la chaleur cependant nécessite d'y aller tôt le matin ou en fin d'après midi.










Une île agréable malgré le fait qu'elle soit assez fréquentée par le tourisme.










Du 1 au 6 /05
Ces quelques jours sur les Saintes sont bien agréables, cependant il nous faut penser au retour car Loukia va bientôt devoir prendre son avion.
Nous décidons de remonter passer les deux derniers jours à Marie Galante, histoire de se goinfrer encore une fois de langoustes et d'avoir un meilleur angle pour la prochaine navigation.
Le vent est léger nous tirons quelques bords de près au départ, mais très vite il tombe. Nous sommes contraints de mettre le moteur. On se croirait en méditerranée : pas un souffle d'air, l'eau est plate, lisse comme un miroir.. Le soleil de plomb nous matraque, nous pouvons heureusement nous mettre à l'ombre sous le taud. Marco voit deux queues de baleine, nous queue dalle !!
Loukia est à présent plus à l'aise dans l'eau et nous aide à repérer les antennes convoitées. Nous sommes la tête dans l'eau quand je la vois soudain palmer à l'allure d'un hors bord.
Elle relève la tête les yeux exorbités et me crie :
«  Hé !!! t'as vu l'ENORME poisson ? » je n'ai pas le temps de répondre que déjà elle a rejoint l'annexe.
Marco et moi sommes morts de rire. Ce n'est qu'un gros barracuda mais qui est venu la voir de trop près à son goût !!
Nous ramenons 10 petites langoustes pour le repas de ce soir.

Le 05/05
Il est temps de rejoindre Pointe à Pitre, une navigation de 20 miles vent doux, conditions agréables, nous sortons le spi. A l'approche de la Guadeloupe une rafale soudaine nous oblige à le rentrer en quatrième vitesse. En quelques heures nous sommes à la marina. Des English qui avaient heurté notre bateau lors d'une manœuvre au mouillage au Cap Vert sont nos voisins de ponton, ils nous invitent à l'apéro.
Le lendemain Loukia s'envole, nous avons fait notre plein de tendresse, sa joie et sa gaieté ont illuminé la vie à bord. Ma puce s'en va toute bronzée comme l'est mon cœur, rempli de ces doux moments partagés.
Ce séjour nous a fait du bien à tous ! Une petite bulle de bonheur....

le 07/05
Il nous faut à présent penser à se remettre en route ! Cap vers le sud : direction la Martinique...
Il fait très chaud, anormalement chaud depuis quelques jours, la température de l'eau a grimpé.
On sait que le facteur conditionnant les cyclones est la température de l'eau, au dessus de 28°c leur formation est probable et nous nous rapprochons de la saison propice ( début Juin).
C'est pourquoi nous allons descendre rapidement vers Grenade, qui est en principe zone hors cyclonique. Nous ne savons pas encore ce qui nous attend côté températures ici déjà il fait plus de 30°c la nuit à l'intérieur du bateau , la journée on n'en parle même pas!! On espère que plus au sud on ne va pas mourir desséché sous le soleil!!

Les pleins sont fait : pétrole, eau, nourriture, moral....
Un vent de 15 nœuds nous éloigne doucement de la Guadeloupe, toutes voiles dehors c'est repartit  sur un bord de près!!!
On ne résiste pas à faire une halte pour la nuit à Marie Galante, nous sommes vraiment amoureux de cette île ! Et l'on ne résiste pas, non plus, à plonger dans l'eau chaude prendre notre repas pour ce soir ( 3 langoustes) et ce juste à côté du bateau sous la dalle aux Vallain ( des potes qui avaient mouillé leur cata juste au dessus!!)

Le 08/05
Toute l'île de Marie Galante est réunie à port Louis pour des compétitions diverses : natation, kayak, voile... C'est une journée très animée !
L'eau est d'une clarté saisissante aujourd'hui, une invitation pour aller traquer nos mets favoris !
Nous regagnons notre spot plus au Nord avec l'annexe et armés de notre attirail : masque, palmes, ceinture de poids et fusil nous allons traquer la langouste.
L'eau est à 28°c voire plus et pour une fois je plonge sans combinaison tellement l'eau est bonne !
Marco chope un truc très étrange que je n'ai jamais vu.
C'est une cigale des mers et il m'affirme que c'est délicieux ! ( et ça l'est effectivement).
Nous complétons notre repas du midi avec deux langoustes.
Un petit créneau météo se présente à nous pour partir sur la Martinique, après des orages et de la houle sont prévus.
Nous levons l'ancre à 15h, nous ferons ainsi une navigation de nuit de 80 miles et arriverons de jour.
Quelques manœuvres de voile sont nécessaires au départ car le vent est inconstant, mais il finit par s'établir à 15 nœuds et nous pouvons sortir toute notre toile. Nous apprécions toujours d'être à nouveau sur l'eau, c'est le calme, la plénitude, surtout lorsque la mer est clémente.
Bon ! on se colle encore du près mais nous n'avons pas à tirer de bords.
Nous écoutons le bulletin météo du soir, les choses se corsent car on annonce l'arrivée de grains d' orages et houle plutôt que prévu c'est à dire cette nuit.
Nous sommes à hauteur de la Dominique au vent de l'île et pas de mouillage possible surtout de nuit sans connaître le lieu. Pas de clair de lune non plus !
Nous avions prévu de faire la côte Est au vent de la Martinique ( plus sauvage et moins fréquentée). Seul hic, cet endroit est exposé à la houle et pour mouiller il faut rentrer dans des passes entre des patates de corail, cela nécessite une bonne visibilité . Les prévisions ne nous enchantent guère et pour ma part l'idée de faire demi tour non plus !
Le capitaine opte cependant pour un retour à Marie Galante, la prudence est toujours de mise !.
On se colle à nouveau 20 miles dans l'autre sens. L'approche de Marie Galante est quelque peu délicate du fait que l'île est encerclée de bouées de pêche. Déjà de jour cela nécessite une grande vigilance, alors de nuit...
Marco est posté à l'avant du bateau avec sa lampe torche tentant de percer le rideau nocturne.
Moi à la barre me tenant prête à des changements soudain de cap.
« Attention une bouée !! Vas à tribord, plus, plus !! on l'a évité de justesse ! Là, à bâbord toute !!»
Nous slalomons ainsi, au milieu des bouées, des Balaous en plein vol et poissons volants.
A minuit l'ancre est posée dans la baie de Saint Louis et les bras de Morphée nous attendent.
Marie Galante nous retient encore...