samedi 22 février 2014


ÎLE DE PÂQUES



Quel plaisir de découvrir cette île surprenante. Nous avons la chance à cette époque de voir ce petit joyaux tout vert, du fait qu'il a beaucoup plu ces derniers temps.





Le décors n'est que grands champs vallonnés accueillant des chevaux en liberté (qui sont presque aussi nombreux que la population de l'île). Quelques petites forêts d’Eucalyptus, quelques falaises, de jolies plages, des volcans et des sites hors du temps constituent cette île.






Evidemment les Moaï résonnent dans tous les esprits et les mémoires, c'est ça l'île de Pâques.
Ces statues mystérieuses qui nous interrogent sur le pourquoi, le comment de tels monuments...









Les explications à leur sujet diffèrent cependant, ; le rationnel fait des suppositions, le spirituel d'autres . Toujours est-il qu'il est fascinant de pouvoir contempler aujourd'hui ces œuvres énigmatiques qui ont traversé les âges. De plus ces sites semblent chargés d'une énergie incroyable comme si les Moaï portaient en eux des vibrations.




Là pas d'explication juste un ressenti.
La carrière d'où ont été extrait tous les Moaï est complètement incroyable. On a du mal à concevoir que l'homme ait pu entreprendre un tel travail et le réaliser avec les moyens de l'époque.

Rapa Nui c'est le nom de l'île, c'est une culture, une langue, des traditions... Rapa Nui est un musée à ciel ouvert qui ne se limite pas à quelques sites. Partout on peut trouver des Moaï abandonnés, couchés, cassés, des pétroglyphes sur les roches, des plateformes de cérémonie, des vestiges du passé....
Cette richesse rayonne encore aujourd'hui dans les meurs et les pensées de la population locale.
En tout cas c'est un régal pour nous de marcher ici et là sur les traces de cette civilisation disparue.
Le volcan Ranokau à 500 Mètres d'altitude nous offre un décors éblouissant. Dans le fond du cratère un lac aux milles couleurs, avec des contrastes saisissants. C'est à couper le souffle...
Que c'est beau.....




Le mouillage bien que rouleur car en pleine mer et par 20 mètres de fond a quand même l'avantage d'être juste à côté des spots de surf. J'emmène donc Marco régulièrement surfer je le dépose au pic et reviens le chercher plus tard. Par contre les entrées au port avec l'annexe sont parfois assez chaudes. On passe entre les séries...





TRAVERSEE GALAPAGOS-ÎLE DE PÂQUES
Du 03/02 au 20/02/ 2014
Distance à parcourir 2000 milles

Le 03/02/2014
1er Jour

Ce matin le temps a les mêmes teintes que mon visage depuis trois jours : gris
Une bonne intoxication alimentaire avec un empenada à la viande daubée m'a littéralement chaviré et à quelque peu retardé notre départ.
A peu près remise, nous levons l'ancre sous des rideaux de pluie et quittons ce lieu enchanteur des Galapagos.
Une belle traversée nous attend (2000 milles soit un peu moins de 4000 km) et la perspective de nouvelles terres nous motive.
En s'éloignant des grains, nous pouvons hisser nos voiles. Elles vont flotter quelques semaines au vent...
Départ en douceur, cap vers l'Ouest durant deux jours afin d'éviter une zone orageuse prévue sur notre route de l'île de Pâques.
Un fort courant de deux nœuds nous éloigne d'Isabela.


Fin de journée un thon bleu de 6kg vient garnir notre frigo. C'est la première fois que nous pêchons cette sorte de thon. Des zébrures d'un bleu outre-mer intense parcourent sa dorsale et des reflets au dégradé de turquoise sillonnent son corps, il est splendide. Celui là nous le gardons car à part un bon avitaillement de légumes avant départ nous n'avons pas d'aliments protéinés ( nous avons fait l'impasse sur la viande après mon expérience!!!). De plus nous venons de subir une attaque de charançons qui ont dévastés toutes nos provisions de pâtes, riz, farine alors que les paquets étaient bien fermés. Nous gardons ceux qui sont le moins dévastés, nous aurons ainsi quelques protéines complémentaires avec ces steacks de charançons.
Ce thon bleu se révéle délicieux ; proche de la chair du thon jaune et pas fort du tout.
Dans la nuit de drôles de lumières flash nous intriguent car parfois elles surgissent à tribord, parfois bâbord, puis disparaissent. Nos yeux se ferment quelques heures, malgré tout sur ce mystère.

Distance parcouru ce 1er jour : 120 milles




Le 04/02
2eme jours

Nous n'avons pas d'autre choix que de suivre vent et courant qui nous poussent plein Ouest. Nous tentons un contre bord afin de descendre plus au sud, mais le courant est trop fort, nous faisons du sur-place. Nous espérons que le vent tournera plus Sud bientôt car pour l'instant il est Sud Ouest, et que le courant faiblira...
Nous maintenons notre près serré à 30°et une bonne allure de 6 nœuds.
La ligne de traîne vient de trembler, pour la ramener c'est toute une histoire. Nous découvrons l'engin lorsqu'il se trouve à portée de main. Quand je vois sa gueule et sa taille je prends peur.
C'est un thon jaune monstrueux entre 20 et 30 kg. Marco tente de le soulever mais il se décroche.
« Tant mieux ! Trop gros ! » ce n'est pas tout à fait l'avis de Marco mais bon... c'est ainsi !

02H00 du mat :
« Viens vite, un bateau nous arrive dessus, va falloir mettre le moteur »
Le sommeil tout juste entamé me colle aux yeux et au corps, mais comme un automate je regagne le cockpit.
« Ho punaise ! Mais c'est pas possible ! Qu'est ce qu'il fou là si proche ? »
Un cargos est à bâbord, au ralenti mais sa route laisse présager une collision.
Ce qui est inquiétant c'est qu'il n’apparaît pas sur notre écran ordinateur pas à l'AIS.
Ils ne nous appellent pas non plus à la VHF.
Vue la proximité de l'engin de 200 mètres de long, nous n'avons pas d'autre choix que d'affaler les voiles, ranger le régulateur et de mettre le moteur. Nous allons le contourner par l'arrière.
Étrangement il ne reprend pas sa route et semble même revenir vers nous.
Sans se parler, nous pensons à la même chose et une sourde angoisse commence à se faufiler dans nos tripes. Nous éteignons toutes nos lumières, Marco surveille aux jumelles si une chaloupe remplie de pirates sanguinaires n'a pas été mise à l'eau. On s'écarte le plus possible.
Au bout d'un certain temps, le cargos semble reprendre enfin sa route et de la vitesse... Il s'éloigne de nous.
Cette situation très étrange ne facilite pas le retour au sommeil.
Nous n'avons croisé aucun bateau depuis notre départ et là au milieu de cette immensité on se retrouve pile poil sur la route de l'un d'eux ! (cela nous rappelle une situation identique lors de la transatlantique)
Le plus fort c'est que Marco soit sortit juste au bon moment, car nos quarts ont pris un peu de laxité, et élasticité...

Au lever du jour, rebelote, un gros bateau au loin change de cap pour venir vers nous !
« Non ce n'est quand même pas celui de cette nuit qui nous a retrouvé ? »
Il fait route effectivement dans notre direction, passe devant le bateau vraiment très proche, ralentit comme pour nous barrer la route, fait demi tour et repart.
«  Pas croyable !!! »
Lui non plus n'apparaît pas sur notre AIS.
Si c'est une simple visite, ils auraient pu avoir la courtoisie de nous appeler par radio car là il y a de quoi flipper !!!

Distance parcourue ce 2eme jour : 120 milles




Le 05/02
3eme jours

Le vent est trop léger pour porter nos voiles, nous devons faire du moteur quelques heures. Cela nous permet néanmoins de faire cap plus au sud et revenir sur notre route. Nous étions un peu trop à l'Ouest !
Peu à peu le vent s'oriente Sud Est, les voiles sont à nouveau gonflées.
Nous reprenons notre rythme de croisière.
La mer est lisse, elle ondule en douceur et scintille sous le soleil croquant. La vie semble en suspension, une sorte d'immobilité s'étale sur l'eau ; pas d'oiseaux, pas de sauts de poissons, cela doit être l'heure de la sieste...
Avant le coucher de soleil deux petits thons jaune fort mignons et appétissants ont atterri dans le frigo.

La nuit nous enveloppe de son lot de mystère et de surprise.
IMAGINE...
Tu as enfin réussi à glisser dans les profondeurs du sommeil, totalement immergé dans le monde des rêves quand sans crier gare une rafale te ramène violemment dans cette réalité.
Pas le temps de t'étirer ou de penser, en dix seconde tu es sur le pont. Seulement ton esprit n'a pas eu le temps de réintégrer ton corps et ton corps dort encore. L'automate se met en action se cognant, titubant. L'équilibre est resté dans les limbes du sommeil et doit faire face à la dangereuse inclinaison latérale et aux violentes secousses. Il faut faire vite le bateau gîte, le bateau tape.
Tu es à poil évidemment , une bonne pluie vient te cingler. Tu grelottes mais cela te rafraîchit quelque peu les idées.
Action :
Tes gestes désordonnés tentent de se remémorer de l'action à accomplir.
Tu dois te mettre debout et ne pas te casser la gueule, prendre la barre entre les jambes, l'écoute dans les mains, le regard sur l'anémomètre. Tu dois synchroniser ta manœuvre : tu pousses la barre avec les jambes, tu relâches de l'écoute en même temps et tu regardes l'aiguille qui doit se stabiliser à 120°. Tu dois également tenir compte de ton pote (qui lui use de toute sa force pour rouler le génois) et relâcher l'écoute à son rythme. Ne pas perdre des yeux l'aiguille si non c'est l'empannage et avec ce vent...
Première action accomplie le génois est roulé, cela stabilise un peu le bateau et te permet de souffler avant que l'action numéro 2 se mette en place.
La pluie mêlée au vent furieux s'abat davantage sur ton corps frissonnant.
Il faut que tu ailles chercher la trinquette que tu sortes de nouvelles écoutes tout au fond des coffres et que tu ailles à l'avant du bateau ( ou ton pote de préférence). Évidemment la pluie rend le pont glissant et la houle semble s'amuser à te bousculer.
Il faut retendre l'étai avec une clef, revenir chercher la voile, l'endrailler .
Enlever les autres écoutes du chariot , placer les nouvelles, refaire les réglages. Tu es content d'avoir une frontale pour t'aider à y voir car le noir est d'encre autour de toi.
Tu veilles en continu à avoir une main te servant de point d'appui car tu sais que ta vie en dépend.
Si tu passes à l'eau... bon n'imagine pas la suite car il faut être concentré la manœuvre n'est pas finit.
Tu es au pied de mât, tu prends la drisse va la fixer à la têtière de ta voile afin de pouvoir la hisser. Tu reviens derrière, tu la hisses, pendant que l'autre ajuste l'écoute et barre. Tu règles, tu te mets à l'allure correcte en allant bidouiller le régulateur. Tu vérifies, tu attends un moment encore sous la pluie. Et là tu peux retourner dans tes rêves.
Seulement... ce genre d'action à de quoi te remettre le cerveau en route et ta veilleuse se rallume. Tu peux t'asseoir sur ta nuit.
Vu que les grains se succèdent, tu dois veiller. Tu es tellement secoué, le bruit tellement assourdissant que de toute façon tu ne pourrais pas dormir...
Voilà une des surprises de la nuit, mais entre nous je préfère celle- là à celle de la nuit dernière avec les visites des bateaux et encore plus celle-ci à une vie remplie d'ennui. 

Distance parcourue  ce 3eme jours : 120 milles




Le 06/02
4eme jours


Nous avons contourné la zone orageuse, mais nous prenons malgré tout grains et vent plus soutenu.
La navigation se fait inconfortable malgré les voiles réduites.
Toutefois,ment les tournures singulières pas toujours agréables.
Seulement quatre jours se sont écoulés depuis notre départ et nous avons l'impression que cela fait plus de dix. Pourtant ce n'est pas l'ennui qui teinte nos journées, c'est le temps qui s'étire. Il prend ses aises, se distant, de dilate.
Étant conscient de lui jour et nuit, il semble se rallonger.

Distance parcourue ce 4eme jours : 120 milles encore !


Le 07/02
5eme jours

Apparemment nous risquons d'avoir encore trois jours difficiles vue les prévisions météo.
Ce n'est pas que le vent soit très fort, il est de 20 nœuds, mais au près serré et avec de la houle ça fait beaucoup.
La voilure est pourtant réduite à son minimum trinquette à l'avant et grand voile avec deux ris.
Nous ne pouvons plus tenir la position debout, ça gîte grave. Vaillant Tidoudou part à l'asseau de la houle se prenant pour un kangourou. Il bondit d'une vague à l'autre enfournant de temps en temps.
Les hublots sont fermés, l'eau ruisselle sur le pont, malgré le beau soleil.
Dans les cabines allongés nous explorons l'apesanteur, la lévitation en décollant des matelas puis la compression, le tout sur fond d'inclinaison.
Sur les wc à l'avant, il y a de quoi rire et bien s'accrocher c'est mieux que les montagnes russes. Faire la cuisine devient une entreprise digne d'un acrobate.
Si tout bouge le moral lui reste droit, alors tout va... s'en est même drôle.
Les poissons volants ont réapparu, il nous faut à présent gérer les sauvetages nocturnes de ceux qui viennent s'échouer sur le pont et cockpit. Ils battent leurs ailes et agitent leur corps frénétiquement jusqu'à ce que l'on viennent les secourir. Qu'est ce qu'ils puent !

Cette nuit est encore plus agitée, le vent et la houle ont encore forcit, Là c'est beaucoup moins drôle !
Le bateau décolle et tape tellement que les vibrations se font ressentir jusque dans nos mâchoires.
Marco est inquiet pour le gréement, nous n'avons pas un mât qui permet d'encaisser des traumatismes à répétition de la sorte. Il suggère que nous nous déroutions vers les Gambiers afin d'avoir un angle moins près du vent. En quelques secondes je vois l'île de pâques disparaître comme un mirage.
Je lui propose de patienter encore un peu avant de prendre cette décision. Nous abattons légèrement pour être moins face à la houle et supportons les fracas de l'eau sur la coque toute la nuit.

Distance parcourue ce 5eme jour : 120 milles




Le 08/02
6eme jours
HOMMAGE à MATTEO

Seul le silence peut accueillir la mémoire d'un enfant
Les grands espaces, l'océan, les poissons volants, les grands oiseaux des mers, et nos cœurs reçoivent la présence de ce petit ange.
Cela fait un an aujourd'hui que Mattéo vogue sur les rives d'un autre monde.
Que ce jour soit un hymne à l'amour...
Nous nous joignons à sa famille, à tous ceux qui le chérissent.


Le bleu outre mer de l'eau paraît encore plus intense avec son mouvement désordonné souligné de vaguelettes blanches.
Le soleil radieux dans un ciel parfaitement azur rehausse sa couleur profonde, ce contraste éclate dans nos mirettes.
Nous avons confié un ballon rouge aux flots en la mémoire de Mattéo,longtemps nous le regardons s'éloigner sur cet infini...

L'île de Pâques semble encore se deviner au bout de notre route, mais chaque rafales restent une menace de la voir disparaître. Nous tenons bon...
Le vent lui aussi tient bon 20 à 25 nd, la houle s'acharne.
Le bateau souffre, aussi nous remplaçons la trinquette par le Solent auquel il est possible de mettre des ris. On ne peut réduire davantage. Nous sommes à présent à 60° du vent ce qui est un peu mieux. Cela n'empêche pas de recevoir de violents chocs des vagues qui recouvrent régulièrement le pont. Pour tout dire ce n'est pas vraiment agréable. On comprend mieux pourquoi tant de gens renoncent à aller à l'île de Pâques. Faut être accroché pour faire tant de distance au près !!

C'est encore dans la nuit que nous sommes tiré de notre somnolence. La pompe d'eau de cale vient de se mettre en route. Le bruit nous alerte et comme à l'accoutumée nous goûtons l'eau pour s'assurer qu'il s'agit bien d'eau douce. Hélas ce n'est pas le cas et en principe qui dit eau de mer dans le bateau dit gros soucis.
Une grande agitation s'empare de nous, nous enlevons tous les planchers, vérifions chaque vanne.. Vue notre état de gîte, il faut que l'on s'assure de la quantité d'eau sous le contre moule du côté penché. Nous devons pour cela changer d'allure pour remettre le bateau à plat. Bref on brasse, on s'active, on s'inquiète...
Après enquête, nous estimons au final qu'il n'y a pas encore lieu de paniquer. Nous épongeons.
Certainement s'agit-il d'infiltrations par le toit et hublots vu la quantité d'eau que nous prenons avec élan !!! On surveille l'histoire et encore une fois on tente d'aller dormir...

Distance parcourue ce 6eme jours : 120 milles


Le 09/02
7eme jours
Ce matin le vent a légèrement faiblit. Nous avons toujours un œil sur les cales et une éponge à porté de main. Les vagues cessant de recouvrir le pont, les infiltrations disparaissent. Dans l’après midi c'est du bonheur, vent à 16 nd et houle apaisée.
Nous avons le même plaisir que lors qu’après une pluie de coup sur la tête, cela s'arrête.
Nous pouvons penser à nous laver avec des seaux d'eau de mer dans le cockpit et faire enfin un shampoing sans risque de valser par dessus bord !
Nous profitons de ce répit. Nous remettons un peu de toile.
Nous n'avons plus de poisson dans le frigo la ligne traîne. Nous avons bien remonté deux thons , mais avons estimé qu'ils étaient trop gros, alors on leur à rendu leur liberté. Inutile de gaspiller !
Le petit thon bleu de 6kg, lui n'aura pas la chance de ses prédécesseurs.

C'est toujours la nuit que le vent forcit, nous devons donc nous lever réduire, surveiller..

Distance parcourue ce 7eme jours : 130 milles




Le 10/02
8eme jours

Navigation plus agréable, nous profitons de cette accalmie pour recoudre le solent déchiré.


Tout le monde a souffert ces derniers jours...
La météo annonce le retour d'alizés musclés dans trois jours, aussi vaut-il mieux être prêt, avec une voile en état pour les recevoir.
Cette journée de répit nous permet un temps de station debout plus long, c'est appréciable.
Et même une nuit de plusieurs heures consécutives presque 4h, un régal !

Distance parcourue ce 8eme jours : 120 milles




Le 11/02
9eme jours

Nous voilà à la moitié de notre route, il ne nous reste plus que 1000 milles soit un peu moins de 2000km. Nous maintenons un bon rythme sans être trop secoué durant toute la journée.
Mais comme chaque nuit le vent forcit montant à 25 nœuds parfois plus, nous sommes encerclés de grains et donc de rafales. C'est repartit pour une séance rodéo et une nuit infernale. Cela devient insupportable aussi devons nous nous résoudre à affaler la grand voile. Nous ne laissons que la trinquette. Avec moins de toile nous réduisons ainsi notre vitesse et quelque peu l'impact de la houle. Néanmoins le bateau grince, couine, le chariot d'écoute fait un bruit insupportable, les drisses à l'avant claquent, l'eau éclatent sur la coque et s'écoule comme une cascade.
Inutile de décrire les mouvements que nous subissons dans nos cabines et le nombre d'heures de sommeil. De plus une certaine inquiétude immisce malgré nous car la météo annonce de forts alizés les jours à venir... Ce qui nous laisse présager de ce qui nous attend encore...
Mais qu'est ce qui nous a pris de vouloir aller à l'île de Pâques ?

Distance parcourue ce 9eme jours : 115 milles




Le 12/02
10eme jours

Mon capitaine ce matin a une sale mine. De grosses cernes noires entourent ses yeux, son teint a viré au verdâtre à cause de la fatigue. Son humeur est maussade.
Il me fait remarquer que depuis la Colombie son plaisir de naviguer s’érode.
Il faut dire que les navigations agréables depuis ce pays se notent dans une toute petite parenthèse. Ces traversées ont été la plupart du temps éprouvantes, fatigantes et celle-ci vers l'île de Pâques s'inscrit dans la même lignée, avec en prime la longueur.
Ce n'est qu'un constat. Cependant il est vrai que sans elles nous n’accéderions pas à ces divers pays.
Il y a un prix et celui-ci nous paraît malgré tout conséquent !!!
Nous gardons cependant l'espoir qu'une fois dans les îles du Pacifique, nous retrouverons le plaisir de naviguer.
Là notre plaisir immédiat serait de pouvoir dormir un peu.

Toute la journée les grains se succèdent et l'inconstance du vent vient mettre nos nerfs à l'épreuve.

LES GRAINS : Tu regardes au vent et tu vois une grosse masse de nuage gris parfois noir à sa base et un rideau de pluie dessous. Là, le vent forcit parfois doucement parfois sans crier gare. C'est le moment pour réduire la voilure et se tenir près de la barre. A son approche le vent monte encore, le bateau gîte et loffe ( il vient naturellement dans le lit du vent). Là souvent le pilote n'arrive plus à contrer la force et ne revient pas sur le cap initial, il faut donc prendre la barre et abattre ( s'écarter du vent) Dans les fortes rafales ( ici ça peut monter jusqu'à 40 nd) mieux vaut se mettre au portant et attendre que pluie et vent se calment). Le nuage passe et emporte avec lui tout le souffle du vent, il te laisse livré à la houle, les voiles pendantes. Ça claque dans tout les sens et tu es souvent presque arrêté. Il faut attendre et parfois un grand moment avant que le vent daigne regonfler tes voiles. Alors tu remets de la toile.
Et très vite tu vois à nouveau un grain...

Nous passerons ainsi la nuit à gérer les grains successifs.

Distance parcourue ce 10 eme jour : 115 milles




Le 13/02
11eme jour

Les grains disparaissent pour laisser place au grand soleil et aux alizés plus constants. Nous conservons donc juste la voile avant, car le pilote à vent ne maintient plus son cap si nous toilons davantage Notre allure reste bon plein et notre vitesse régulière.
Les conditions sont toutefois plus agréables qu'hier.
La température se fait plus fraîche depuis quelques jours. C'est avec plaisir que nous remettons un sweet en fin de journée et une couette la nuit ( 24°c).
Cela fait du bien de ne plus transpirer comme des veaux.

Je faisais remarquer à Marco que pour faire ce genre de traversée mieux vaut être bien préparé.
Quelqu'un sans expérience marine aurait de quoi être terrorisé et dégoûté de la voile.
Heureusement côté expérience, nous avons eu le temps de nous roder (surtout depuis la Colombie).
Le fait de bien connaître le bateau et d'être techniquement au point aident, le fait également d'avoir des années de pratique en sophrologie et en yoga contribuent pour ma part à mieux gérer mentalement certaines situations. Bien des peurs ont disparues.
Lorsqu'on se trouve soumis à rude épreuve, il vaut mieux apprendre à calmer son esprit car il est tenté parfois de se laisser embarquer par le mental. On peut imaginer facilement le pire lorsque l'on est rudement secoué en sachant que l'on dépend parfois d'un simple câble ou d'une petite goupille. Si ça casse c'est le mât qui tombe....
Et là où l'on se trouve cela peut être une véritable catastrophe. Mieux vaut alors maîtriser notre imagination.
Le côté positif de cette traversée est qu'elle nous met face à nous même. Nous pouvons ainsi prendre conscience de notre façon de réagir, de se comporter face à l’inattendu.
L'aspect psychologique prime, si on arrive à le gérer, c'est en partie gagné!
Bien évidemment nous subissons la fatigue et on reconnaît que l'on en a un peu ras le bol de cette navigation. Mais cela reste une sacrée expérience sur soi !

La nuit ramène son lot de gros grains, le vent passe de 20 à 30 nd.
Marco prend la barre pour atténuer les rafales, si non le bateau part au lof. Il passe sa nuit la tête dans les nuages et sous la pluie, avec en prime quelques bonnes vagues venant exploser sur la coque.
On ne peut pas dire que le vent soit extrême, mais certains paramètres entrent en ligne de compte ;
Selon le bateau, l'allure, et l'état de la mer, l'histoire n'est pas la même !
Notre bateau est petit, plus lourd qu'il ne devrait (affaires, réserves eau, gazole ect..). Il gîte facilement, nous dépendons d'un régulateur d'allure qui gère très mal lorsqu'il y a des sauts de vents et de la houle ; nous devons maintenir un cap près du vent, alors qu'au grand largue on encaisse facilement un vent plus fort et en prime la houle est anguleuse et raide.
Toutes ces raisons font que la navigation devient vite difficile dans les conditions que nous avons actuellement.

Distance parcourue ce 11eme jours : 120 milles



Le 14/02
12eme jours

Les grains persistent, il faut être à la barre ( 25-30 nœuds, on enregistre même 40 nd)
Ça devient bien chiant !
Jour comme nuit pas de repos, il faut être dans le cockpit et gérer la barre, le régulateur et le réglage du génois. Nous avons opté pour cette voile afin de la gérer du cockpit et ne pas avoir à aller faire l'équilibriste à l'avant, d'autant plus que nous sommes un peu plus travers au vent.
Vu mes facultés nocturnes engourdies de manque de sommeil, mon équilibre et ma réactivité laissant à désirer ; Marco préfère assurer de Minuit au lever du jour. Il est vrai que le réglage du pilote nécessite de se pencher hors du bateau alors je lui laisse bien volontiers cette charge. Je l'aide pour rouler et dérouler le génois et abattre le temps des grains.
Pluies, coups de vents, vagues passant par dessus bord, réglages incessants voilà le programme de la nuit.


Distance parcourue ce 12eme jours : 110 milles


Le 15/02
13eme jours


Marco est découragé, fatigué. Si on avait su, on serait pas venu !
Les grains persistent. Je l'invite à essayer de dormir mais c'est mission impossible.
Depuis le départ nous devons cumuler 3 à 4h de sommeil par 24h.




Quelques heures de répit entre les grains durant la nuit. Je tombe dans un comas sans fond peuplé de rêves durant 6 heures d'affilées, n'entendant même pas le retour des grains!
Heureusement Marco a pu se réveiller à temps pour agir.




Distance parcouru ce 13eme jours : 110 milles


Le 16/02
14eme jours


Dormir autant ne m'était encore pas arrivé depuis notre départ. Six heures ! je me sens fraîche comme une petite fleur des champs. Entre deux passages de gros nuages, j'opte pour une bonne douche à l'eau de mer afin de parfaire ma fraîcheur et mon éclat. ( Y a encore du boulot !)
Mon quo-équipier lui n'a pas l’œil aussi vif que moi ce matin ( faut dire que pendant que je dormais, lui bataillait avec le vent) C'est con pour lui...
Les grains ont repris mais à rythme ralenti, le soleil perce après chacun de leur passage. L'aspect de la mer est plus attrayant qu'hier, sa couleur intense lui hôte un peu de son austérité. Les vagues cessent de venir inonder le pont.
Hier en voulant aérer quelques secondes après avoir cuisiné, une grosse vague s'est répandue dans l'habitacle, inondant les matelas du carré, coussin, table à carte... Épargnant heureusement l'ordinateur que j'avais recouvert d'une serviette par sécurité.
On tente de faire sécher tout ça aujourd'hui !
Les grains s'espacent peu à peu, aussi mes pétales engourdies par la torpeur de ces derniers jours se défroissent doucement.
Au fil de la journée, la navigation retrouve un aspect plaisant : celui de glisser sans heurt.
Cette aubaine nous laisse timide et réservé, nous attendons la suite...


Qui arrive inévitablement avec la nuit et le quart à Marco... Le pauvre !!!
Le cauchemar se poursuit jusqu'au lever du jour. Grains sur grains sur grains, putain c'est jamais finit !!! Il faut rouler le génois, abattre, barrer au grand largue le temps des claques du vent, puis remettre de la toile lorsqu'il faiblit, revenir à son cap , régler le régulateur et recommencer encore et encore....
Marco m'annonce que c'est la dernière nuit qu'il passe comme ça ; demain si les grains reviennent, on mettra le moteur.


Distance parcourue ce 14eme jour : 110 milles






Le 17/02
15eme jours





Le capitaine à l’œil de cocker, les nuages ont obscurci sa rétine, et les allumettes ne peuvent suffirent à tenir ses paupières.
Sacré vin dieu !!











La matinée se poursuit au rythme des grains un peu moins fréquents.
Un train de grosse houle venant du sud commence à apparaître sans que cela n'entrave notre marche. Il s'agit de collines aqueuses aux formes rondes et très espacées, elles soulèvent en douceur le bateau, nous élevant quelques secondes vers les cieux. Nous avons ainsi une vue plus aérienne et dégagée.
L'après midi glisse en douceur sans heurt... Du bonheur....


Comme d'habitude j'assure la surveillance jusqu'à minuit, comme par hasard c'est au moment de la relève que les grains reviennent. Marco exaspéré veut mettre le moteur direct.
Je lui dit que je m'occupe de celui qui arrive. Après son passage le ciel reste chargé et je me laisse convaincre que le moteur nous permettra de dormir tranquille.
A 03h00 une alarme stridente me tire des cieux et me fait réintégrer la coque au milieu du Pacifique.
En quelques secondes je suis debout, le vacarme vient de l'extérieur, je pense à un bateau à proximité. En une enjambée je gravie les quatre marches, le cœur battant dans ma tête.
Il n'y a rien , ni personne, par contre l'alarme aiguë m'oriente vers le moteur. Je stoppe instantanément l'engin.
Marco surpris par ce silence soudain se réveille. Il découvre l'origine du problème en regardant dans le moteur. La courroie du système de refroidissement de la pompe à eau a pété. On espère que le moteur n'a pas trop chauffé et qu'il n'est pas endommagé. Notre mécanicien armé de sa frontale se met au boulot instantanément. Il ne pourra dormir sans s'assurer que le moteur est en état de fonctionner. Heureusement nous avons une courroie de rechange !
Après réparation, vérification et essai nous sommes rassurés, notre bijoux n'est pas cassé !!
Un coup d’œil à la VHF nous informe que nous passons le tropique du Capricorne. Donc avant de retourner en position horizontale, nous allons offrir quelques gouttes de rhum aux éléments et une bonne lampée pour nous, afin de nous aider à nous remettre de nos émotions et mieux dormir.
Je pense que ce vieux remède de cow-boy n'est finalement pas si mal car très vite on replonge dans les bras de Morphée.
Les grains sont allés se coucher. Le génois gonflé nous emmène peu à peu vers notre destination.


Distance parcourue ce 15 eme jours : 120 milles


Le 18/02
16 eme jour


Nous nous approchons sérieusement de notre but plus que deux jours de mer !!!
Marco part faire son tour d'inspection quotidienne. Le sel en quelques jours a fait son œuvre, la rouille s’insinue partout et le guindeau électrique de l'ancre ne marche plus. Notre bricoleur se met à l’œuvre pour tout démonter, nettoyer et s'aperçoit que le contacteur est cassé.
Avec astuce et ingéniosité il trouve une solution et nous répare ça. Il est génial ce type !!
A notre arrivée un grand nettoyage s'impose car l'eau de mer s'est infiltrée partout (avec ce qu'on s'est pris sur la tronche) !!!. La coque a besoin elle aussi d'un soin car algues et Bernicles ont poussé.
C'est fou la rapidité avec laquelle les choses se dégradent !!
C'est à peu près la même chose pour nos trombines, avec la fatigue nos traits se tirent, nos yeux se creusent et notre teint en prend un sale coup. En 15 jours nous nous sommes allégés de quelques kilos, mais nous avons pris quelques années dans les dents !!!
Comme si cela ne suffisait encore pas, il s'avère que demain le 19 c'est l'anniversaire à Marco !!
Le pauvre il s'en prend une de plus, je m'en sors bien sur ce coup là !!


A minuit pétante toute la bande de potes à Marco se rappliquent, ils sont venus pour souffler les bougies et arroser l’événement !! Ce sont ses copains les grains qui jusqu'au bout ne nous lâchent pas ! Dans le quartier il n'y a personne, ils s'emmerdent alors ils s'en prennent à nous, lâchement.
Après en avoir essuyer deux, nous renonçons à cette fête nocturne, on met le moteur et partons nous coucher.
Plusieurs fois nous pensons que nos copains sont rentrés chez eux, alors on remet les voiles.
Mais ils reviennent en nous voyant, alors on remet le moteur et ainsi de suite !!!


Distance parcourue ce 16eme jour : 105 milles


Le 19/02
17eme jour


Marco entame sa nouvelle année pas dans l'état le plus frais, mais avec une douce perspective. Celle d'arriver demain. Avec la promesse d'une nouvelle terre, de bonnes nuits de sommeil, de bières fraîches et d'un petit resto, histoire fêter tout ces événements.
Il ne nous reste plus que 100 milles avant d'atteindre les côtes, nous devrions y être demain matin...
Nous finissons cette traversée au portant, avec le génois tangonné. Le vent a faibli et pour l'instant les grains nous laissent tranquille.


Une chose est sûr c'est que l'on ne s'inscrira pas pour le vent des globes. Nous ne sommes pas des aventuriers téméraires, juste de simples voyageurs. Nous n'avons pas choisi le mode de locomotion le plus tranquille, mais malgré tout cela nous offre l'opportunité d'explorer les vastes océans et ces terres magnifiques.

Le 20/02
Au lever du jour, l'île de Pâques apparaît à quelques milles devant nous.
Lorsque je la découvre mes yeux plein de sommeil s'emplissent de plein de larmes.
Quelle émotion !
Nous restons à regarder cette terre qui s'approche en sachant à présent pourquoi nous avons fait cette longue traversée.


Une île avec deux reliefs montagneux ronds de part et d'autre, une terre basse, plate au milieu. De loin elle semble pelée, mais elle est juste dénudée avec quelques touches de forêt ici et là. Sa face Nord tire sur le jaune et laisse supposer une terre aride, des falaises soulignent son contour. A l'ouest de grands champs verts aux monts vallonnés, encadrés par des palmiers et végétations plutôt surprenantes, des chevaux et un village du nom de Hanga Roa. Les fameuses statues les Moaï sont là sous nos yeux, tournant le dos à la mer.

Nous jetons l'ancre par 20 mètres de fond face à lui. Nous sommes en pleine mer juste abrités par le relief de l'île aussi malgré l'absence de houle, ça roule un peu . Il n'y a qu'un autre bateau ici, un catamaran de Français qui viennent nous accueillir. Ils nous offrent du pain et un ananas en signe de bienvenue.
Juste à côté se trouvent des spots de surf qui fonctionnent avec des houles plus importantes. Mais déjà là il y aurait de quoi s'amuser.
Trop fatigués pour rejoindre la terre nous nous endormons.


Le 21/02
Le village est joli, propre, l'influence Polynésienne est présente.
Nous rejoignons les statues le long de la côte. Dans ce milieu aux notes Irlandaises, les Moaï semblent veiller à la protection de l'île. Ces statues sont massives, imposantes, le temps a coulé sur elles sans éroder leur esprit mystérieux.
Une puissance émerge de ces empreintes d' ancienne civilisation et nous éprouvons naturellement une sorte de respect.
L'air est frais, vivifiant, c'est un plaisir que de se remplir les poumons, les yeux de ces changements.

samedi 25 janvier 2014

Nos yeux remplis vont pouvoir contempler le grand désert d'eau qui s'étend jusqu'à l'île de Paques.
4000 km nous attendent soit trois semaines de mer. Nous pensons mettre les voiles Dimanche!!
Donc une bonne interruption dans le blog! mais je suis sure de quoi le remplir à notre arrivée sur les terres des statues! Donc à très bientôt! Tenez vous au chaud...


GALAPAGOS : signifie en espagnol tortue géante.
Isabella est la plus grosse île de l'archipel, la plus belle et cependant la moins fréquentée par le tourisme. La plupart des structures hôtelières se trouvent à Santa Cruz qui est la capitale.
Cependant bon nombre de touristes débarquent à Isabela en bateau charter. Les touristes se voient dans l'obligation de prendre des tours organisés s'ils veulent découvrir cette île.
Nous voyons donc débouler des visages tous blancs, encadrés de leur gilet de sauvetage. Ils se rendent tous sur les mêmes lieux sur les îlots ou à terre.
Beaucoup d'endroits nécessitent d'être accompagné par des guides. C'est un peu le côté chiant. Mais d'un autre côté cela permet aux îliens d'avoir du travail et également de préserver les lieux en parquant toute cette faune de curieux.
Il faut bien avouer que l'homme en liberté a souvent des comportements inadéquates à l'égards de la faune. La tentation de vouloir toucher les animaux, leur donner à manger , ne pas respecter leur espace... oblige à mettre un cadre. Quand l'homme s'éloigne de la nature, il semble qu'il perde son bon sens et le respect de celle-ci.


Le fait d'avoir une annexe, nous offre une certaine liberté. Et ce n'est pas mon renard qui va se joindre au troupeau ! Aussi nous arrivons à nous faufiler et découvrons les différents attraits de l'île en dehors des itinéraires prévus.
Sur les îlots voisins le paysage est surprenant. Des roches noires volcaniques aux pointes blanches s'étendent comme un désert. C'est le royaume des iguanes, les maîtres de ce lieu aride, où seuls quelques buissons se démènent pour pousser. Ces dinosaures miniatures sont sur chaque roche, sur le chemin, au bord de l'eau , dans l'eau. Ils sont très bons nageurs. De couleurs et espèces différentes certains tirent sur le noir, d'autre le gris, le orange, le vert... certains ont des crêtes plus garnies, et pas le même gueule. Ils ne sont pas très farouches, mais peuvent cependant détaller rapidement.
Cela est fascinant d'observer un telle quantité d'iguane dans leur milieu naturel.
Autour de ces ilots des raies mantas, tortues, pingouins abondent.
Sur Isabela, des étangs salés intérieurs aux teintes oranges abritent des flamants roses. Nous avons pu voir des tortues géantes de terre, certaines vieilles de plus de 150 ans dont la grosseur laisse pantois.
Quant aux oiseaux, c'est un spectacle que de voir ces milliers d'oiseaux en escadron chasser. Leur technique de chasse est très organisée, ils plongent en piqué synchronisé en poussant des cris de guerres.
Que de trésors vivants sur ces îles perdues dans le Pacifique...


Le 27/01
Ce matin les autorités en uniforme ont investi notre bateau. Ils sont 6 à bord, posant des questions, ouvrant nos tuperwares, vaporisant des bombes de désinfectant. L'agent à glissé à l'oreille de Marco que si nous ne voulons pas nous faire éjecter, nous devons dire que nous avons un réservoir d'eau noire. Je laisse le soin à Marco de mentir effrontément. La jolie chinoise en costume de garde du parc a viré au vert et transpire à grosse gouttes, elle doit avoir le mal de mer. Elle demande à Marco à voir le réservoir en question. Marco la conduit vers la cabine avant là où nous entreposons tout notre fourbis. Il lui dit qu'il est derrière l’amoncellement d'outils. Rien que le fait de se pencher et d'imaginer ce qui l'attend lui met un haut le cœur. Elle n'insiste pas et croit sur parole notre menteur.
Notre inspection est terminée, on est tranquille.


Un bateau de jeunes Autrichiens vient d'arriver. Nous nous informons de leur traversée, leur tête en dit déjà long.
Ils sont partis le lendemain de notre départ des Perlas et ont eu donc les même conditions que nous les deux premier jours. Après s'être fait bien secoué, ils ont opté pour longer les côtes Colombiennes.
Ils se sont retrouvés à proximité de bateaux de pêches aux filets flottants et de bateaux de trafiquants. Pressentant le danger, ils ont mis le moteur pour s'éloigner à l'ouest. Leur hélice s'est pris dans un filet. Après s'en être dépêtré, un bateau les a pris en chasse. Des hommes en cagoule les ont abordé. L'un d'eux a demandé à David s'il avait de l'eau. C'est la technique pour que le propriétaire aille à l'intérieur et qu'ils puissent monter à bord.
David les jambes flageolantes leur a demandé s'ils ne préféraient pas de la bière.
Est ce sa gentillesse qui a ému ces bandits ou le fait que leur petit rafiot de 9 mètres un peu pourri n'avait pas grand intérêt ? Toujours est-il qu'ils sont repartis avec leur bière et les Autrichiens avec la peur au ventre. Leur moteur a souffert durant plusieurs jours, ils ont mis les gazs pour s'éloigner au maximum des côtes. Le vent n'a pas été très sympa non plus avec eux. Ils ont mis 10 jours et leur traversée ne fut pas des plus agréables, voire les a peu traumatisé.
Décidément la même traversée peut être vécue de bien des façons !!!
En tout cas ils sont bien sympas et cela nous fait tout drôle de croiser de jeunes navigateurs.





PANAMA CITY
Le 10/01
Le vent descend des terres panaméennes plus fort que d'habitude ce matin. Le fond sur lequel repose l'ancre est de la vase, nous craignons que le bateau dérape. Je suis donc chargée de la surveillance du bateau, pendant que Marco part remplir les bouteilles de gaz ( à plus d'une heure et demi de voiture aller et idem retour) et faire les courses.
Il est préférable d'ailleurs que quelqu'un reste à bord car hormis les risques de déraper, il y a le risque de vols. Toute cette zone du Panama grouille de racailles.
Après une journée démente, Marco revient chargé de vivres, gaz, gazole, et de trésors...
Il s'est offert de merveilleux joujoux : des rapalas tous neufs et me ramène une surprise.
Il m'a trouvé ma bière favorite Belge ( la Karmélite) nous nous la réservons pour le passage de l'équateur. Il m'a dégoté une vraie boule de pain au goût de France et du beurre président salé ! Il n'est quand même pas allé jusqu'à me décrocher un camembert, mais quand même... On imagine pas que le palais puisse nous plonger dans de tels états d'extase avec une simple tartine, ravivant des souvenirs patriotiques !!
Les papilles au fil du temps de ce voyage perdent le souvenir de la bonne bouffe au bénéfice de saveurs nouvelles. Cependant lorsqu'elles sont à nouveau stimulées par une mémoire gustative , elles s'affolent en une explosion de saveurs et de souvenirs...
Jamais, tartine n'a eu si bon goût !


PANAMA CITY-LAS PERLAS
Le 11/01
La ville n'est vraiment pas un endroit pour nous, comme nous avons accompli notre mission avitaillement, nous décampons.
Retour aux Perlas sur nos îles désertes à 40 milles.
Marco frétille car il va tester ses nouveaux leurres, il a mis des hameçons renforcés, une ligne avec câble d'acier et ficelle résistante à des centaines de kilos. Cette fois on ne lui arrachera pas ses joujoux... et les gros peuvent venir...
Que le festival commence !!!
Jamais nous n'avons connu un tel délire au niveau de la pêche.
C'est un véritable défilé, après les avoir remonté et libéré de l'hameçon avec soin, Marco les remet à l'eau : grosses Carangues, thons à la pelle...
Une grosse Coryphène vient mordre, celle-ci, nous pensons bien la garder. Hélas elle se décroche au dernier moment.
Nous sortons deux Tazards juste avant d'arriver qui eux finissent dans les tupperwares avec un thon.
Comme nous pensons aller au village de Pedro Gonzales faire de l'eau, nous réservons deux poissons à donner.
Une évidence s'impose, le choix des leurres est essentiel. Nous sommes armés à ce niveau.
Après 9 heures de navigation au moteur sur une eau plate, nous approchons de l'île.
Un souffle nous met en alerte et peu de temps après Moby Dick apparaît non loin du bateau.
Cette fois nous décidons de traquer l'animal pour tenter de faire quelques clichés.
Je prends la barre et envoie le reporter photo à l'avant.
Quelle n'est pas sa surprise de voir la baleine ouvrir une large bouche et lui sourire de tous ses fanons et ce à 20 mètres ! Il est tellement hypnotisé par son charme qu'il en oublie de la photographier.
La belle disparaît à nouveau et notre chasse se poursuit. Nous tentons de deviner là où elle va sortir, ça nous donne le palpitant... Nous pouvons imaginer le sentiment des chasseurs de baleine, à la différence que la traque à l'image est moins sanguinaire !!!
A plusieurs reprises elle fait des apparitions mais plus loin... Ces bestioles sont extraordinaires, il se dégage d'elles une telle puissance !. Nous sommes heureux comme des gosses d'avoir pu l'approcher ainsi !
L'heure tourne, le soleil décline et il nous faut hélas, penser à poursuivre notre route, si nous voulons trouver un mouillage pour la nuit.
Nous avons trop traîné à la poursuite de Moby Dick, aussi notre choix se porte sur le premier mouillage au nord de Pedro Gonzales. La nuit est déjà là, lorsque nous jetons l'ancre dans cette baie exposée au vent et houle.
Le temps de manger et déjà le vent monte. Toute la journée nous l'attendions et à présent que nous n'en voulons plus il se ramène.
Il forcit encore, pas d'autres alternatives que de s'en aller car la houle ne va pas tarder à arriver.
Je ronchonne car je n'ai guère envie de m'activer à cette heure et préférerais dormir.
Avec un bon 20 nœuds, sous voile au travers, nous partons rejoindre Viveros à 10 milles de là.
En connaissant le mouillage, nous avons les repères suffisants pour arriver de nuit. Prions pour ne pas rencontrer des troncs d'arbres en chemin car ils sont fréquents dans le coin !!!
Même si le mouillage est plus sécuritaire, il n'en est pas moins agité.
Je me retrouve plongée dans un cauchemar où nous sommes pris dans une tempête, le bateau en perdition... Je me réveille terrorisée dans ma cabine où je valdingue de tous côtés. Mon rêve est proche de la réalité, même si nous ne sommes pas en perdition.
Décrire le roulis d'un bateau ne peut s'expliquer par des mots, il faut le vivre... Je pense que plus d'un serait surpris de l'intensité et parfois de la violence.
On en a marre de ces nuits mouvementées et l'on va y remédier...


Le 12/01
On se barre de là pour retourner à Pedro Gonzales l'unique lieu où nous pouvons remplir nos réservoirs d'eau. Pas d'eau courante à ce petit village, mais au cœur des habitations colorées se trouve un tuyau d'eau. Des villageois remplissent leur seau et nous attendons notre tour avec notre bidon. Nous allons passer ainsi notre matinée à charger cette précieuse eau à bord. Nous faisons de nombreux allers -retours en annexe, les vagues ne nous facilitent pas ce labeur !!.
Nous donnons à des gamins qui passent sur la plage le poisson pêché de la veille, et quelques bonbons. Ils nous gratifient de leur plus joli sourire.


Le seul mouillage protégé se trouve à San José complètement au sud et loin de toutes connexions téléphone et internet. Nous avions passé noël là bas, l'endroit est super. Le problème c'est qu'il est plus difficile de se tenir au courant de l'évolution météo.
Nous retrouvons avec délice une eau et un sommeil calmes et paisibles. Cela fait 15 jours que nous n'avions pas eu un tel confort !
Pour une fois nous ne sommes pas seuls au mouillage, un bateau nous a suivi et à jeté l'ancre pas loin de nous ! Il s'agit d'un couple de Suédois.


Du 13 au 15/01
Je retrouve ma rivière dans laquelle je peux faire quelques lessives et mes chitras qui n'attendaient que moi. Cette fois ils se sont occupés de mes fesses et mon dos, je suis couverte de boutons.


Nous faisons connaissance avec les Suédois, qui eux aussi partent aux Galapagos.
En consultant les cartes météo par irridium, Marco voit qu'un départ est envisageable le lendemain.
Nous les informons de notre intention de prendre la mer, ce qui les décident à nous suivre. Nous convenons de nous joindre par VHF et en cas de problèmes nous échangeons nos numéros irridium.
Nous n'avons pas d'autres choix que de profiter des vents un peu musclés pour se rapprocher au maximum de l'équateur. Les trois prochains jours risquent fort d'être intenses.




Le 16/01 TRANS-PACIFIQUE en route vers les GALAPAGOS
1er Jour
Nous partons au lever du jour, les Suédois lèvent l'ancre un peu plus tard.
Le vent peut enfin gonfler nos voiles, voilà trois semaines que nous l'attendions.
Marco met ses lignes à l'eau et déjà deux thons affamés viennent mordre. Mais nous les remettons vite à l'eau ! On n'en peut plus du thon !!
« Dis donc !si on s'occupait du bateau plutôt que des poissons, le régulateur n'est pas mis et il faudrait tangonner !!!
Sitôt dégagé de l'île, le vent forcit à 20 nd, nous obligeant à manœuvrer rapidement.
Une méchante houle de travers nous bouscule.
Une fois l'installation faite, Marco retourne à son occupation favorite et remonte encore quelques thons, avant qu'une belle dorade Coryphène ne morde.
C'est un mâle de 96 cm. Il a une grosse bosse sur la tête qui lui fait une sale gueule. Mais ses couleurs jaune canaris avec des points bleus, ses nageoires vertes compensent son atrophie.
Celui-là ne rejoindra pas ses copains les thons, mais prendra la direction du frigo. La pêche est déjà terminée.


Dans cette première partie ce sont les courants qui vont conditionner notre route. Mon capitaine a dégoté une précieuse carte les mentionnant. Vue leur force mieux vaut les avoir avec nous. Nous sommes presque vent arrière et le courant varie entre un et deux nœuds. Conjugué au vent qui se renforce peu à peu, Tidoudou établie des pointes à 8,6 nœuds.( un miracle!)
Malgré cette vitesse euphorisante, il faut penser à réduire la voilure car le pilote n'arrive plus à suivre et la houle est féroce.
L'Opération trinquette tangonnée va nous donner du fil à retordre.
Il nous faut reprendre nos repères et là nous les perdons totalement. Les bouts s'en-mêlent coinçant la trinquette hissée. Elle claque dans tout les sens avec le tangon au bout. Je tente de le maîtriser, le temps que Marco aille affaler, mais c'est le tangon qui me maîtrise, quand ce n'est pas la houle. Il m'envoie valdinguer, il tape de tous côtés. Une espèce de folie s'empare du bateau et de nous avec. Nous hurlons, nous jurons, nous nous démenons comme des diables.
Quand enfin nous arrivons à reprendre la situation en main. Marco est vidé, au bout du rouleau.
« J'en ai marre du bateau ! Fait chier, y a jamais rien qui va … un coup y a pas de vent , un coup y en a trop, on se fait défoncer par la houle, toujours un truc qui se coince, qui casse, sans parler de cette chaleur de fou... j'en peux plus... J''en ai MAAARE !!! »
Ce petit coup de moins bien traduit aussi une tension accumulée par cette longue attente aux Perlas.
Le soucis météo, le choix de la route, le sommeil perturbé par un tangage continuel, les réparations, les préparatifs... Pour lui le temps aux Perlas ne fut pas vraiment des vacances...
Vivre à bord d'un bateau et naviguer est loin de n'être qu'une partie de plaisir. Ça l'est bien souvent heureusement !!! si non, nous ne serions pas là, à se faire ballotter et subir les caprices du vent.
Nous savons l'un comme l'autre cependant que nous ne changerions pas ce choix de vie.
Des rafales de 25 à 30 nd maintenant, nous ramènent à notre sort présent.
Nous sommes proche du cap Mala qui ferme le golf du Panama.
La trinquette permet de conserver une bonne allure sans se faire trop bousculer, ce qui nous laisse envisager quelques heures de sommeil cette nuit.
Un petit appel VHF aux Suédois pour prendre des nouvelles. Ils font route un peu plus à l'Est, mais ne sont pas très loin de nous ! Nous ne les apercevons cependant pas.
Les dernières infos météo, nous informent que le vent va encore forcir durant la nuit. Nous devons donc enlever le tangon par sécurité. La pleine lune éclaire notre manœuvre nocturne.
Nous sommes à présent sous voile réduite au maximum. La seule petite trinquette nous propulse cependant à plus de 7nd.
La houle fait place à de grosses vagues dont l'écume déferle. Heureusement nous les avons de cul.
Les appuis du bateau se font incisifs, l'étrave vibre par la vitesse, les secousses sont violentes.
Nos esprits en alerte veillent toute la nuit sans pouvoir s'accorder un peu de repos.
Nous avons parcouru 149 milles en 24h.


Le 17/01
2eme jour
Ce matin, les conditions sont identiques, seule la trinquette claque au vent. (25 nd constant avec des rafales à 30). Les murs d'eau outre- mer animent l'horizon. Les franges blanches qui ourlent les vagues viennent parfois s'exploser contre la coque. Tous les hublots sont fermés. Vue l'état de la mer nous préférons rester à l'intérieur allongé et fermer les yeux.
Nous faisons le constat suivant : 80% du temps, les navigations sont agitées et épuisantes.
Autre constat : il faut être un peu fou pour naviguer.
Je voyais le Pacifique tel que son nom l'indique, peut être attend-t-il un peu avant de se dévoiler...
En tout cas nos tronches ce matin n'ont rien de Pacifique.


Les conditions faiblissent doucement dans l’après midi. Le génois est hissé.
Fin de journée, le vent lâchement nous abandonne, nous laissant entre les mains de la houle qui s'occupe de notre cas. Aucune pitié pour le bateau, ni la malheureuse voile molle qui claque privée de son dû ! Le bateau s'emplit d'un joyeux tintamarre, les contenus des placards sortent leurs castagnettes et suivent la mélopée endiablée. Le bateau ivre avance à 1,5 nd.
Le tangage est tel que Marco n'est pas bien et doit s'allonger dehors. Connaissant son aversion pour le gréement malmené, j'attends qu'il craque. Ce qui ne tarde pas. En deux temps trois mouvements, la voile est rangée, le moteur allumé et poursuivons notre route. Il va nous falloir gérer au mieux notre réserve de gasole...
Après 5h de moteur, une mer calme accompagnée de 8 nd de vent d'Ouest apparaissent.
Les changements peuvent être si radicaux sur l'eau !
Sous le regard de la lune nous hissons grand voile et génois et tirons un bord de près. Ce confort soudain nous surprend, rien ne claque, et nous pouvons nous accorder 3 heures de sommeil.
Cette aubaine dure peu car au lever du jour, le vent d'Ouest faiblissant ne porte plus les voiles.


Distance parcourue ce 2em jours : 120 milles.


Le 18/01
3eme jour
Revoilà le coquin de vent du Nord, comme pour se faire pardonner de son sale coup d'hier, il nous gratifie de sa douceur. Notre joli spi se trouve rempli de son souffle.
Nous apercevons le rocher de Malpelo, Marco serait tenté de s'y arrêter pour découvrir la richesse sous marine. C'est un sanctuaire à requins et tout autour un bocal à poissons. Moi pour l'instant tout ce qui m'intéresse est de dormir. Mon cerveau est englué, il fonctionne au ralenti. J'ai la nausée de manque de sommeil et ma gueule des grands jours !!! 3h de sommeil en 48h ne me satisfont pas.
Comme le doux vent se maintient, nous optons pour ne pas nous arrêter à cet étrange rocher isolé. Il est cependant habité par des gardes côtes et une association de chercheurs dans le milieu marin.
La navigation est de l'ordre de la perfection, nous glissons tout en douceur...
Le contraste avec la journée d'hier est saisissante.
Au dernier soupir du vent à la tombée de la nuit, le moteur est remis en route.
Il semble que nous ayons rejoint la zone de convergences tropicales. Vents faibles ou pas, avec des directions changeantes, nous sommes également entouré de grains et de rideaux de pluie.


Distance parcourue ce 3eme jours : 110 milles.



Le 19/01
4eme jour
Chaque jour sur l'eau est vraiment un nouveau jour. Il ne peut y avoir de routine, ni de lassitude..
La mouvance colore l'existence. L'univers qui nous entoure a un impact direct sur notre journée.
La mer s'est parée d'un manteau gris, légèrement ondulant. Étonnamment nous ne voyons plus de chasses ou de poissons sauter.
La direction du vent nous surprend encore passant du Sud Ouest au Sud Est avec 8- 10 nd.
Ce qui est parfait pour nous, la grand voile et génois sont hissés. Nous pouvons maintenir notre cap sans avoir à faire des bords.
Notre bateau dans ces conditions révèle sa finesse par son comportement . Au près par petit temps, les gros bateaux peuvent venir rivaliser avec Tidoudou !!! Aucun ne peut suivre l'oiseau !
En parlant d'oiseau, l'un d'eux s'est joint à nous. Un bel oiseau des mers s'est posé sur les panneaux solaires. Notre présence ne semble pas l'effrayer, il fait sa toilette.
Cette douce navigation, nous permet de « récupérer » un peu. Les quarts à présent sont moins contraignants, un coup d’œil toutes les vingt minutes suffit.
Dans ma tête une veilleuse s'est allumée et refuse toujours de s'éteindre, ma vigie intérieure me prive de sommeil récupérateur.
La nuit tombe, les grains se succèdent et nous devons manœuvrer sans cesse.
Ma cervelle empâtée a perdu le nord, je fais tout à l'envers, de travers, et ne sais même plus barrer.
« Non mais ! c'est pas vrai t'es pire qu'une débutante !! » s'exclame Marco furax.
Vue les circonstances, nous capitulons et mettons le moteur pour la nuit.
Cette fois ma veilleuse s'éteint enfin mais celle de Marco s'allume !
Je me paye une grasse tranche de 5h au pays des rêves. Marco qui d'habitude arrive à dormir par petites tranches, ne ferme pas l’œil cette nuit !

Nous avons remarqué que le plus difficile au niveau du sommeil sont les trois premiers jours. C'est le fait de perturber notre rythme mais c'est aussi lié au stress inconscient de devoir être dans une veille attentive permanente.
Un cargos entre le moment où il est aperçu au loin et le moment où il peut être sur nous, n'a besoin que de 20 minutes voire moins ! Le vent lui, n'a besoin que de quelques secondes pour se renforcer ou tourner. Quand à nous, nous devons être capable de réagir instantanément.
Il faut donc un certain temps d'adaptation au corps et au cerveau pour gérer tout ça.


Distance parcourue ce 4eme jours : 90 milles


Le 20/01
5eme jour

Il semble que nous nous éloignons peu à peu du pot au noir car le vent est un peu plus fort et régulier, le ciel dégagé. Le soleil proche de l'équateur est violent. Nous sommes à moins de 2° Nord. Nous n'avons plus de taux de soleil pour nous abriter dans le cockpit, aussi nous trouvons ombrage à l'intérieur.
Les voiles nous portent à vive allure au près, avec une bonne gîte.
Ce matin de gros ailerons non identifiés passent à côté du bateau.
Notre stock de poissons diminue, il est temps de remettre les lignes. Nous avons vu de belles coryphènes sauter hier. L'une d'elles a dû traîner dans le coin car elle a arraché le leurre, mais nous ne l'aurons pas dans nos assiettes.
Le vent maintient la même direction durant toute la nuit.

Distance parcourue ce 5eme jours : 120 milles




Le 21/01
6eme jour

Nous avons vraiment de la chance côté vent car il nous a permis de passer le pot au noir avec seulement 30 heures de moteur.
Aujourd'hui la note est à l'inclinaison. Nous sommes obligés pour maintenir au mieux notre cap de serrer le vent au maximum, c'est à dire à 30° de son lit. Le vent s'étant renforcé, la gîte est très prononcée. Les surfaces planes ont disparue de notre existence. Dans les cabines les lits subissent l'inclinaison, nous ratatinant contre les parois et réduisant nos dos en compote. On ne peut maintenir la station debout, ni trouver un endroit confortable . Assiettes, bols, casseroles sont soumis à l'attraction.
Nous ne nous plaignons cependant pas de ces petits désagréments car ils nous permettent d'avaler de précieux milles.
Il y a du mouvement dans les lignes à l'arrière du bateau. Marco éprouve la taille de la prise en tirant dessus. La force est telle qu'il n'arrive même pas à ramener la ligne. Un saut nous informe de la nature de ce que l'on traîne. Une énorme Coryphène dépassant tout ce que nous avons attrapé jusqu'alors. La bataille commence. La dorade se fait prendre dans un effet de spirale la catapultant dans les airs et finissant ses vrilles dans l'eau car elle s'est prise dans l'autre ligne. Marco peut ainsi à chaque moment aérien ramener son fil un peu plus. Elle est maintenant à côté du bateau, sa taille est prodigieuse plus d'1,50m, c'est un mâle aux couleurs extraordinaires. Nous avons à peine le temps de se demander comment nous allons nous y prendre pour la mettre dans le cockpit, lorsqu'elle se décroche. Le pêcheur est anéanti, moi ravie car elle était vraiment trop grosse.
Le jeux de la pêche et aussi de se réjouir d'un poisson libéré lorsqu'il déploie tant d'effort.
Nous restons calé dans notre gîte toute la journée et la nuit.
J'ai cependant remédié en partie à l'angle d'inclinaison des couchettes en tapissant le dessous des matelas de coussins. Cela fait une différence question confort !

Distance parcourue ce 6eme jours : 120 milles




Le 22/01
7eme jours
Les vents Sud -Ouest nous poussent un peu trop à l'Ouest, il va falloir songer à descendre plus au Sud.
Nous ne pouvons nous contraindre à changer d' amure car l'autre bord nous éloigne trop de notre route. Nous comptons donc sur les prévisions météo pour établir une stratégie. Le vent devrait s'orienter Sud , aussi nous devrions pouvoir corriger notre cap.
Pour l'heure, il a forcit et le gréement souffre. Nous rangeons le génois et mettons la trinquette pour alléger la mâture. Étonnement nous gagnons en vitesse et en confort pour le bateau.
Nous maintenons notre près serré à 30°.
Notre rythme à bord est à présent pris et nous commençons à apprécier pleinement cette navigation.
Dans ces espaces immenses, la moindre vie autour de nous attire notre attention. Un cris d'oiseau et nous sommes dehors pour voir ce qui se passe. De gros oiseaux des mers tentent de se poser en tête de mât là où il y a la girouette, mais lorsqu'ils entendent Marco jurer, ils y renoncent.
En fin d'après midi un signe de vie sur l'eau est aperçu ! Un bateau à voile à quelques milles. Nous pensons à nos Suédois et tentons de les joindre par VHF, mais en vain.
Nous ne sommes donc pas seuls  dans cette immensité? Nous, poussières soumises aux vents et aux grands espaces...
Le dernier coucher de soleil dans l'hémisphère Nord nous fait le plus beau clin d’œil avec l'apparition d'un rayon vert.
La nuit enveloppe le murmure de l'eau qui glisse sur la coque. L'étrave du bateau donne naissance à une voie lactée. Une traînée luminescente avec des millions de petites étoiles planctoniques entourent notre embarcation.
Emprunte éphémère... témoin de notre passage.

Distance parcourue ce 7em jours: 130 milles


Le 23/01
8eme jours
03h00 du matin, Marco vient me réveiller afin de passer ensemble l'équateur. L'écran de la VHF commence son décompte et affiche 00°00'00 s. Tout comme le passage d'une nouvelle année, le passage de l'équateur se fête et porte sa tradition. A cette heure ci nous n'avons pas vraiment envie de boire ; mais nous ouvrons quand même une bouteille de bière. Nous l' offrons à Poséidon, à Éole, à Tidoudou et buvons une gorgée pour trinquer avec tous ces éléments qui nous portent et nous supportent. Nous voilà dans l'hémisphère Sud où la force de Coriolis s'inverse.
Nous sommes dans la partie de l'équateur la moins chaude de la planète. Cela parce que le courant de Humboldt charrie les eaux froides des mers du sud. La température de l'eau est donc fraîche pour ces latitudes 20°c, et le climat plus frais. Cependant le soleil lui reste violent.

Côté navigation, nous n'aurions pu rêver conditions meilleures pour cette traversée ( à part les deux premiers jours). Voilà cinq jours que nous sommes sur un bord de près serré en maintenant notre cap. Le vent est constant avec quelques variations d' intensité et de direction, mais en notre faveur.
Naviguer ainsi est vraiment plaisant, du bonheur même...
Déjà nous approchons des terres. Le temps comme toujours en mer, échappe à notre horloge mentale...
Ce sont bien nos Suédois derrière nous, nous les voyons sur l'AIS, mais ils sont injoignables à la VHF. Trop fort ! Un 42 pieds comme le leur aurait dû nous passer devant, mais Tidoudou est vraiment un king côté près !!

Fin de journée, chacun vaque à de douces occupations : Marco lit, moi je me détends dans ma cabine. Je lui dis tout d'un coup :
« Dis donc va voir les lignes !! »
Il sort et effectivement ça a mordu.
C'est l'activation à bord comme chaque fois qu'un poisson mord. Je range les coussins du cockpit, ferme les hublot des cabines, prépare les seaux.. Marco s'arme de ses gants et de sa force et remonte la ligne. C'est du lourd !
Un énorme thon jaune ! « délicieux » !!
Mais il est trop gros pour le remonter, je pars chercher le fusil. J'use de toute ma puissance musculaire pour le retenir avec la ligne, pendant que Marco arme son flingue et tire.
Avec deux prises, nous arrivons non sans mal à le mettre dans le cockpit.
La suite est un peu moins drôle car pour le tuer, il faudra du temps. Un couteau ne suffit pas et c'est à la scie à métaux que nous en arrivons au bout. Mon mec est couvert de sang, le cockpit idem.
Il doit faire plus de 15 kilos !! Beau cadeau d'arrivée.
On en fait des tronçons et il vient garnir le frigo. Nous pourrons ainsi le partager avec d'autres !!!

Nous capons entre deux ïles Santa Fé et Santa Cruz, nous passons le canal dans la nuit.
Nous finissons les 30 derniers milles au moteur car le vent est tombé.

Distance parcourue ce 8eme jour : 112 milles


Le 24/01
Au matin juste quand il faut, nous arrivons au mouillage.
La mer n'est que plomb à l'état liquide où les nuages se reflètent.
Des roches noires à fleur d'eau émergent. L'île plate est couverte d'une végétation rase et quelques reliefs volcaniques se dessinent en arrière plan. Quelques lions de mer viennent déjà nous saluer.
A nous la découverte de cette nouvelle terre !

Nous avons donc parcouru : 960 milles en 8 jours et 2h. Une moyenne de 120 milles c'est tout à fait extraordinaire pour une traversée comme celle-ci au près !!
Nous avons fait un quart du tour du monde précisément, et bien on est le loin du tour !!
Nous sommes le premier voilier de l'année à arriver à Isabella. (Aucun depuis Juillet)
Toutes les autorités de l'île avec agent viennent nous rendre visite. Nous n'allons pas avoir d'autres choix que de faire les formalités et payer. Nous sommes obligés d'avoir un agent pour faire les papiers. Le bateau va subir une inspection intérieure, désinfection, contrôle de la coque par des plongeurs, ça ne rigole pas. Mais au final nous pourrons rester ici une quinzaine de jour et découvrir cette île.

A terre on n'en croit pas nos yeux, c'est le royaume des lions de mer, ils sont partout vautrés dans les bateaux, sur les bancs, au milieu du chemin. Il faut enjamber les gros iguanes qui ne bougent même pas, de gros oiseaux noirs au ventre rouge volent. Nos yeux sont remplis d'étonnement et d'émerveillement. C'est le paradis des animaux tant à terre que dans l'eau.

mercredi 1 janvier 2014




LAS PERLAS


 Le 05/01/2014


Notre départ mercredi semble compromis car les vents qui s'annoncent ne dureront qu'une journée.


Il nous en faudrait au moins trois pour s'approcher le plus près possible du pot au noir ( zone de convergence inter-tropicale) Là où bien souvent les vents sont nuls, le temps orageux...
Donc il va falloir patienter encore, le seul problème est que nos réserves s'amenuisent peu à peu.
Les poissons nous sauvent malgré tout, la mise et midi et soir ils passent à la casserole...


Cantadora est un lieu pratique pour nous, mais vraiment pas confortable au niveau mouillage.
Les marrées ayant actuellement de gros coefficients, elles génèrent de forts courants qui place le bateau cul au vent. Du coup les vagues viennent taper sous la jupe arrière juste en dessous des cabines. Nos têtes résonnent de ce clapot assourdissant, nos corps se font rouler d'un côté de l'autre, inutile de dire que nous dormons peu.
Les nerfs en pelote après seulement deux heures de sommeil durant la nuit, nous poussent à déguerpir au plus vite.
On part donc faire un dernier check météo à internet à pied à l'autre bout de l'île. Arrivé sur les lieux déshydratés, on s'aperçoit que l'on a oublié le porte monnaie... ARRRGGG !!! demi-tour, tirage de l'annexe sur toute la longueur de la plage, et tout le tintouin....
Bref lorsqu'on regagne le bateau il est 14h, on hésite à partir pour Viveros au sud à 15 milles, mais l'appât du sommeil a raison de nous, on lève l'ancre.
Mais le courant est contre nous et après quelques milles nous capitulons. On improvise donc un autre mouillage plus au Nord sur Pacheca en utilisant le courant pour nous aider.
L'île est occupée par des millions d'oiseaux qui volent dans tous les sens .


Un arbre attire notre attention car il semble couvert de grosses fleurs. En regardant aux jumelles, il s'agit de centaines de pélicans en pleine réunion. L'arbre à coté quant à lui est occupé par de gros oiseaux aux gorges rouges.
Le lieu serait parfait si le mouillage n'était pas encore pire que de là où nous venons.
Après une petite bière au soleil rosissant pour apprécier le décors , on retourne à Cantadora juste à la tombée de la nuit !!!
Pour se faire bercer contre les parois et achever nos nerfs....


Le 07/01
Nous ne nous faisons pas prier pour lever l'ancre ce matin. Le courant nous accompagne (de 1,5 à 3nd) avec un léger vent. Les chasses autour de nous sont intenses, les pélicans s'en donnent à cœur joie, et Marco aussi.
Il remonte une énorme Carangue que nous remettrons à l'eau car on ne pourra pas toute la manger. Sitôt la ligne dans l'eau un énorme truc vient arracher notre nouveau leurre fraîchement acheté ! Les boules !


Plus loin notre pêcheur attrape des thons qui se libèrent avant d'être remonté.
La mer est pleine de vie, les raies ici se prennent tantôt pour des requins, en laissant apparaître leur nageoires à la surfaces de l'eau, tantôt pour des oiseaux en volant au dessus de l'eau !!








Nous longeons maints îlots avant d'apercevoir celui qui va pouvoir accueillir notre sommeil.
Nous mouillons dans une petite baie ponctuée de jolies plages. La forêt derrière est comme une invitation à l'exploration, il semble d'ailleurs qu'il y ait un petit sentier...


Effectivement une piste traverse la forêt, nous sommes plongés au milieu de bruits d'oiseaux de toute sorte...
Nous sursautons lorsque des bestioles bizarres détallent dans les fourrés. Nous saurons de quoi il s'agit : ce sont des sortes de gros rats sur pattes de kangourou, ils traversent la piste en bondissant devant nos pieds.
« Jamais vu un truc pareil !!! »
Evidemment il n'y a personne sur cette île, nous savons cependant qu'il s'y trouve un hôtel, mais nous ne l'avons pas vu.


Le lendemain à marrée basse, nous partons en annexe sur les petits îlots de roches sculptées.
De jolies petites plages sont encadrées par ce décors somptueux.







A trop attendre les vents, le gaz lui n'a pas attendu pour se décharger ! Il n'y a pas d'autres alternatives que de rejoindre Panama City pour refaire le plein de gaz, si non, nous risquons fort durant la traversée de nous retrouver à court... Cela sera l'occasion de refaire notre avitaillement.



Le 08/11
40 milles à parcourir, le vent au départ nous laisse espérer que nous pourrons les faire sous voiles avec un bon bord de près. Hélas après deux heures au ralenti avec grand voile et génois, nous capitulons et mettons le moteur.
A part le ronronnement du moteur tout n'est que silence. A chaque fois que nous naviguons les mots n'ont plus de raison d'être. D'ailleurs nous n'éprouvons pas le besoin de parler, la place est au silence il nous enveloppe et nous emplis.





Nous nous arrêtons à côté d'une grosse tortue en plein bain de soleil, se faisant dorer tantôt le ventre, tantôt le dos. Elle agite doucement ses nageoires, on croirait qu'elle danse.






La mer est très animée et la pêche intense, nous ne comptons plus le nombre de thons que nous remontons et relâchons. Par contre la Sierra de 85cm ( sorte de tazard à la chair des plus goûteuses) , nous la gardons précieusement et enlevons les lignes de traîne. Notre pêcheur est frustré en voyant tous ces poissons sauter à côté du bateau...


Nous allons mouiller dans la baie de Taboga une île à seulement quelques milles de Panama City.
Nous ne sommes pas loin de l'île assis sur le pont à renifler l'air de la terre, quand tout à coup un souffle fulgurant à quelques mètres du bateau nous fige.
«  Une BALEINE !!!! »
Jusqu'alors nous n'avions jamais vue de si près un tel spécimen : une baleine à bosse ENORME entre 15 et 20 mètres.
Celle-ci se laisse admirer à plusieurs reprises en venant respirer à la surface sous nos yeux exorbités par une telle rencontre.
Incroyable et d'autant plus que le lendemain un local nous dira que ce n'est pas la saison est que c'est exceptionnel !







Cette petite île de Taboga est appelée l'île aux fleurs, sitôt les pieds à terre nous sommes assaillis par des odeurs délicieuses mêlée de jasmin, sucre, miel, et autres...
Un petit village aux maisons colorées, fleuries et petites ruelles étroites est accroché au pied d'un haut relief verdoyant.









C'est le village que Gauguin a choisi pour passer sa convalescence suite à la malaria contractée lorsqu'il creusait le canal du Panama.











Le charme de ce lieu est envoûtant et c'est un plaisir que de flâner dans ces ruelles typiques.


Les bougainvilliers, ibiscus, calendulas, jasmin... sont en fleurs et ces touches de couleurs font du bien à nos rétines décolorées par le bleu de l'eau !!


Nous regagnons le mouillage de Panama City avec moins d'enthousiasme, mais les réalités matérielles existent encore....















Le 01/01/14

Une nouvelle année commence ! Si celle-ci est aussi riche que l'année dernière cela nous laisse envisager de belle perspectives !!!

Il est temps pour l'instant d'aller en repérage sur Contadora, voir si l'on peut faire un peu de gasole et autres ravitaillements. Nous tirons l'annexe sur la plage comme des ânes, le plus haut possible en prévision des marrées !

De belles villas surplombent les plages, c'est le Saint Tropez des Perlas. La végétation est dense, des odeurs aromatiques aux notes de café nous chatouillent les narines.

Nous trouvons même une petite route goudronnée sur laquelle des voiturettes de golf circulent.

Notre moyen de locomotion nous, ce sont nos jambes. Nous prenons notre courage à deux mains pour se lancer le long de cet asphalte brûlante. Il fait au moins 55° degrés, les quelques kilomètres à parcourir ressemblent à un entraînement intensif pour militaires !

«  Je ne sais pas ce que je donnerai pour me retrouver dans une tempête de neige là maintenant ! » me dit Marco dégoulinant de sueurs, la langue pendante, desséchée.

Nous trouvons enfin deux petites épiceries rudimentaires dont l'une d'elles vend du gazole ! ( l'épicerie de Gapian à Sainte Foy village ressemble à un super marché au regard de celles-là!!!) Demain nous reviendrons avec le bidon.... Nous trouvons même un coin wifi !!!

Au retour, notre cœur se soulève en voyant combien la marrée est haute.

Nous nous regardons en pensant à la même chose :

« Putain l'annexe …»

Nous oublions la chaleur torride pour se lancer dans un sprint voir ce qu'est devenue notre embarcation...

« Vin dieu elle est encore là... à deux doigts de se faire lécher par les vagues qui montent encore... !!! » Là on a eu chaud...





Le lendemain en pensant à la route qui nous attend (à faire avec un bidon de 30 litres), Marco puise dans ses ressources créatives pour trouver une solution.

«  On va y aller en annexe, en faisant le tour de l'île on devrait arriver assez proche de l'épicerie !! »

Et c'est partit pour une randonnée en annexe. Pour remplir ce bidon , il nous faudra pas moins d'une demi journée...

Une autre pour remplir un bidon d'eau car il nous faut rejoindre l'île à côté Saboga à quelques milles toujours avec notre annexe !

Sans annexe et sans temps on est foutu...

Heureusement le temps nous appartient, et notre annexe n'a pas été emportée par la marée.

Sur Contadora l'eau a valeur d'or, car c'est la saison sèche ; personne ne veut nous vendre de l'eau !!

C'est donc l'occasion de visiter Saboga, une petite île habitée par des locaux, là on est loin de Saint Tropez...

Des barcasses de pêches flottent dans la baie, une grande plage centrale avec des cocotiers nous sert de débarquement.

Un gars souriant nous emmène à un tuyau d'eau qui capte une source, pour remplir notre jerrycan. Les habitations sont très rustiques des petites bicoques colorées où le linge sèche un peu partout, des poules se promènent en liberté, des chiens dorment à l'ombre, des feux pour brûler les poubelles finissent de se consumer, des gamins débraillées poussent un ballon, des cultures de bananes entourent le village...

Des odeurs aux effluves de vie se répandent dans l'atmosphère.



Le peu d'habitants qui résistent à ces températures à l'extérieur nous saluent, nous sourient. Il faut bien être un touriste égarer pour marcher en plein soleil !!!

Cet endroit n'est certes pas aseptisé , ni d'une grande propreté mais il est des plus charmant comme on les aime... authentique avec en plus des gens sympathiques...



Pour remplir notre tank il faudrait que nous fassions encore 3 ou 4 allers- retours en annexe jusqu'à cette île ! Ca fait loin et le peu de fond nous empêche d'y venir en bateau... On va faire appel à l'esprit créatif du capitaine pour trouver une solution !!!



Chaque jour Marco part faire son marché avec son fusil.

Vue la profusion et variété de poissons, il les sélectionne afin d'avoir des menus différents.

Tantôt des Vivaneaux, Fusillés, Mérous, Gorette, Tazard..... parfois quelques langoustes.

Je le vois même revenir avec des huîtres perlières, nous les ouvrons comme si nous grattions un millionnaire, envisageant un trésor caché dans les coquilles.



Nous sommes toujours en attente des vents porteurs pour partir. S'il fallait attendre que les vents se calment pour faire la transatlantique, pour la trans-pacifique on attend qu'ils forcissent.

Du coup cela nous laisse le loisir de revoir une dernière fois notre route. Et comme d'habitude c'est au moment de partir que nos choix se modifient.

Les Galapagos est un endroit où nous aurions aimé nous arrêter, mais aux vues de nos finances nous y avons renoncé. Un stop s'avère très onéreux surtout si l'on veut visiter les différentes îles car maintes taxes et permis sont exigés des navigateurs.

Cependant nous venons de lire qu'il est possible d'y faire un stop de quelques jours sans être soumis au passage du tiroir caisse.

Nous envisageons donc de faire cette escale. Mentalement c'est plus confortable d'envisager un petit break sur notre route !!!
Mais pour le moment nous ne sommes pas encore partis... pas de vent en perspective....
(Pas de photos car mon ordinateur vient de me lâcher... C'est la merde ! Ce genre d'accessoire s'avère plus indispensable qu'on peut l'imaginer de nos jour!!)


Le 23/11
Eau lisse, vent nul , soleil de plomb sans nuage, pas d'autres alternatives que de partir au moteur pour les Perlas. Nous quittons donc ce décors de grattes ciel de Panama city pour retrouver le plaisir du large.








La vie est intense dans ces eaux. Marco s'active aux lignes de traîne, plus de 7 fois ça mord et du gros... Hélas ! Thons, Tazards, Carangues se décrochent avant d'avoir pu être remonté, ou sectionnent les lignes, emportant les leurres et hameçons.
Notre pêcheur est fin énervé et attrape sa canne à pêche, très vite elle plie et non sans mal nous remontons un thon de 6kg. Puis un beau Tazard dit aussi Waou du même poids. Notre menu de noël est ainsi assuré.
Quelques dauphins viennent nous faire un bref salut.











Nous arrivons dans cet archipel dont son nom vient de la provenance d'une perle que la reine d'Angleterre possédait. Nous pourrions supposer pourtant que ce nom a été donné par la beauté de ces îles car ce sont de véritables perles...






Nous allons mouiller aux abords d'une des plus belles plages des îles, mais qui n'est guère protégée. Durant la nuit vent et houle forcissent nous privant de notre précieux sommeil.
Le rythme de ces derniers mois en mouvement perpétuel, les conditions de navigation difficiles, les préparatifs du canal et le passage nous ont quelque peu éprouvé. Nous avons besoin de récupérer et nous poser un peu...




Le 24/11
Nous changeons de mouillage au levé du jour pour rejoindre celui de San José. Une grosse île de plus de 10 km de long, privée où le propriétaire accepte néanmoins les navigateurs. La côte est découpée, des bandeaux de plage s'étendent entre les roches sculptée, la végétation est celle de la jungle. Les oiseaux remplissent l'air de sonorités mélodieuses, et des effluves aux parfums de fleurs s'échappent de ce paradis.

Nous tombons sous le charme de ce lieu et jetons l'ancre, elle risque fort d'y rester quelques jours.
Chaque jour nous explorons davantage ce lieu. Un chemin a été tracé au milieu de la jungle, ce qui nous permet de pouvoir se balader. Celui-ci rejoint d'ailleurs une route à usage exclusif que le propriétaire s'est faite faire tout autour de l'île.
Des ruisseaux, sources d'eau douces sont partout présents au grand bonheur des crocodiles, il faut donc être vigilant.
Nous nous retrouvons à plusieurs reprises face à des cochons sauvages. Les perroquets aux couleurs extraordinaires ne cessent de nous fasciner. La végétation est celle de jardins tropicaux.


Nous ne croisons aucune âme humaine, seule est présente la nature dans toute sa force et sa beauté.


Voilà notre cadeau de noël ! Tout cela nous est offert...
Nous n'avons qu'à tendre le bras pour prendre une noix de coco ! Qu'à mettre une ligne dans l'eau pour attraper un poisson, qu'à ouvrir les yeux pour se délecter, qu'à respirer pour se remplir les narine d'odeurs savoureuses...

Il y a hélas des saloperies de nonos dont les piqures sont redoutables car elles laissent de sacrés boutons qui grattent durant 4 jours. Je dois avoir non moins de 100 boutons dans le dos, on dirait que j'ai la varicelle, faute de ne pas avoir mis de teeshirt durant nos balades.


Le 29/12
Nous levons l'ancre pour rejoindre l'isla del REI à 15 milles de là, afin de remonter un peu plus vers le Nord. Il y a un village Cantadora où il nous sera possible de faire un dernier sommaire avitaillement légumes et fruits avant départ et envoyer les mails et nouvelles.
Durant cette courte navigation un gros thon vient mordre à la ligne de traîne.
Marco en voulant le remonter se brûle les doigts avec le fil tellement la prise se débat. Il le remonte à bord armé de gants et nous le remettons à l'eau. Le thon on en a assez !!!
Par contre le gros Tazard ( appelé aussi Waou) de 70 cm finira en filet dans le frigo pour le réveillon du jour de l'an !!

L'isla del Rey est encore une merveille, côtes découpées, rochers aux formes tortueuses sortant de l'eau, petites plages, forêt tropicale...
Des millions de papillons volettent autour de nous, de gros poissons, des raies sautent. Des cris de perroquets résonnent.
Nous avons l'impression d'être seuls monde jusqu'à ce qu'une petite pirogue avec deux enfants à bord viennent nous voir. Ils ont deux chiens avec eux, ils reviennent de la chasse et cueillette.Dans leur tronc d'arbre évidé et flottant il y a le fruit de leur chasse : un gros iguane qui fera leur repas et des papayes. Ils nous en vendent une, nous leur donnons du chocolat des teeshirts... Ils sont aux anges et nous promettent de revenir demain avec des bananes.


Le plus jeune des gamins veut nous vendre son vieux chien... Il éclate de rire en voyant ma tête !!!
Le mouillage est parfait, l' eau plate nous propulse dans de doux rêves.


Le 30/12
A peine le soleil est-il levé que l'on vient nous réveiller, c'est la livraison de bananes et de citrons !!!
Puis un pêcheur avec son fils viennent nous proposer des perles...
Les gamins ont dû parler de nous car le mot chocolat rempli la bouche du petit et ses yeux crépitent juste à l'évocation de ce mot magique.



Une rivière non loin de là remonte dans une mangrove sur plusieurs kilomètres, nous attendons que la marrée soit haute pour aller explorer ce lieu en annexe.

C'est sublime, tellement sauvage !!! nous avançons prudemment car nous ne voulons pas déranger les crocodiles en pleine sieste !! Quelques oiseaux s'agitent malgré la chaleur étouffante.
Les berges ne sont que racines tortueuses et végétation exubérante.



Le 31/12
Nous rejoignons Contadora une île habitée et fréquentée par le tourisme bourgeois de Panama arrivant en bateau moteur !
Nous assistons aux feux d'artifices de cette nouvelle année et revenons quelque peu aux réalités du monde !
Bonne ANNEE à tous avec l'espoir que vos vœux se réalisent ainsi que la réalisation de vos rêves les plus fous !!
On va devoir patienter encore un peu avant de mettre les voiles car il n'y a pas de vent pour partir !!!