lundi 25 novembre 2013


LA COLOMBIE


Du15 au 18 /11



Après une semaine d'attente à Bonaire, les vents se calment enfin et nous pouvons envisager de reprendre notre route.

Au lever du jour, la pluie nous invite à patienter. Après quelques hésitations en ce vendredi, nous décidons de partir malgré les nuages.
(Il existe de nombreuses superstitions dans le domaine marin et en principe on ne prend pas la mer un vendredi !!!)
Cependant nous voulons nous rapprocher et faire escale à Curaçao, afin de bénéficier de la bonne fenêtre météo pour le passage du cap de la Vela en Colombie.
Aussitôt les voiles dehors, les grains nous accompagnent mêler d'une mer dégueulasse. Il pleut sans discontinuité jusqu'à Curaçao.
Nous ne pourrons pas rejoindre le mouillage au nord initialement prévu car la nuit risque fort de nous surprendre.
Nous optons donc pour un plus proche. Nous nous enfonçons dans une baie étroite débouchant sur une sorte de lac. Nous comptons sur la lune pour nous éclairer le lendemain pour en ressortir.


Le 16/11
A 4h du matin nous levons l'ancre sous le regard de l'astre lumineux qui nous permet de distinguer les berges.
La mer est clémente aujourd'hui, certaines étoiles se décrochent au dessus de nos têtes.
Les voiles sont établies en ciseaux avec le génois et la trinquette tangonnés et nous filons telle une comète.
Avec 15-20 nœuds seulement de vent aidé d'un bon courant nous établissons des pointes à 8,5 nœuds !
( si certains navigateurs peuvent sourire gentillement, il n'en reste pas moins que pour notre Tidoudou c'est une performance, vaillant Tidoudou !!..)


En fin d'après midi à hauteur d'Aruba une bonite vient ouvrir le bal des pêcheurs, suivie d'une autre.
Quelques instants plus tard, quelle n'est pas notre surprise de sortir une Coryphène de 50 cm.
Nous voilà dans l'ambiance de la transatlantique où l'on s'active à bord.
Nous avons à peine le temps de ranger, nettoyer qu'en voilà une autre...
Celle là semble bien excitée, elle se débat et dans le cockpit c'est la frénésie. Dans ses bonds prodigieux elle se décroche et glisse par le hublot resté ouvert. Elle atterrie dans le lit de Marco.


Tellement surprise de se retrouver dans un lit douillet qu'elle ne bouge plus et semble attendre langoureusement une main salvatrice. La fin de l'histoire est moins marrante car elle passera à la casserole. Nous avons fait notre stock de poissons et pouvons enlever les lignes.


La lune est de retour bien ronde elle nous accompagne. En début de nuit le vent forcit sans prévenir, nous enlevons la trinquette qui commence à prendre le vent à contre dans les embardées.
Mais le vent forcit encore et la mer très vite devient agitée. Les imprévus météorologiques !!!
Nous apercevons au loin le phare de l'île Monjes dont les seuls occupants sont les gardes côtes. Avec de telles conditions nous ne pouvons envisager de poursuivre car les vents au niveau du cap de la Vela s'intensifient souvent du double !
Nous avons lu sur un guide qu'il est possible de s'amarrer à un câble tendu dans une des baies de Monjes. Aussi, Marco essaye de joindre les gardes côtes pour plus d'informations. Pas de réponses malgré plusieurs appels.
Et soudain le phare de l'île que nous apercevions s'éteint pour ne plus jamais se rallumer.
«  C'est un truc de fou... incroyable !!! » Le phare est-il tombé en panne ou les gardes l'ont-ils éteint ?
Le mystère restera entier...
Sans repère il est dangereux de vouloir s'y arrêter aussi, nous n'avons guère de choix.
On continue, en priant que les vent faiblissent avant que nous n'arrivions à la hauteur des côtes Colombiennes.
Nuit mouvementée sans sommeil ! Je titube de fatigue, mon cerveau fonctionne au ralenti ce qui créer un décalage avec les manœuvres à répétition à effectuer.
« T'as la cervelle qui voyage dans le brin !! » me dit Marco en reprenant une expression de son grand père.
La mer et le temps peuvent changer tellement vite ! On passe d'une navigation tranquille à une qui l'est beaucoup moins en très peu de temps !! Vin dieu, des fois c'est pas facile, voire même violent !!!


Le 17/11
Mais heureusement le vent se calme un peu au lever du jour et les côtes sont à vues. Changement de décors et de couleur d'eau : du bleu au vert intense.
Nous sommes au petit Cap Horn , (comme on l'appelle). La pointe extreme Nord de l'Amérique du Sud.
Comme tout cap, le vent s'intensifie surtout si le relief est haut. Autres effets à rajouter celui des profondeurs de l'eau. Ici on passe de la hauteur Abyssale à quelques dizaines de mètres. Ce qui crée très vite une mer démontée. Mieux vaut naviguer proche de la terre.
La période préconisée pour passer cet endroit est : Novembre ou Mai lorsque les alizés faiblissent. Ce n'est donc pas un hasard si nous sommes là en cette période ! Le capitaine a bien étudié sa route et la météo du départ.
Nous avons donc des conditions exceptionnelles. La météo annonçait 5 à 10 nd de vent aujourd'hui et plus rien demain, nous en avons 20- 25, normal !
En guise d'accueil une centaine de dauphins nous escortent tout autour du bateau ! Quelle fête !
Nous mouillons juste derrière le cap dans une grande baie protégée de la houle mais pas du vent. Pas d'autre bateau.

Éole règne en maitre sur ces lieux. Les roches et la terre ont subit son souffle ravageur, aucune végétation ; la vie doit s'agripper pour subsister. Les traces de sa puissance sont partout présentes dévoilant une étrange beauté. La mer ressemble à une marmite prête à bouillonner, ce qui est le cas plus de 11 mois par an. Certains bateaux l'ont expérimenté en passant cul par dessus tête ( sensis) .
Un village semble pourtant défier ce dieu au souffle féroce par de simples cabanes.
Nous irons rencontrer ces âmes téméraires demain, lorsque nous aurons récupérer notre sommeil.


18-19/11

Au lever du jour pas une ride ne vient troubler l'eau, un calme s'étend sur ce décor matinal. Le thermique sommeille encore.
Des pêcheurs viennent nous voir timidement.


Nous regagnons les rives en annexe pour aller à la rencontre de ce nouvel univers.
Ces espaces désertiques appartiennent à des indiens les Wayuu ; des cahutes sont réparties le long de la baie.
Nous empruntons un chemin en terre pour regagner une crique au nord. C'est le far west : buissons épineux, cactus , terre desséchée, soleil piquant... Le tout reste cependant harmonieux et surprenant.




Le niveau de vie est très bas ici, aussi jouer au père noël est un véritable plaisir ( à bon escient) : leurres ; cordes, teeshirts, bijoux nous gratifient de sourires émerveillés. De petites choses qui pour eux ont une valeur inestimable. (Alors merci à Rodolphe, Ivanne et Danielle pour vos petits trésors.)






Certains tentent de développer un éco tourisme, mais les structures de bois rudimentaires prévues à cet effet semblent aussi désertes que cette terre. Les gens sont curieux mais discrets, leur gentillesse se lit sur leur visage buriné. Ils ne sont pas encore gangrénés par le tourisme.














Une barque de pêche traditionnelle taillée dans un tronc d'arbre! Une oeuvre d'art!!!












Le 20/11
Nous levons l'ancre pour rejoindre les 5 baies un peu plus à l'Ouest, une navigation de 120 milles soit 24h.
Un vent doux nous accompagne, grand voile et génois ne sont pas sitôt hissées que ça mord à la traine.
Nous la relevons et là...
Exclamations, interrogations ????
Nous découvrons une moitié de grosse bonite le corps sectionné en deux.

La pauvre elle s'est prise dans la ligne à côté et le câble l'a tranché net. Ca fait peine à voir car elle encore vivante !!!
Un peu plus tard, nous sortons un petit thon, entier celui là!
La mer des Caraïbes dans ces parages est bien vivante, nous voyons des poissons volants, des sauts d'espadons tout proche et les dauphins sont là. Certains dauphins Colombiens ont une taille énorme de 2,5 m !!!
La navigation est agréable pas de houle c'est tellement rare ! La sensation de glisse est grisante.
La lune paresse et retarde sa levée aussi c'est le noir complet.
Les joies de la nuit reprennent : vent tournant, forcissant, faiblissant, nous obligeant à des manœuvres de voiles et de tangon. Autant dire que malgré les quarts nous ne dormirons encore pas cette nuit !


LE TANGON : c'est la chose que je déteste le plus sur le bateau même si cela a sa nécessite.
(D'ailleurs, je me rappelle que la première chose que j'ai faite lorsque nous avons acheté le bateau c'est de nous débarrasser de cet engin en le donnant à notre voisin.)
Son utilité nous a contraint à en racheter un aux Canaries. Effectivement par vent arrière celui-ci nous aide bien à maintenir le génois gonflé et évite le claquement lorsqu'il y a de la houle.
Cependant sa manipulation est délicate, il pèse lourd, il faut le porter sans avoir d'appui et souvent avec une bonne houle qui engendre des déséquilibres. Pour ma part je reste à la barre et gère à distance balancine et hale bas en essayant de me synchroniser sur les manœuvres du capitaine.
Ce soir j'assiste à plusieurs reprises à la danse endiablé de Marco et Tangon. Le vent tournant il nous faut le changer d'amure plus souvent que nous le souhaiterions, la houle s'est levée.
Le pont est encombré par l'annexe et glissant à cause de l'humidité nocturne. La danse se transforme en combat et mon pauvre Marco en voit de toutes les couleurs (malgré la nuit épaisse). Il valdingue, glisse, se cogne , tombe, gueule et gueule encore....
Une des particularité du tangon c'est de nous mettre dans tout nos états, j'aime pas le tangon!!!


le 21/11
Le lever du jour vient nous consoler de cette mauvaise nuit. Le vent semble s'établir à nouveau et une vision surréaliste nous est offerte.
Dans les limbes matinales apparaît une haute chaîne de montagnes de près de 6000 mètres altitude. Les premiers rayons de soleil laissent apparaître les neiges éternelles rosées sur les sommets. Très vite, hélas, cette apparition s'estompe dans la brume. C'est plutôt étonnant d'être à poil et de voir la neige ; tout comme ça l'est, d'être sur l'eau et de voir de si hauts reliefs juste à côtés...
Deux coryphènes viennent à nouveau mordre, l'une d'elle regagnera son milieu in extrémis !!
Nos repas pour les prochains jours sont assurés. Heureusement que nous avons la pêche pour nous approvisionner !!
Nous décidons d'aller mouiller dans la première baie ( la plus belle) mais qui est privée.





On verra bien si on se fait dégager !
Quel contraste avec le cap de la Vela ! Ici c'est la luxuriance, les hautes montagnes encerclent ce petit écrin. Nous sommes dans un parc national. De petits bandeaux de sable bordent les rivages et derrière cocotiers et arbres à profusion. Quel décors extraordinaire !
Nos yeux trop fatigués pour le contempler pleinement vont se fermer.





Le 22-23/11
Nous regagnons à la nage le bord et allons vadrouiller dans ce lieu exquis où il n'y a personne malgré l' habitation du richouille qui a acheté ce lieu de tranquillité. (Cela ressemble à l'idée que je me fait des Marquises.)
Nous levons l'ancre pour aller à celle plus loin. Ici quelques pêcheurs habitent. Nous sommes encore le seul bateau comme à l’accoutumée.

Les nuits sont loin d'être paisibles même au mouillage. Les vents catabatiques descendent des montagnes avec violence. Des rafales à 40 nœuds viennent ébranler notre sommeil. L'annexe s'est retournée avec l'asseau de l'une d'elles, heureusement sans le moteur. Nous avons juste perdu nos rames.
A terre c'est la jungle impénétrable, cependant un chemin nous permet d'aller marcher jusqu'à la baie voisine. Nous nous armons de chaussures fermées et de bâtons afin de nous prémunir contre d'éventuels scorpions ou serpents. Il fait très chaud mais l'effort en vaut la peine car la vue de la baie est vraiment chouette.


A voir autant de paysages et d'endroits différents, on pourrait supposer que notre curiosité et enthousiasme s'émoussent. Ce n'est pas le cas au contraire, j'ai l'impression que notre perception et sens de l'observation s'affinent. Toutes ces différences mettent en lumière les richesses de chaque lieu. Le fait de ne pas savoir ce qui nous attend nous amène un regard sans à priori.
Plus que le paysage c'est une atmosphère, un ressenti qui colorent nos perceptions. Si certaines terres peuvent sembler austères, ou désertiques, il n'y a point de laideur. Celle-ci apparaît seulement
dans les lieux où l'homme l'a soumise à son pouvoir.


Le 24 /11
Au cœur de la nuit et des rafales, nous levons l'ancre. Il nous faut passer la rivière de Baranquilla à 45 milles de là, de jour. Celle-ci transporte une eau boueuse, troncs d'arbres et autres objets flottants pouvant s'avérer dangereux. Aussi mieux vaut que la visibilité soit bonne et que le vent ne soit pas trop fort. C'est pourquoi nous partons à 04h du mat. Un quart de lune nous aide à distinguer les berges rocheuses, cependant sa lumière n'est pas assez intense pour voir le filet de pêche sur lequel nous allons !
Au dernier moment aidé de sa frontale, Marco crie. J'ai juste le temps de mettre le moteur au point mort et de dévier ma route.
« Ouf ! On a eu chaud ! »
C'est pas finit !!!
le vent à la sortie de la baie et de 30-35 noeuds ! Le petit bout de génois nous propulse à une allure.... La nuit, avec du sommeil dans les yeux on a l'impression d'avancer encore plus vite .
Nous longeons un cap aussi le vent reste soutenu un moment.




Puis il s'essouffle peu à peu, nous avons beau sortir nos plus jolies voilures : Grand voile, génois, puis spi ; le vent boude. Nous mettons donc le moteur et une vigie à l'avant pour veiller à ce qui flotte. A 10 milles de la rivière déjà des bouts de plastiques, polystyrènes traînent ça et là et de petites mouches qui piquent se radinent. La civilisation n'est pas loin !!!

Une bande marron apparaît avec une séparation radicale des eaux. Le passage en est presque effrayant. Nous approchons du cap et de la rivière qui fait 10 km de large. Le vent reprend de la vigueur, nous ressortons le génois. Une forte houle se forme.
Nous voilà avec 25 nœuds de vent et des creux raides et serrés de 3 à 4 mètres qui nous arrivent par l'arrière.
Il nous faut gérer les trucs flottants, les vagues qui parfois nous font partir au surf et au lof et les cargos qui sortent de l’embouchure.

Durant plusieurs heures pas de relâche!!!





Nous arrivons enfin après 13 heures de navigation intense dans une nouvelle petite marina.
Contents d'être arrivés à bon port et soulagés. Nous passons la soirée avec un couple de Franco-Allemand et un espagnol. Ils nous donnent des tuyaux pour la paperasse et autres...









Le 25/11
Les réjouissances des formalités d'entrée nous attendent et pleins de trucs à faire....
L'armée vient faire une inspection du bateau avec photo, nous attendons la visite de l'immigration a qui l'on doit payer le taxi pour qu'ils viennent!! et ce n'est pas finit!! Très compliqué les papiers!!!

vendredi 8 novembre 2013


 DE GRENADE A BONAIRE du 21/10 au 07/11




Le 21/10
Jour de la mise à l'eau, tout est prêt, Tidoudou a fière allure avec sa robe noire toute neuve.
Le choix de la couleur de l'antifoulling sur la coque à son importance, même si cette partie est immergée. Ne serait ce que pour éviter les problèmes avec les baleines qui ne supportent apparemment pas la couleur blanche ou rouge ! Les sociétés qui commercialisent ces produits ont d'ailleurs retiré certaines couleurs du marché à cause des attaques de baleines.


Nous sommes les premiers sur la liste du travel lift , mais il nous faudra attendre quelques heures avant que les ouvriers se mettent à l'oeuvre en trainant un peu la savate.
Voilà enfin le bateau suspendu dans les airs et le suspense à savoir s'il n'y aura pas de fuites aux passes coques changés. Un violent orage retarde quelque peu l'instant fatidique et tout le monde court se mettre à l'abris. Tidoudou se voit baptisé copieusement extérieurement et intérieurement par les hublots restés ouverts.
Petit checkup dans les cales une fois dans le bain, tout semble ok, si ce n'est un oubli de joint au wc nous voilà rassuré...
On met les voiles sur Prickly bay où Christian a pris de l'avance ce matin et nous y attend ainsi que Thierry et Chantal .
On se retrouve tous, le soir au bistro du coin a émettre des sonorités rappelant nos parcours et nos routes futures.
De retour au bateau on s’aperçoit que la clef du cadenas de l'entrée est restée à l'intérieur, nous voilà enfermés dehors ! Christian vient avec sa scie à métaux couper le cadenas.
Toujours là quand il faut cet homme là !!!


Le 22/10
On doit faire l'avitaillement mais le moteur de l'annexe n'est pas décidé à nous accompagner.
On le laisse bouder, nous nous occuperons de son cas un peu plus tard avec l'aide de Thierry. En attendant Christian nous emmène sur le rivage. Sympas les potes et bien serviables!! ( Ca ça fait partie des aspects agréables, les navigateurs se rendent facilement service.)
De retour des courses, Marco consulte la météo et m'annonce que le créneau est pour demain car après une série d'ondes tropicales se ramènent.
C'est donc le speed car il nous faut faire les papiers de sorties, Réparer le moteur de l'annexe, monter le régulateur d'allure qui est encore dans la cabine, un tas de bricoles à finir, à caler, à ranger...
Apéro obligatoire pour fêter notre départ et repas avec Chrichri et Marie Pierre.
L'avitaillement affectif a été fait entre les potes, la famille, nous sommes remplis de chacun. Vous êtes nos réserves de douceurs et la pensée suffit parfois à vous rejoindre.


La journée était juste assez longue pour boucler le tout, mais ça y est demain c'est un grand départ...
Une fois partit dans ce sens il n'y a pas de retour possible car le vent et le courant sont contraires.


Le 23/10
L'aube se lève, des couleurs pastels saluent cette journée. La mer accouche d'une boule ensoleillée.
Christian s'est levé rien que pour nous voir partir, on se fait des signes d'adieu et levons l'ancre !! On se reverra, mais quand ??? Il fait partie de ces rencontres qui sont comme des petites lumières sur notre route.
Le bateau caréné vole sur l'eau, vent et courant l'aidant. Quel plaisir de glisser à nouveau sur les eaux. Nous avons mis le génois, au vent arrière par 20 noeuds cela suffit.



De gros poissons volants nous offrent des vols spectaculaires, l'un d'eux se prend pour un oiseaux.
Deux heures pus tard le pêcheur excité sort, non sans mal, sa première prise. Un belle Carangue à gros yeux de 6/ 8 kilos. Nous voilà vite au parfum des traversées et salivons déjà devant les mets de ces grands espaces.
La pêche va pouvoir enfin reprendre car cette zone et hors ciguatera.
Elle est cependant interdite à Blanquilla , Aves et Roques, mais au large pas de problème.
Ces îles du Venezuela constituent notre route, la première est Blanquilla à 170 miles, première escale.
En attendant nous savourons cette navigation parfaite : Vent entre 15 et 25 nœud au portant.
Nous avons tangonné le génois et Tidoudou se dandine tranquillement au rythme de la houlette.
La vie du large reprend avec les dauphins, qui viennent nous chercher à l'arrière, pour que nous venions les voir jouer dans l'étrave. Que c'est beau !
La nuit tombe à 17h 40, nous ferons route tous feux éteints par prudence afin de ne pas attirer de mauvaises rencontres.
Le Venezuela est actuellement mal famé, les pirates n'hésitent pas à remonter au large pour trouver des trésors flottants. En principe ils ne remontent pas jusque là où nous sommes mais quelques précautions s'imposent.
L'immensité se fait davantage sentir lorsque le noir absolu tombe. Au premier quart pas un morceau de lune seule la voûte étoilée donne un semblant de lumière. La nuit est tiède, douce, la navigation paisible néanmoins je sursaute soudainement en entendant des souffles à côté de moi.
Mon regard aveugle scrute le noir avec attention et je vois des sortes de fusées blanches fluo faire un balais autour du bateau. Le plancton illumine le déplacement des dauphins. Ce soir ils sont silencieux et calmes (pas de sauts hors de l'eau) engourdis peut être par la nuit, ils ne veulent pas déranger les étoiles.


Le 24/10
Au lever du jour ils sont de retour plus actifs et joyeux, certains sautent et nous montrent leur ventre rose. Quel mystère les attire ainsi près de l'homme ? Ils sont fascinants et tellement plein de joie que c'est un bonheur à chaque fois de les voir, ils sont attendrissants.
Nous avons parcouru 135 mile en 24h.
Le bateau maintient un rythme régulier de 6,5 nd.
Bientôt en fin de matinée nous apercevons des petits îlots : Los Hermanos.
Blanquilla n'apparait qu'au dernier moment à quelques miles car elle est toute plate.



Nous contournons ce bout de terre sauvage habitées seulement par les oiseaux, quelques campements de pêcheurs Vénézuéliens, et des gardes côtes. A l'Est il paraît que quelques personnes vivent à l'année.
Nous trouvons une toute petite crique bien abritée et déserte à l'ouest, bordée de sable blanc. Une piscine !!







C'est là que l'intérêt du voyage en bateau prend toute sa dimension. Avoir accès à de tel lieu et tout à fait incroyable. Ici pas d 'aéroport, pas de routes, pas de villages, pas de magasins... la nature à l'état pur sans la souillure de l'homme. Il existe encore quelques rares endroits comme ça dans le monde et nous avons le privilège de contempler cela.
L'eau est cristalline, sitôt arrivés nous plongeons sur les reefs à côté pour nous délasser. Nous retrouvons les poissons colorés, tortues, murènes, barracudas et les jolis fonds. Petit tour à pied pour visiter les lieux.
 En arrière de la plage un lac de sel aux couleurs roses, violines entouré d'une végétations rases et piquantes. Principalement des cactus, notre marche se ponctue de ouille aï aï ouille ! Leurs aiguilles pénètrent nos petons.






Mais le décors est tellement extraordinaire, que nous poursuivons jusqu'à la tombée de la nuit notre exploration sur des semblants de sentiers tracés par les ânes.
Oiseaux, pélicans, lézards sont les seuls habitants que nous rencontrons. La nature brut !!!
Des plantes grasses nous intriguent car leur odeur est celle d'un parfum délicat. Les côtes sont bordées de roches volcaniques et de plages blanches : c'est somptueux !!!











du 25/10 au 28/10
Une barque de pêcheurs nous aborde pour troquer du poisson.
Moyennant un paquet de cigarette et un peu de rhum, ils nous donnent une belle langouste et deux balistes.
Nous alternons ainsi nos journées entre plongées et marches découvertes, il n'y a qu'à ouvrir les yeux et se délecter...

















Le vent a repris de la vigueur. Une onde tropicale passe et la suivante est pour mercredi.
Une trouée météo de 24h nous incite à reprendre notre route pour los Roques.



Le 28/10
On se livre à un petit calcul sur l'estimation de notre arrivée aux Roques. Il nous faut arriver avec le soleil haut afin de pouvoir entrer dans la passe avec la bonne lumière et voir les hauts fonds.
Nous avons 120 miles à parcourir.
Une belle après midi de navigation (malgré les 2,50 m de houle), saluée par un magnifique arc en ciel.
En fin d'après midi un oiseau tourne autour du bateau avec une idée derrière la tête. Il élit domicile sur une filière et n'en bouge plus malgré le chahut à bord durant la nuit. On enlève le tangon car le vent a forcit et il nous faut lofer davantage sous peine de se retrouver dans une zone interdite de la Orchila.( île privée du président du Venezuela)
On s'active donc !!!
Marco déséquilibré avec la houle et le tangon de la mort tombe à la renverse dans la filière sans que notre compagnon de route n'en soit dérangé. On s'agite à 50cm de notre zozio, mais il semble profondément endormi, indifférent à notre raffut.
Cette nuit les lumières que je perçois m'effrayent, les histoires des pirates me foutent les chocottes.
Aux jumelles je scrute chaques lumières suspectes sur l'horizon. Ca fait rire Marco mais un peu moins lorsque je le réveille pour qu'il vienne voir une étoile qui m'inquiète !!!
La nuit quand tout est couvert d'encre, que l'on est seul au monde dans le cockpit (même si l'autre dort dans la cabine), que le bateau est secoué par la houle et le vent, l'imagination est fertile et prend ses aises au point d'en devenir ridicule, je vous l'accorde.
Malgré tout certaines lumières aperçues restent un mystère : on les voit puis elles disparaissent sans que l'on puisse reconnaître les feux ou les voir sur l'AIS.
Nous nous adonnons à quelques manipulations de tangon : mettre- enlever-remettre... Histoire de parfaire la liste de mots grossiers que l'on connait.


Le 29/10
Notre passager ailé nous quitte au lever du jour pour regagner l'île la plus proche, nous laissant des chiures sur le pont en guise de remerciement.
Nous arrivons le soleil au zénith pile poil comme il faut. Nos yeux engourdis par le sommeil arrivent en peu de temps à engloutir toutes les couleurs qui jaillissent à l'entrée du lagon.
La passe est étroite, les roches à fleur d'eau parsemées tout au long d'un espèce de chenal entre deux barrières de corail. C'est l'explosion de bleu et de dégradé qui nous sert d'indicatif sur la hauteur d'eau. Marco à la proue me guide à l'oeil.
Nous jetons l'ancre entre les deux barrières de corail derrière un îlot. Quel endroit incroyable !!
Nous sommes encore seuls, c'est parfait.
Nos yeux ensommeillés ne nous laisse même pas le temps de contempler le décors. A notre réveil on constate que l'onde tropicale rapplique avec une succession de grains ! Nous avons vraiment eu le bon timing !! On va vite voir les fonds avant que le soleil ne se couche et là encore c'est l'explosion de poissons cette fois ! On se trouve dans un aquarium avec très peu d'eau.


Le 30-31/10
Nous partons pour rejoindre une des nombreuses îles de los Roques : Carnero, pour cela une navigation extraordinaire nous attend : 20 kilomètres à parcourir dans le lagon en longeant à quelques mètres un haut fond qui ravit nos pupilles. L'eau est lisse et c'est un tapis aux teintes bleutés qui s'étale devant nous, avec ça et là : des îlots. C'est certainement un avant goût du Pacifique côté couleurs...
En tout cas c'est magique !!! L'éclat du soleil haut illumine ce décors.
Encore un mouillage piscine avec de quoi explorer tant sur terre que dans l'eau.


Le 1er Novembre
Le temps est tout gris au réveil, durant la nuit il a beaucoup plu. Nous ne pouvons sortir de notre piscine sans que la lumière soit.
Nous voyons le bateau des gardes côtes arriver vers nous ! Jusqu'à présent nous sommes passés entre les mailles de ce filet de contrôle. Nous n'avons pas fait notre entrée car pour cela il faut se rendre au Venezuela, donc un risque de se faire déguerpir. Néanmoins ils peuvent fermer les yeux sur cette clearance en payant une taxe de droit de navigation dans le parc, plus un bon pourboire.
Nous nous préparons donc à sortir les biftons. Quelle n'est pas notre surprise de les voir passer à côté de nous sans s'arrêter ? On s'attend à ce qu'ils reviennent après leur tour, mais ils nous ont oublié. Nous venons d'économiser 150 dollars !
Nous ne sommes pas encore partis de los Roques alors on calme notre joie !!!


Le 2/11
Nous changeons de mouillage et nous rendons sur une autre île celle de Cayo de agua. Nous faisons le tour à pieds de cette île très différente de la dernière :

  • Au Nord : dunes de sable, longues plages de sable blanc, quelques palmiers .
  • A l'ouest : un petit coin de paradis à l'eau turquoise où des touristes amenés par bateau pour la journée, se dorent la pilule en buvant des bières dans des chaises longues( complètement insolite!)
  • Au sud la mangrove, un lac intérieur de sel avec des flamants roses, Une multitude d'oiseaux nous survolent en piaillant.


Le 3/11
Au lever du soleil nous mettons les voiles en direction des Aves de Barlovento vent arrière.
A mi parcourt une barre noire menaçante nous fait face et semble se diriger sur nous.
Après quelques interrogations sur ce phénomène improbable ( vue que le vent est de secteur Est et ce qui nous arrive dessus de l'Ouest), nous décidons d'enlever le tangon, de rouler le génois et mettre le moteur. Nous avons à peine le temps de finir nos manœuvres quant tout à coup le vent fait 180° et forcit. Nous nous retrouvons avec 25 nœuds en pleine face et les houles contraires. Le bateau fait quasi du sur place et se fait secouer dans tous les sens. Il nous reste encore 10 milles avant d'arriver.
Petite hésitation, nous étudions une autre possibilité de mouillage protégé du vent d'ouest, sachant que nous ne pouvons sillonner au milieu des hauts fonds sans visibilité, d'autant plus que la pluie se met de la partie !!
Faire marche arrière est un peu tard, alors on continue. Le vent faiblit, le bateau gagne un peu du terrain en faisant chauffer le moteur.
L'île de Aves est à vue et Marco s'écrit tout à coup en regardant à l'arrière : - « Une baleine !!! »
J'ai beau scruter l'horizon je ne vois rien et pense qu'il a dû se faire un peu trop secouer les méninges par la houle !
Je me concentre à nouveau sur la route quant à quelques mètres devant un rorqual fait son apparition accompagné d'un feu d'artifice aquatique ! C'est magique !!!
Ce qui est moins magique c'est que nous devons mouiller dans une zone où il y a plein de hauts fonds et patates de corail. Il pleut et les couleurs ne sont pas très distinctes. Marco se remet à son poste de vigie pour un guidage délicat. Nous slalomons et arrivons enfin en pleine mangrove dans une baie super protégée où des milliers d'oiseaux nichent dans les arbres.
Aves en Espagnol signifie oiseaux, on comprend pourquoi !



Le 04/11
L'annexe nous permet de se rendre au cœur de cette mangrove, nous pouvons ainsi approcher ce royaume de plus près et observer ces oiseaux des mers de toutes espèces. Notre visite ne semble pas les importuner. Nous faisons un tour de l'île et de celle d'à côté, aujourd'hui pas un souffle ne vient troubler l'eau transparente.
Un catamaran vient mouiller pas loin de nous, nous faisons ainsi la connaissance d'un couple d'Australiens. Un expert en chasse sous marine qui emmène Marco avec lui sur les reefs du bout de l'île. Mon pêcheur préféré ramène : une grosse langouste, et deux gros poissons et Ian un seul poisson !! Bon ! il faut dire que la technique de l'australien est plus archaïque ; il chasse avec une grande flèche pourvue d'un élastique qu'il tient à la main sous tension.
Nous passons deux soirées en leur compagnie, ils nous livrent les beaux mouillages et coins à voir autour de l'Australie où ils ont passé 13 ans à naviguer. Quelques conseils en prime pour éviter les ennuis avec les crocodiles et autres dangers auxquels on peut être soumis en naviguant à l'intérieur de la barrière de corail.


Le 06/11

C'est sous spi que nous rejoignons los Aves de Sotavento en quatre heures. Nous découvrons un grand lagon et encore des îles plates avec de magnifiques plages de sable blanc. Nous optons pour mouiller aux abords de l'une d'elle, n'ayant que l’embarras du choix. Evidemment comme dans tous les autres mouillages nous sommes seuls. Depuis 15 jours nous n'avons parlé qu'aux pêcheurs à Blanquilla et aux Australiens, davantage aux poissons et aux oiseaux ! Ces îles sont évidemment désertes, et c'est un régal.


Marco part chasser à la tombée du jour car à présent cela est autorisé : une énorme langouste et un gros poissons appelé «  le poisson de la belle mère » car apparemment il n'est pas très fameux (aux dires de l'australien).


Le 07/11
Nous regagnons Bonaire et la civilisation. Un peu déroutant de se retrouver immerger dans cette vague humaine qui donne quelque peu le tournis à moins que ce soit le fait d'avoir les pieds à terre.


Petite escale à Bonaire donc, où les alizés vigoureux nous maintiennent à la bouée quelques jours.
L'île est plate, la végétation sèche car balayée par les vents, néanmoins les maisons et l’accueil sont colorés. C'est aussi un lieu privilégier pour la plongée, aussi nous ne manquons pas de nous immerger dans cet aquarium naturel qui pullule de poissons et de coraux. L'eau est d'une transparence...


Si les dauphins sont les enfants de la mer toujours plein d’allégresse et de joie, regarder une tortue nager c'est comme voir un bébé dormir cela calme instantanément. De plus leur danse gracieuse a quelque chose d'aérien.
Les Vivaneaux quand à eux se déplacent en famille bien serrer les uns contre les autres.
Les Sergent major se tiennent au garde à vous prêts à bondir pour s'emparer de bouts de pain que nous tenons dans nos mains.
Les nombreuses murènes, malgré l'aspect rampant du serpent (qui peut donner la chaire de poule ) sont de toute beauté dans leur gestuelle, leur yeux sont des bijoux : un saphir serti d'un anneau d'or.
Les perroquets rivalisent de couleurs arc en ciel et certains s'affublent même d'un rouge à lèvre noir.
Les poissons anges sont curieux et viennent nous observer de prêt, se laissant ainsi admirer.
Les poissons pierres plus difficiles à voir, adoptent un camouflage selon le milieu ; une telle adaptation est tout à fait remarquable.
Les chirurgiens opèrent en banc.
Les poissons trompettes se tiennent bien droit en suspension comme s'ils attendaient qu'on leur souffle dedans. Les papillons volettent avec rapidité et agilité.
Certaines Carangues semblent chercher compagnie et nagent à nos côtés.
Les barracudas peuvent avoir différents comportements selon s'ils ont à protéger leur progéniture ou non. Parfois ils ne nous lâchent pas les basques et nous suivent à quelques mètres comme des chiens, ou ils nous invitent à décamper. Vue leurs sales gueules et parfois leurs tailles on a pas trop envie de s'y frotter.
Quelques petites méduses nous offrent des baisers piquants.
Les comportements de ces habitants aquatiques ne nous lassent pas, il règne une telle harmonie, une telle paix dans ce milieu...
Les coraux forment de véritables jardins, la couleur de l'eau est si intense que nos rétines vont finir par se décolorer ! Vue la température de l'eau 27° on peut rester quelques heures à nager sans avoir froid !




samedi 19 octobre 2013


Le 14/10/2013
Nous voilà de retour au pays du soleil avec 38° à l'ombre à Grenade. Nous avons retrouvé Tidoudou avec son ventre sec, prêt à recevoir l'antifoulling. Ce séjour en France fut très appréciable : retrouvailles de mes enfants et visites familiales ( Marco a pu fêter les 100 ans de son grand père), un peu de temps avec les amis... Bref de quoi se remplir affectivement et se goinfrer de bons petits plats !!!
Cela ne manque pas de contrastes que de passer de la France aux Caraïbes. Entre les températures et l'ambiance... Ne serait ce que voir une hôtesse de l'air danser sur le vol de la Barbade, nous met au parfum des îles.
Sitôt arrivés, le chantier reprend et nous ne tardons pas à être dans le bain.
Marco dès le premier jour se retourne un doigt et se fait une entorse. Quelques heures plus tard, une odeur inquiétante et une fumée mystérieuse envahissent le bateau. Heureusement Marco est à l'intérieur. Il ouvre le compartiment moteur et ho surprise!! le chargeur batterie est en train de prendre feu ( le réservoir d'essence juste à côté!!)
Il semblerait qu'il y ait eu un problème avec le 220v. Heureusement que nous nous trouvions sur les lieux sans quoi notre voyage aurait eu de fortes chances de s'arrêter là . Nous voilà plongé bien rapidement dans l' AVENTURE !!!
Réarmer le bateau, peinture de la coque ( nous rehaussons la ligne de flottaison), refaire les boiseries, et bricolages en tout genre … nous remet vite les pieds sur terre. Les moustiques et la chaleur ne facilitent pas les travaux, mais la perspective prochaine nous motive.

Céline , Eric et leur 3 enfants nous retrouvent au chantier et décident de venir caréner ici, une bonne surprise. Nous les avions rencontré à las Palmas, eux sont allés avec leur bateau en Amérique du Sud. Christian notre fidèle pote vient aussi nous rejoindre. Quel accueil agréable...
Du coup les journées se terminent autour d'un apéro où l'on peut s'adonner à la papote.
Nous venons de terminer aujourd'hui samedi la 2eme couche d'antifoulling, Lundi c'est la mise à l'eau et mercredi ou jeudi selon les conditions météo nous partons vers les Aves et Roques.






Grenade le 19 Octobre 2013



Le 14/10/2013
Nous voilà de retour au pays du soleil avec 38° à l'ombre à Grenade. Nous avons retrouvé Tidoudou avec son ventre sec, prêt à recevoir l'antifoulling. Ce séjour en France fut très appréciable : retrouvailles de mes enfants et visites familiales ( Marco a pu fêter les 100 ans de son grand père), un peu de temps avec les amis... Bref de quoi se remplir affectivement et se goinfrer de bons petits plats !!!
Cela ne manque pas de contrastes que de passer de la France aux Caraïbes. Entre les températures et l'ambiance... Ne serait ce que voir une hôtesse de l'air danser sur le vol de la Barbade, nous met au parfum des îles.
Sitôt arrivés, le chantier reprend et nous ne tardons pas à être dans le bain.
Marco dès le premier jour se retourne un doigt et se fait une entorse. Quelques heures plus tard, une odeur inquiétante et une fumée mystérieuse envahissent le bateau. Heureusement Marco est à l'intérieur. Il ouvre le compartiment moteur et ho surprise!! le chargeur batterie est en train de prendre feu ( le réservoir d'essence juste à côté!!)
Il semblerait qu'il y ait eu un problème avec le 220v. Heureusement que nous nous trouvions sur les lieux sans quoi notre voyage aurait eu de fortes chances de s'arrêter là . Nous voilà plongé bien rapidement dans l' AVENTURE !!!
Réarmer le bateau, peinture de la coque ( nous rehaussons la ligne de flottaison), refaire les boiseries, et bricolages en tout genre … nous remet vite les pieds sur terre. Les moustiques et la chaleur ne facilitent pas les travaux, mais la perspective prochaine nous motive.
Céline , Eric et leur 3 enfants nous retrouvent au chantier et décident de venir caréner ici, une bonne surprise. Nous les avions rencontré à las Palmas, eux sont allés avec leur bateau en Amérique du Sud. Christian notre fidèle pote vient aussi nous rejoindre. Quel accueil agréable...
Du coup les journées se terminent autour d'un apéro où l'on peut s'adonner à la papote.
Nous venons de terminer aujourd'hui samedi la 2eme couche d'antifoulling, Lundi c'est la mise à l'eau et mercredi ou jeudi selon les conditions météo nous partons vers les Aves et Roques.






lundi 10 juin 2013

Grenade











Fin Juillet 2013
LA PREMIERE PARTIE DE NOTRE VOYAGE s'achève peu à peu.
Entre navigation et découverte de différents pays, l'expérience fut riche le temps d'une année.
Notre esprit s'est imprégné de paysages, de tonalités, de couleurs, de perceptions diverses...
Il est vrai que ce sont nos perceptions donc cela reste subjectif...
Néanmoins chaque lieu nous a marqué différemment et notre mémoire conserve une caractéristique propre à chaque endroit :



  • LA MEDITERRANEE est un lieu capricieux et soudain qui nous a permis de nous roder efficacement. Des images d'eau parfaitement lisses avec des dauphins joueurs, comme une mer démontée aux vents coléreux peut la représenter. Autres clichés : une tornade, un Marlin de 1,80m, des baleines....Quoiqu'il en soit la navigation y est difficile, et les souvenirs très disparates.






  • L'ATLANTIQUE plus régulier et prévisible demande une bonne connaissance météo pour l’appréhender. Ce sont les grands espaces, l'ivresse du grand large, le bleu outre mer, les odeurs iodées, les vents constants (parfois bien soutenus!), les pêches miraculeuses, les sensations de liberté...





  • LA MER DES CARAÏBES avec la douceur et constance des alizés, la navigation relativement facile, les beaux mouillages, les terres ensoleillées, les paysages harmonieux, les couleurs intenses et franches, les décors stéréotypes des rêves...





Les terres que nous avons parcourues, elles aussi recèlent chacune leur propre attrait : certaines nous ont marqué par l'aspect nature, d'autres par l'aspect humain , par une activité plus spécifique, parfois une atmosphère, une ambiance, une énergie particulière...
Il n'y a jamais d'indifférence et jamais d'ennui à découvrir un lieu.
Le fait de se déplacer en bateau change aussi notre perception vis à vis des terres. En arrivant par la mer notre vision n'est pas la même que lorsque nous arrivons en avion. Les déplacements étant lents , c'est un petit point de terre qui apparaît d'abord au loin, les heures s'enchaînent et l'attente, le désir de la rejoindre grandit. La terre devient aspiration, le terrien en nous se réveille..
Dans un premier temps c'est l'oeil qui reçoit l'information liée à cette terre puis le nez par l'odeur spécifique à celle-ci que l'on capte parfois à plusieurs miles. Ce côté olfactif génère souvent une vive émotion et un plaisir indescriptible.
A chaque fois que l'ancre est jetée aux abords d'un nouveau rivage, une sensation de joie, de contentement et de soulagement nous gagne.

De plus chaque endroit visité est ponctué par des navigations, aussi se retrouver à glisser sur l'eau nous permet-il d'intégrer le vécu du lieu que nous quittons, mais aussi de garder une fraicheur d'esprit pour appréhender le suivant. Ce temps sur l'eau est une sorte de recentrage, un temps de digestion, de retour au calme et à soi. Ce sont les parenthèses qui nous reconnectent au voyage.

La vie à bord quoiqu'il en soit est une expérience exceptionnelle, un véritable changement de vie, qui modifie notre façon de voir , de penser et d' être. C'est loin d'être toujours facile comme on pourrait le supposer, mais c'est parfois l'occasion de se surpasser et de se découvrir véritablement.
Quoiqu'il en soit cela a ouvert notre appétit du voyage en bateau et notre envie de poursuivre cette belle aventure découle naturellement.



Nous allons donc faire un break de deux mois, avec un retour en France afin d 'embrasser nos proches. Nous attendons la fin de la période cyclonique pour reprendre notre voyage au mois d'Octobre. Nous rejoindrons alors : la Colombie puis Panama et le pacifique...


Le bateau vient d'être sortit de l'eau. Nous sommes sur un chantier au milieu d'une mangrove au bord de l'eau, où de charmantes petites plages agrémentées de cocotiers donnent une note particulière à ce lieu de bricolage. Nous sommes cependant éloignés de tout y compris d'un village, d'une épicerie et autres ... ! Après plus d'un an sur l'eau quelle drôle d'impression d'être à nouveau à terre sans bercement. Notre maison est à présent perchée et statique.




Les moustiques sont féroces et la chaleur torride, mais qu'importe nous avons de quoi nous occuper et penser à autres choses qu'à ces petits désagréments. Marco entreprend de changer les bagues de safran, ce qui n'est pas une mince affaire lorsqu'il s'agit de démonter l'engin. 30 ans ont permis de souder les axes , vis, l'histoire n'est pas gagnée.... Changement des passes coques, carénage et hivernage au programme, nous nous activons donc ; car dans 12 jours nous quittons Grenade pour rejoindre le pays du camembert et du bon vin... On en salive d'avance..



Après 5 jours de chantier voici un aperçu des travaux ! Comme on le supposait le changement des bagues est un enfer :
Nous voulons enlever l'axe qui tient la barre : impossible elle est soudée. Durant une après midi Marco à l'aide de sa perceuse s'attaque à la forer. Une fois l'opération à demi- réussie, nous découvrons 2 goupilles à enlever. Il nous faudra 2 jours pour en venir au bout, nous finissons par appeler un mec du chantier qui a des outils plus adaptés. Les goupilles sont enfin dégagées, la crapaudine enlevée mais l'axe qui retient le safran est évidemment bloqué. Alors le mec revient avec un chalumeau de compétition pour chauffer le carré de bronze. Marco en bas pousse sur le safran , le mec en haut avec des énormes pinces pousse dans l'autre et OH Miracle ! le safran tombe enfin !...
Et là je ne sais pas ce qui prend au mec d'attraper le carré de bronze bouillant ( bloc plein de 10/10 cm environs ) avec un chiffon mouillé ! Je vois la fumée sortir de sa main et les yeux du type s'agrandir sous la douleur. Et voilà pas qu'il jette la pièce en feu par dessus bord au moment où Marco passe en dessous du bateau. Le mec hurle tant de douleur que pour l'avertir du danger. Marco rentre la tête et reçoit la pièce de métal dans le dos ! Le pauvre black se décompose et chiale presque en voyant sa bourde. Quand à moi je ne vois pas Marco et plus inquiétant encore je ne l'entends pas ! Un instant je pense au pire... Le temps de bondir du haut de mon perchoir et je le vois entier ; il nous dit que ça va. Une grosse marque rouge zèbre son dos mais il n'a pas trop mal.
Il doit rassurer le mec qui n'arrête plus de se blâmer et de geindre...
Si nous sommes contents d'être venu à bout de ce satané safran, nous voilà tous choqués et calmés.
Marco s'en sort vraiment bien ! Et le rasta nous dit que JAH a été là et je veux bien le croire...
Nous stoppons net le bricolage et pour nous remettre de nos émotions nous partons nager sur les reefs alentour ! Voilà un bref aperçu du chantier...



Le blog risque fort d'être interrompu jusqu'à mi Octobre, à tous ceux qui nous suivent, nous vous souhaitons un bel été, nous vous remercions de nous accompagner ainsi. Sachez que nos pensées vous rejoignent à de maintes occasions.
Gros bizous au goût d'alizés. BON VENT À VOUS !!!

(Si vous désirez être prévenu par mail de la reprise du blog, n'hésitez pas à nous envoyer un mot à sabrina.candau@gmail.com , vous pouvez également nous laisser vos impressions, commentaires afin qu'il puisse être amélioré...)





Du 15 au 22/07 GRENADE




Grenade est appelée l'île aux épices : noix de muscade, poivre, piment, curry, curcuma, cacao... Cela pousse abondemment. Nous allons visiter un jardin d'épice, histoire de voir à quoi ressemble les plantes et arbres de ces fameux épices que nous consommons.

Ci contre une bogue de cacao



                                                                               


Un parterre de mangues



Nous aimons bien également aller vadrouiller à Saint Georges sur le marché où sont vendues ces poudres colorées et odorantes. Le samedi la ville s'anime, tous les gens viennent vendre leur production dans les rues : parfois juste quelques salades, d'autres des tomates ou des mangues. Ici nul besoin d'être inscrit au registre du commence, de se déclarer auprès de l'URSSAF et RSI et caisse retraite pour venir vendre sa marchandise. C'est peut être pour cette raison que les gens ne crèvent pas de faim et qu'il n'y a pas d’assistanat. Chacun travaille, produit, vend, même si c'est très peu cela leur suffit pour vivre simplement. La dignité se lie sur ces visages et le soin qu'ils prennent de leur personne est remarquable : toujours très propres, soignés, bien coiffés.
Les gens d'ici sont à l'image de l'île propre, belle, luxuriante, généreuse et pas encore pervertie.


Aujourd'hui nous avons fait un sauvetage . Nous voyons arriver à la nage un pauvre iguane-lézard cherchant désespérément à s'accrocher au bateau. A bout de force et de souffle, il arrive à monter à l'échelle de bain, et ne semble pas décidé pour un rond, à remettre ne serait ce qu'une patte dans l'eau. Nous le garderions bien volontiers en tant que passager mais il n'a rien à faire ici !
Alors nous organisons une mission secours. Marco ne semblant pas décidé à le prendre dans ses mains, nous le mettons dans un seau et regagnons les roches du bord en annexe. Nous rendons la liberté à l'iguane traumatisé mais vivant !! Ces petites surprises de la nature nous fascinent toujours, une occasion d'observer et découvrir. Dans l'eau c'est fou tout ce que nous pouvons voir !

Nous nous préparons peu à peu à l'hivernage, démontage, nettoyage, bricolage... dans une semaine nous mettons le bateau à sec, quelques préparatifs sont nécessaires.




Du 12 au 14/07 GRENADE

C'est toujours avec appréhension que nous nous déplaçons en taxi collectif, mais nous n'avons d'autres choix que de les emprunter pour aller faire les courses à Saint George ou découvrir l'île.
Le van est en principe chargé à ras bord : plus de 20 personnes s'y entassent allègrement. Une musique électro au rythme saccadé et inaudible est diffusé à fond la caisse et l'enfer commence. Les routes sont étroites et deux véhicules se croisent tout juste, mais cela n'empêche pas le conducteur d'atteindre les 4 000 tours en quelques secondes, dans les virages les pneus crissent, les suspensions parfois fatiguées n'arrivent à contrer la force centrifuge. Le cul du van se dandine tentant de suivre l'allure imposée par le conducteur pris de folie.
Mieux vaut ne pas regarder la route et faire l'autruche lorsque nous croisons un autre van et surtout ne pas imaginer quelque chose voulant traverser la route à ce moment là !










Pour ma part je me concentre sur les coiffures sophistiquées des femmes devant moi. C'est un véritable art, elle prennent grand soin à s'occuper de leurs cheveux. Celles qui ne les lissent pas ont souvent des tresses, des torsades ou chignon d'une grande complexité mais de toute beauté.

Les jeunes femmes sont très belles, des tailles de guêpe, des yeux de biches, une sacrée musculature , les moins jeunes portent des rondeurs harmonieuses . La couleur de leur peau rehaussé par les teintes vives de leurs vêtements, leur donnent une mine radieuse. En ajoutant leur sourire et leur regard chargé d'éclat de soleil on peut dire que les femmes sont belles...


Nous partons marcher dans les montagnes situées à l'intérieur de l'île. ( étang et cascades)
L'air est légèrement plus vif sur les hauteurs, la végétation extraordinaire : profusion de fougères, de bambous, de plantes et fleurs diverses. C'est la forêt vierge, le sol est détrempé, il faut souvent marcher dans la boue. Des bruits étranges résonnent dans ces lieux, parfois le souffle du vent agitent les bambous les faisant grincer, chanter, des oiseaux mystérieux nous livrent des notes surprenantes.
Les oiseaux mouches volètent au dessus de nos têtes.

Nous marchons des heures sans croiser ni boa, ni personne... et c'est tant mieux !
Au bord de la route, nous avons le plaisir de voir des singes en liberté.
Un bain de nature et de vert, des bouffées de chlorophylle qui nous changent de celles salines.
Ces quelques degrés en moins sur les hauteurs sont fort appréciables.
Marco d'ailleurs commence à avoir du mal à supporter la chaleur continuelle, il faut dire que dès le lever du soleil ça cogne grave ! Seuls les courants d'air et l'ombre arrivent à temporiser l'air brûlant.
Nous convenons que le climat idéal se situe en bordure des alizés c'est à dire entre le 20 et 25 ème parallèle, mais en dessous c'est trop chaud pour y vivre en permanence!






















Du 07 au 12/07

Nous changeons de mouillage et remontons à Woburn bay un peu plus au Nord Est. Une grande baie encadrée par des îlots ; l'un privé doté d'un splendide hôtel, l'autre sauvage inhabité.
Nous avons rapidement la visite d' un américain du bateau derrière nous. Il nous convie à un concert où il va chanter à la petite marina. Une petite marina tenue par un Québécois qui est boucher et vend sa production ainsi que différents services bien commodes et soirées à thème.
Un gangue de papys musiciens navigateurs se retrouvent là pour partager leur musique.
Sur l'îlot sauvage nous découvrons un genre de communauté qui a créer un centre pour les enfants des différents bateaux. Une petite bicoque sur la plage sert d'école et autres activités où les enfants se retrouvent. Un lieu dont beaucoup d'écoliers rêveraient !!




Chaque jour nous nous informons sur la météo et nous constatons qu'une tempête tropicale se prépare. Aussi nous envisageons différentes alternatives au cas où celle-ci passerait au Sud des Caraïbes. Il semblerait au fil du temps que celle-ci se dirige vers la Martinique. Nous pensons aux potes qui sont dans ce secteur et sommes un peu inquiets pour eux.
Ca y est elle est passée, nous n'avons rien senti hormis un calme étonnant sans le moindre souffle d'air durant la nuit et des orages le lendemain.
Nous recevons un mail de notre ami Christian qui lui était dans le cœur de Chantal, voici donc son aventure relatant son passage.

Commencé le 09/juillet/2013 à 9 heures.

Mes amis.
Cette fois ci je vais avoir quelque chose de peu courant à vous raconter : mon premier cyclone à bord !
En effet « Chantal » tempête tropicale, requalifiée cyclone par météo France, nous rend visite.
Sans avoir été invité d’ailleurs !
Je suis au mouillage du Marin, accroché sur un coffre que l’on m’a gentiment prêté.
J’aurais du être dans le sud de l’archipel, mais c’est une autre histoire que je vous conterais plus tard.
Normalement ça devrait aller. Habituellement, sur ce même coffre, un bateau plus grand et plus lourd est attaché.
Acceptons en l’augure. Dans tous les cas je vais être fixé rapidement.
Un cyclone, pour nous marin ça commence avec un peu plus d’acuité qu’à terre par la lecture des cartes météos les jours qui précédent.
Surtout en cette saison, dite cyclonique, où il convient de suivre les informations météo tous les jours.
Et donc, il y a 2 jours, dimanche, les cartes météos montraient une grosse dépression qui se renforçait à plus de 3000 kilomètres dans l’Atlantique, entre le Cap Vert et l’arc Antillais.
Les prévisions de déplacement, la montrait se dirigeant vers les Antilles.
A ce moment on se dit, que l’on va « y avoir droit » et la « préparation » psychologique et physique commence.

J’avais quitté samedi le mouillage du Marin pour celui des Anses d’Arlet, afin de profiter d’un cadre enchanteur et de pouvoir se baigner.
J’y étais en compagnie d’un autre bateau « La Juliane », une famille avec 2 jeunes enfants adorables- Charlie et Zélie-, bateau avec qui nous nous suivons, assez régulièrement, depuis le Brésil.
Lundi matin confirmation.
La tempête tropicale, désormais baptisée « Chantal » -(ce qui n’est pas bon signe, puisque ne sont « baptisés » que les phénomènes météo pouvant devenir dangereux)- est annoncée sur la Martinique pour le mardi.
Nous sommes passés en vigilance jaune, puis orange.

C’est le branle bas de combat dans le mouillage qui n’est pas protégé. Tout le monde lève l’ancre.
Nous aussi, qui nous dirigeons à nouveau vers le Marin.
Arrivé en début d’après midi, la zone de mouillage, déjà ordinairement encombrée, est complètement saturée. Tranquille je me dirige vers la bouée(ou coffre) que l’on m’a prêtée.
Et là, mauvaise surprise. Elle est prise par un bateau d’une base de location.
Je pars à la recherche d’un endroit ou je puisse mouiller l’ancre.
Et là, j’ai eu de la chance. Les gens de la société de location, qui connaissaient mon bateau, et qui sont des amis de celui qui m’avait prêté la bouée, m’en ont indiqué une autre.
Ouf ! Je me sens plus en sécurité que sur chaîne.
De plus il y a un peu de place derrière, et ça me permet de guider La Julianne qui vient mouiller derrière moi.
A priori là ou nous sommes dans la baie du marin, près de la mangrove, nous paraisons mieux lotis que tous ceux qui sont « en tas » en plein milieu du plan d’eau.
Il est mardi 10 heures maintenant.
La tempête est là.
En fait ça se passe très progressivement.
La nuit a été calme. Peu de sommeil, car je suis resté, comme de nombreux autres bateaux je suppose, à l’écoute des informations météo, diffusées toutes les heures (au moins) sur la VHF par le CROSS Antilles. (CROS : Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage).
Et puis progressivement, à partir de 7 heures ce matin, le vent à commencé à monter avec des rafales de plus en plus fréquentes et puissantes.
Ensuite tout s’accélère assez vite.
Ca ressemble assez aux morceaux de musique classique, ou les instruments jouent d’abord doucement (pianissimo ?), puis s’ajoutent les uns aux autres, et enfin l’orchestre « éclate » de toute sa puissance !
Sauf qu’ici, la musique est plutôt lugubre.
Le vent fait un bruit soutenu et un peu inquiétant, qui devient hurlant et sauvage dans les rafales. Celles-ci dépassent de plus en plus souvent les 45 nœuds.
Nous sommes tous en veille sur la VHF, canal 16 qui est le canal d’appel et de détresse.
Et les appels au CROSS se multiplient maintenant.
Je n’ai pas compté précisément, mais une quinzaine de bateaux ont dérapés. Certains sont rentrés dans d’autres bateaux, 3 sont allés, malheureusement, s’empaler dans les récifs.
Les échanges sont incessants entre les plaisanciers en difficultés, le CROSS et la SNSM. La SNSM ne sortira que si il y a des vies humaines en danger.
Car actuellement c’est trop dangereux pour eux(disent-ils), et il y a trop de bateau qui demandent assistance.
D’ailleurs, à 10h30, le premier MAYDAY (appel d’urgence avec vies en dangers ou SOS) vient d’être lancé par un bateau Anglais. Ils sont 3 à bord.
Nous « sommes en plein dedans » maintenant.
Ca souffle fort, régulièrement à 30/ 40 nœuds.
Un bateaux à enregistré une rafale à 51 nœuds.
Deux autres à 62 nœuds. Ca dépend de sa position sur le plan d’eau.
La visibilité est réduite à une centaine de mètres.
La pluie tombe, non pas à la verticale, mais à l’horizontale…
Le plan d’eau, d’habitude comme un lac, est maintenant parcourut de vagues d’environ 50 cm. Dans les rafales, la crête des vagues est arrachée et propulsée par le vent.
Le vent a commencé sa rotation. Il soufflait du Nord Est-ce matin. Il vient de passer, assez rapidement, au Sud-Sud Est.
Après une brève accalmie, il se déchaine à nouveau.
Il continue sa rotation vers le Sud. Et là, sa souffle à plus de 50 nœuds.
Les bateaux se couchent sur l’eau. On ne voit pas à plus de 50 mètres.
Deux bateaux sont en difficulté autour de moi, dont mes amis de La Julianne, qui dérapent, remontent de la chaîne dans la tourmente et vont devoir essayer de remouiller.
Le problème du mouillage sur ancre, outre la grande longueur de chaîne nécessaire, c’est quand le vent tourne.
Le bateau « remonte sur sa chaine », l’ancre qui se retrouve à 180° de sa position initiale, finit par décrocher, entrainant le dérapage.
Avec mon mouillage sur coffre je suis, à priori, plus tranquille. Si le lest est assez lourd et si les amarres (de la bouée et du bateau) ne cassent pas ça devrait aller.
Le bateau peut « tourner » autour du coffre sans trop de problème.
Nous sommes maintenant orientés au Sud Ouest.
Ca signifie que la dépression est en train de passer sur nous.
Combien de temps ça va encore durer ?
La Juliane, manœuvre. Ils sont tous les deux sur le pont. Les enfants sont en bas. J’espère qu’ils n’ont pas trop peur…
Ils me font signe qu’ils pensent avoir stabilisé le bateau.
Un autre bateau est parti sur le récif.
Je viens d’entendre sur la VHF qu’il y en avait jusqu’à 17 heures…
Il est 11 heures 20. Ca promet.
Depuis quelques minutes, on dirait que ça se calme.
On est, peut être, dans l’œil du cyclone…
Ca va repartir de plus belle bientôt. 60 nœuds annoncés !
Je viens d’avoir une petite conversation VHF avec La Juliane. Ca va. Ils s’appuient au moteur et on stabilisé leur situation.
Les prochaines heures vont être encore plus longues pour eux.
Et je suis impuissant : rien que je ne puisse faire pour eux.
Le vent reprend à nouveau.
Par contre, le CROSS vient d’annoncer qu’il y aurait des rafales jusqu’à 80 km/h jusque vers 14 heures et qu’ensuite ça devrait se calmer.
Il est 12 heures 30, et ce serait une bonne idée si ça se passait comme ça…

Il est 16 heures 30. Depuis une heure tout c’est calmé.
Le vent est tombé assez brutalement.
La baie vient de retrouver sa surface tranquille. Ne serait-ce l’eau marron et des débris un peu partout on ne se douterait de rien.
Seul quelques bateaux (du moins ce que je peux voir autour de moi), on des positions bizarres. Deux ont l’air d’être enlacés… Mais je crains fort que ce ne soit pas une liaison heureuse…
Tout va bien.
Birabao est nickel. Le Captain aussi, qui aura juste besoin d’une bonne nuit de soleil.
17 heures 15 : Tout est calme. Ca fait « drôle ». Plus de bruits. En fait on reste tendu longtemps en se disant : ça ne peut pas s’arrêter aussi brutalement… Ca va recommencer…
Et puis non.
C’est réellement fini.
Mais on a tout de même un doute qui reste ancré.
Je suis allé faire un tour à terre. Juste pour voir si ça bougeait là bas aussi.
Non tout est calme.
Mais les nouvelles sont mitigées.
Une nouvelle dépression menace pour la semaine prochaine. Plus grande, plus forte…
Mais a chaque jour suffit sa peine. On verra demain et les jours suivants.
Bises à tous.
Christian.

PS : avec deux jours de recul :
  • La tension chez les plaisanciers restera forte jusqu’au lendemain.
    En fait le stress est surement important et ne « lâche » pas commence ça.
    D’ailleurs nous seront nombreux à ne pas bien dormir malgré la fatigue.
  • Dans l’île il y a peu de dégâts important. Mais de nombreuse coupures d’électricité (plus de 50 000 foyers disent les journaux).
    Aucune victime.
  • Nous avons tous eu beaucoup de chance, parce que Chantal est passée très vite.
    Si son déplacement avait été plus lent, l’histoire eut été différente.
  • Les navigateurs qui avaient lancé le MAYDAY, ont été secourus et sont sains et saufs.
  • De très nombreux bateaux sont endommagés plus ou moins sérieusement.
  • J’ai appris hier au soir que j’avais eu beaucoup de chance. Le catamaran qui avait été placé sur le premier coffre, ou j’aurais dû aller, à dérapé, avec le coffre, et s’est retrouvé dans la mangrove…
    Plus lourd et avec plus de fardage (prise au vent) que moi… Que se serait-il réellement passé avec mon bateau ?
    On ne refait pas l’histoire. Il faut saluer la chance… mais, à postériori, ça « fout les jetons » !
  • La dépression qui menaçait n’a pas l’air de trop se renforcer.
    Il ne devrait s’agir « que » d’un coup de vent à 30/35 nœuds.
    Mais on va garder un œil dessus.
Voilà mes amis.
Quand je vous disais que la navigation n’est pas toujours un long fleuve tranquille.
Mais je suis mieux que dans un studio d’HLM à regarder la télé… Même si je ferais tout pour ne pas me retrouver en pareille situation.
A bientôt.
CHRISTIAN



Une fois de plus nous nous félicitons d'avoir pris l'option prudence et d'avoir rejoint le Sud moins exposé aux cyclones, cela nous évite quelques émotions fortes de ce genre...










CARRIACOU-GRENADE










Le 1/07/13

Une courte navigation de 10 miles nous amène à l'île ronde. Seuls au mouillage sur cette île inhabitée dans une petite baie sauvage.
Durant la nuit cependant la houle vient nous bercer contre les parois des cabines, nous ne pouvons prolonger notre halte, de plus une onde tropicale doit arriver prochainement aussi nous reprenons notre route pour Grenade.





Un pauvre poisson porc-épic a le malheur de mordre à l'hameçon, nous voilà bien embêté, et lui bien gonflé!!






Pour aller à la baie de Prickly il y a 30 miles et la plus grande partie se fait sous le vent de la côte. Pour une fois le vent reste constant et la mer calme, un régal jusqu'à se que nous arrivions à la pointe sud où un fort courant contraire nous attend, nous obligeant à mettre le moteur plein gaz.

Cette côte Ouest offre de hauts reliefs luxuriants doux à l'oeil.
Prickly est une grande baie où de nombreux bateaux sont au mouillage, nous trouvons cependant aisément une place pour jeter l'ancre.
Retour à la civilisation, nous allons enfin pouvoir trouver du gaz, cela fait quelques jours que nous en sommes privés et cuisiner sans cela devient problématique, comme nous nous en sommes vite rendu compte.

Le 05/07

C'est avec un taxi collectif que nous nous rendons à l'ambassade du Vénézuela dans l'espoir d'obtenir un visas pour la suite du voyage cet automne. Nous devrons faire sans pour X raisons, mais nous savons que quelques dollars et bouteille de rhum pourrons arranger notre séjour aux Aves et Roques.
Les taxis collectifs sont nombreux ici et les conducteurs en règle générale sont complètement frappa-dingues. L'accélérateur se voit écrasé au plancher et les freins soumis à rude épreuves, les réflexes pas toujours appropriés, l'anticipation inexistante et seul les dos d'âne, nous permettent de nous remettre de nos émotions ! Il faut le voir pour le croire.


Nous arrivons quand même vivant à la capitale Saint Georges. Les rues grouillent d'agitation, nous découvrons le marché aux épices et fruits, les odeurs et les couleurs nous ravissent. 


Une dame tombe sous le charme de Marco, elle le serre dans ses bras et ses yeux plein d'amour en disent long, Aussi émouvant que cela soit je ne consens pas à lui laisser, j'ai besoin de mon capitaine !




Attirés par une odeur alléchante nous pénétrons dans un tout petit « resto » dont deux tables recouvertes de toiles cirées ancestrales remplissent l'espace. Quelques chaises branlantes datant de Mathusalem supportent 2-3 clients affairés à manger. Un vieux ventilateur ronfle bruyamment.
Nous partageons la table d'un vieux papy édenté qui mâche sans relâche, sans doute lui faudra-t-il la journée pour ingurgiter son assiette. Pour 2,50€ l'assiette locale remplie à ras bord, il n'y a pas de quoi se plaindre et l'ambiance en prime...
Ces dépaysements, ces contrastes de vie nous surprennent sans cesse, c'est tellement bon de plonger dans des mondes différents ; ils nous offrent tant de surprises...
Nos esprits s'assouplissent ainsi de nos références habituelles, nous obligeant à appréhender les choses avec moins de rigidité. Cette diversité crée la richesse !


Aujourd'hui nous faisons la connaissance d'un couple atypique de navigateur : Le monsieur a 90 ans, il est Français, sa femme venant de Trinidad en a 40 de moins facile.
Lui est blanc, des cheveux longs blonds, ses yeux couleur d'eau gardent un éclat pétillant et sa vivacité est étonnante. Elle, la peau noire ambrée, des yeux de biches dont la profondeur est captivante, ses gestes révèlent l'amour qu'elle porte à cet homme.
Voilà encore des personnages surprenants et qui ne cadrent pas avec nos représentations mentales ordinaires. Comment imaginer un homme de 90 ans sautant dans une annexe en mouvement ( avec en prime une jambe en ferraille), naviguant sur une mer agitée et devant tenir le barre? Sa précieuse compagne en est certainement la clef, mais leur mérite n'en reste pas moins extraordinaire ! Un choix qu'ils ont fait pour vivre libre.
Nous retrouvons également à ce même mouillage Rénato le saxophoniste rencontré à La Palma, ( l'équipier à Jacky d'un super trimaran) une occasion pour qu'il nous raconte leurs aventures !
( notamment en Afrique avec les les zozieaux et les cocodriles) Rénato est Italien et son accent et sa prononciation sont vraiment rigolots.



















Le 17/06 îles Petit Saint Vincent au 24/06 Carriacou


















Eole est bien gonflé aujourd'hui, nos réservoirs d'eau, eux le sont moins voire pas du tout.
Il nous faut entreprendre la mission ravitaillement eau à un ponton sur l'île en face sur la petite Martinique.
Malgré les rafales mon arrivée au ponton est plutôt réussie, mais le temps de remplir les réservoirs, les rafales et la houle conjuguée sont telles que les amarres à quai menacent de rompre avec les à-coups. Lorsque nous quittons enfin ce lieu, nous constatons que les tuyaux d'arrosage fixés en guise de protection des amarres ont été coupé et que les amarres ont brulées aux points de frottement.
En quelques minutes une amarre peut se rompre c'est effrayant...
Nous prenons le temps de mouiller et d'aller voir la météo sur internet. Ce n'est pas réjouissant une autre onde tropicale arrive, donc nous voilà encore un peu de temps coincé ici.
On pense être mieux abrité au mouillage de petit Saint Vincent, nous y retournons.



Avec la nuit, le vent forcit encore. Le bateau est tellement secoué que nous nous installons devant l'anémomètre en guise de télévision pour voir les performances du vent, mais également se tenir prêt à agir s'il le faut. Nous ne sommes pas très rassurés lorsque s'affiche sous nos yeux 40 nœuds.
Notre record de vent au mouillage !
Nous ne tenons qu'à une pauvre petite ancre plantée dans le sable et nous sommes conscients qu'avec vent et houle, elle peut déraper. La plupart des pertes des bateaux se font ainsi!!!
Nous restons éveillés le temps que le vent faiblisse un peu et mettons l'alarme de mouillage pour la nuit. Cependant à chaque rafales nous quittons le royaume des rêves, l'esprit se met en veille et monte la garde. La pluie se déchaine et le lendemain il en est de même. On se croirait en Bretagne sauf que la température est à 29°c, c'est la journée la plus fraiche depuis 2 mois !
Journée repos pour la peau ! Pas de soleil ! Les hublots sont fermés et la vie se concentre à l'intérieur entre lecture, préparation de routes futures, bricolage moteur, inventaire pour l'hivernage... car nous allons rentrer 1 mois et demi en France mi-Août, les billets sont pris !

La navigation durant la période cyclonique étant périlleuse, mieux vaut mettre le bateau à sec et en profiter pour aller embrasser nos proches tant qu'il est encore facile de le faire car une fois dans le Pacifique cela risque de l'être moins. Tidoudou sèchera un peu son ventre au chantier de Grenade.
Il est de toute façon nécessaire de faire un carénage, changer les bagues de safran, les passes coques... et autres bricolages avant d'entreprendre la grande route à l'origine de nos rêves... Nous consacrerons un bon mois pour le préparer.

Le 19/ 06

Petite trouée propice à retourner à Union faire les papiers de sortie, puis cap sur Carriacou.
Nous voilà dans une nouvelle baie fort tranquille, dans un décors fidèle aux Antilles.
Le chaud soleil est de retour.




















A Hillsborough, petit village ( qui est toutefois la capitale de Carriacou) quelques mamies au coin des rues vendent des mangues ou des bananes, pas de grandes activités ici. Tout semble vivre au ralenti, dans une simplicité nue, pas de belles façades pas d'attrape touriste... pas de tourisme non plus d'ailleurs! La gentillesse émane parfois avec poésie. Un vieille dame à laquelle nous avions acheté des fruits nous disait : « Thank you sugar flower and lovely gay ! » avec une sincérité touchante !
Le mouillage par contre est vraiment rouleur et les nuits, nous sommes bercés un peu trop copieusement.

Le 21/06
Sandy island est une langue de sable blanc -rose entourée d'eau turquoise, également un parc national où de nombreux oiseaux ont élus domicile. C'est aussi un peu le stéréotype de l'île de nos rêves : déserte, sauvage, romantique... Nous mouillons et gagnons l'île à la nage en profitant ainsi pour explorer les fonds. Cela a dû être très beau avant que les coraux ne soient dévastés par le cyclone Lenny, quelques poissons nichent malgré tout dans les coraux morts. Aux abords de la plage des nuées de petits poissons argentés dansent et nous mêlent à leur frénésie, nous sommes au milieu de leur magnifique danse. Les pélicans et autres oiseaux plongent pour les attraper.
La plage s'étire avec finesse et harmonie, le contraste des couleurs ne fait que la parer d'un attrait supplémentaire.
Le relief de Carriacou et de l'île voisine semblent veiller et protéger ce petit trésor.

Le 22/05




Le mouillage le plus protégé des Grenadines est Tyrrel bay, il dispose même dans sa lagune d'un abri à cyclone pour les plaisanciers. C'est une grande baie où de nombreux bateaux sont au mouillage.
Malgré la chaleur, nous arrivons à aller marcher sur des chemins qui longent la mer plus ou moins en forêt.





























Du 22 au 30/06
Nous restons donc quelques jours dans cette baie avec un rythme quelque peu ralenti par la chaleur et le passage d'ondes tropicales.





Pas de grandes activités, juste quelques marches d'exploration où nous rentrons chaque fois à la limite de l'insolation et dégoulinant de sueur !

Nos après midis se passent à la terrasse d'un petit bistro à l'ombre, connecté à internet. L'occasion de préparer la route future, de se documenter sur les différents pays par lesquels nous allons passer...



Nous pataugeons dans l'eau à 29°c, nettoyons la coque qui se couvre régulièrement d'algues, coquillages et crabes.
La vie trépidante, agitée nous paraît comme un lointain souvenir, de toute façon nous n'avons pas d'autres choix que de s'adapter à celui qui s'offre à nous.
Une personne agitée à mon avis ne mettrait pas beaucoup de temps à se calmer dans un environnement comme celui-ci !



Cette île respire la quiétude, on se croirait à une lointaine époque. Les gens vivent encore de ce qu'ils produisent de leurs mains, de leur savoir faire. Il n'y a que de petits artisans et petits commerçants. La seule chose qui trahisse notre civilisation est la connexion internet.


Demain 1er Juillet nous partons plus au sud à l'île ronde, halte de 2 ou 3 jours avant de rejoindre Grenade.
En France le printemps semble avoir était zappé, mais peut être que l'été vous fera la grâce de sa présence, nous vous le souhaitons ! En tout cas nous, nous avons eu plus que notre part de soleil, alors on veut bien vous en envoyer, je suis sure que quelques miettes de celui-ci suffirait pour chauffer votre carcasse tant il est concentré !!!
Notre thermomètre ne descend plus en dessous de 30°c par contre au dessus....





Ce tour du monde nous permet de rêver notre vie les yeux ouverts.
Nous nous en sommes, certes, donnés les moyens mais savons reconnaître la chance qui nous est offerte.
Ce voyage est aussi dédié à tous ceux qui ne peuvent le faire... et qui pourtant nous accompagnent par les pensées et dans notre coeur...
Il est un petit ange, partit beaucoup trop tôt pour le grand voyage que je voudrais associer à notre aventure ; car tel était son rêve. Mattéo vogue aussi avec nous sur les océans et vers les terres lointaines...


















Du 12 au 16/06 Mayreau à Petit Saint Vincent

Après le passage de l'onde tropicale, des vents forts et de la pluie, nous mettons cap sur l'île petit Saint Vincent à quelques miles de Mayreau. Nous avons repéré sur la carte l'entrée de la passe entre deux hauts fonds de plateaux sableux. Mais à l'arrivée quelle n'est pas notre surprise de voir des déferlantes barrant notre route et des récifs à fleur d'eau. Moment de panique on abat toute !
On se rend compte que la passe se trouve plus bas entre un autre plateau de sable et ces deux là.
Saint Vincent est une île privée où un hôtel de luxe s'est construit au milieu de la végétation naturelle.
Un lieu splendide où la performance de l'Américain qui l'a construit est d'avoir su intégrer parfaitement les installations et garder l'esprit sauvage du site.








En face la petite Martinique accessible en annexe, nous nous y rendons et la découvrons en partie à pieds. Nous aimons beaucoup cette ambiance authentique avec les petites bicoques colorées.

Il semble que le niveau de vie ne soit pas très élevé, mais un air de tranquillité s'échappe de ce lieu.





Ca et là des tombes au milieu des habitations, des chèvre qui broutent, des potagers... il semble que tous les aspects de la vie soit intégrés sans délimitation, sans barrières...



Ce lieu, comme Marie Galante, Mayreau, Sainte Lucie, Bequia sont pour nous des îles qui révèlent le mieux l'esprit Antillais. Le dieu monnaie se voit détrôné par le dieu Bob.

La vie simple avec des activités de base : cultures, pêches... Si en plus il peuvent tirer un petit profit du tourisme de passage en vendant 3 poissons et quelques fruits, ils n'en demandent pas plus...
Pas de stress, pas d'agitation inutile, le temps règne et s'étire insolemment.
La nature généreuse offre ses fruits et sa beauté, les petites habitations parfois sommaires sont éclairées du sourire des habitants et de musique.





Nous nous faisions la réflexion qu'en fait des Antilles ce qui nous a le moins plu, c'est la Guadeloupe et le sud de la Martinique où les Français sont venus implanter leur culture, leurs structures et leurs euros. Les inégalités de vie sont frappantes.
En créant un besoin de consommation on a créer une envie et donc des frustrations qui se révèlent par une certaine agressivité, du racisme, des vols, des meurtres.... Il n'y a pas toujours de quoi être fière d'être Français !!







DE SAINTE LUCIE AUX TOBAGO


Du 01/06 au 07/06
Nous passons une semaine dans cette baie fort jolie, le matin tant qu'il fait frais c.a.d : 35°c ; nous allons marcher sur les hauteurs dans la végétation exubérante. Les après midis, planqué à l'ombre, nous prenons le rythme des gens d'ici en glandant tranquille ! Les boats boy viennent nous voir régulièrement pour s'assurer que nous ne manquons pas de fruits ! On se gave de mangues, de bananes, d'ananas, papayes c'est la saison ! Nous constatons que selon où l'on se trouve nos cures gastronomiques diffèrent. Ici ce sont les fruits, après les langoustes c'est pas mal !
Une nouvelle activité à bord s'est installée : c'est ouvrir et fermer les hublots. Les grains se succèdent tous les quarts d'heure, laissant une atmosphère tropicale d'humidité étouffante.
Les vent sont bien gonflés, nous attendons qu'ils mollissent un peu pour lever l'ancre.

Enfin un créneau ! Nous décidons de faire un stop à ce que l'on dit être le plus beau mouillage des petites Antilles « aux pitons » plus au Sud (toujours à Sainte Lucie).
Une courte navigation où l'on aperçoit ces 2 sommités surprenantes de loin.
L'un des pitons a une base large , malgré cette masse imposante, il flirte avec le ciel avec la rondeur de son sommet. L'autre est son contraire, sa finesse, son aspect élancé, lui donne de la légèreté. Il darde sa pointe effilée crevant les nuages avec insolence.
La hauteur de ces deux pitons est encore plus impressionnante à leur pied.
C'est à couper le souffle tellement le cadre est beau.

Nous avons opté pour une navigation de nuit, car les journées torrides nous mettent au supplice lorsqu'il faut être sur le pont en continu sans ombre.
Nous quittons cet endroit magique, en fin d'après midi par un doux vent pour 60 miles.
Les voiles sont gonflées mais nous gardons un appui moteur pour se dégager rapidement de la côte afin de toucher des vents plus réguliers.

















Au bout de deux heures le soleil décline dans un dégradé de jaunes d'or et nous constatons que le paysage n'a pas quasiment pas changé. Fascinés par les pitons, le décor, les lumières nous ne nous sommes pas rendu compte que l'on n'avançait pas. Le speedo nous indique pourtant 4,5 nœuds, nous avons les voiles, le moteur, un peu d'air mais en regardant le GPS on avance à 1,5 nœud.

Le courant est tellement fort que l'on fait presque du sur place. Nous voulions passer au vent de Saint Vincent, mais vue ce foutu courant mieux vaut passer sous.

Nous ne comptons pas nous arrêter sur cette île ; trop de vols et agressions ont été reporté.
Nous passons donc à l'Ouest des terres en sachant que nous aurons droit aux déventes et surventes comme toute navigation sous les reliefs !
J'entame le premier quart dans le noir total, pas un rayon de lune. Nous sommes dégagés de Sainte Lucie dans le canal, le vent commence à nous mettre au parfum de l'inconstance. Les variations d'intensité de celui-ci affole notre régulateur d'allure qui ne peut redresser les départs au lof. Je me vois contrainte de le faire pour lui ( sans doute sommes nous trop toilé le temps des rafales !!)
Un quart bien occupé. Lorsque Marco prend la relève, nous sommes sous le vent de l'île et là les variations sont extrêmes. Il ne fait que rouler, dérouler le génois, mettre et éteindre le moteur.. Il s'agite ainsi jusqu'au lever du jour sans avoir le temps de contempler les étoiles !!

Le 08/05
Bequia s'étire sous nos yeux, relief bas, chapelet de terres formant une longue langue bosselée. Nous jetons l'ancre aux abords de port Elisabeth dans une eau cristalline.
Nous survolons en annexe les fonds bleutés où la transparence est fascinante afin de rejoindre le village. Mission papiers pour faire notre entrée aux Grenadines. L'ambiance est colorée : des étales de fruits un peu partout, des cahutes peintes dans des tonalités vives, des odeurs de poulets grillés et épices, la musique des rastas, un soleil radieux pour illuminer tout ça, histoire de se sentir vraiment dans les îles ! Les gens sont agréables et les potes à Bob Marley s'avèrent vraiment cool !
Notre mémoire retrouve la barque de l'un d'eux dont le visage de son idole été peint sur le moteur. Et sur la coque été écrit : JAH is my co-pilot ! Il nous a fait rire car c'était vraiment le rasta caricaturé. Il venait nous vendre je ne sais plus quoi, un peu déchiré par la Ganja, mais avec le sourire, la gentillesse et une certaine forme de fraternité qui ne laisse pas indifférent.
Une indolence flotte dans les rues où des noirs sont assis ou allongés à l'ombre d'un toit, des arbres.. Le rythme semble s'étirer dans une certaine nonchalance sous la chaleur et nous même ralentissons le pas. On traîne un peu plus le pied, nos gestes sont moins vifs, on pense davantage à aller s'assoir à l'ombre qu'à s'activer comme des mouches au soleil !!...


















Je n'ai pas mon appareil photo, pourtant ce lieu se prêterait à quelques clichés. Mais j'hésite toujours à braquer mon objectif sur des personnes à qui je n'ai pas demandé l'autorisation. Cela me parait intrusif et indélicat. J'ai toujours un peu honte de prendre des photos en douce, d'un visage.

Et dans certains pays c'est d'ailleurs tout à fait mal accepté et les gens sont fort mécontents si on s'aventure à les prendre en photo. Un pêcheur m'avait, à ce propos, tellement engueulé qu'il m'a vacciné à jamais !


















Les grenadines sont un ensemble de petites îles dont les Tobago Kays sont un des grands attraits.

Nous faisons route en direction de ce lieu. Les navigations à présent sont assez courtes quelques heures seulement.
En 5heures nous voilà dans la passe ; les couleurs bleues éclatent de part et d'autres laissant deviner des récifs à fleur d'eau par la teinte vert -turquoise.
La lumière en cette fin d'après midi est parfaite pour nous aider à repérer les reefs.
Des petites îles encadrées par une barrière de corail sont comme des bijoux dans un écrin. Très peu de monde au mouillage ce qui est exceptionnel pour ce site ! On dit du mouillage où nous sommes qu'en pleine saison si on trouve une place pour y jeter l'ancre c'est comme si nous gagnons à la loterie.
Sitôt l'ancre posée, nous plongeons dans le cristal liquide pour regagner à la nage le bandeau de sable de l'île Baradal.


De nombreuses tortues peu farouches, nous accueillent avec leur nage gracile, des raies bleutés agitent leurs ailes et tentent de s'enfoncer dans le sable, d'énormes Carangues nous passent sous le nez, et tout cela à 1mètre à peine... Si à Sainte Lucie nous pleurions de ne rien voir, ici nous voilà comblés...
La petite île est une merveille. Nous atterrissons à la nage sur une petite plage de sable blanc . Nous ne résistons pas à aller vadrouiller sur un sentier qui monte dans la verdure, même si nous sommes pieds nus.




Nous croisons deux tortue de terre. Leur carapace semble sculptée dans l'ébène, gravée de motifs au centre desquels des topazes ont été ajouté. Les oiseaux partout autour s'ébattent, piaillent.
« Ho regarde ! dis je à Marco, le drôle d'oiseau dans l'arbre !! »
Pour un drôle d'oiseau s'en est un ; car il s'agit en fait d'un iguane perché là haut.
Arrivés au sommet, un point de vue fabuleux sur les reefs et îles autour !
C'est l'île enchantée ! On en revient pas de toute cette profusion de vie animale, de couleurs, d'iles..
A l'instant même, tout en écrivant, une sorte de Ménate (oiseau) vient de rentrer dans le bateau et réclame à manger. Nous lui tendons un bout de saucisson, il le prend dans la main !
Notre oiseau ne semble plus vouloir partir ! Espérons qu'il ne chiera pas partout ! Il nous pique des biscuits apéro et et tape dans nos bananes à coup de bec !!



Le lendemain nous partons sur les récifs avec l'annexe pour plonger, les yeux grands ouverts nous remplissons nos mirettes. Nous les achevons en faisant le tour des îles, grimpons sur les sommets. Les couleurs sont tout bonnement incroyables, le paysage extraordinaire. Tant de beauté....


















Le 10-12/05 les TOBAGO Kays

Les vents se renforcent et une onde tropicale ne va pas tarder à arriver. Nous allons donc rejoindre un mouillage plus abrité sous le vent de Mayreau.
Toutes ces îles sont en principe très fréquentées en haute saison et l'on pourrait penser que des infrastructures touristiques se soient implantées ; mais pas du tout ! Quelques pêcheurs proposent seulement des BBQ sur les plages sous une paillote.

A Mayreau , nous sommes surpris de découvrir un petit village authentique et coloré où seuls les nombreux bars trahissent le passage touristique. Deux pauvres épiceries ravitaillées par les mouettes offrent quelques boites de conserve et côté légumes : un panier d'aïl et une seule pomme de terre.
Le niveau de vie n'est pas très élevé, il manque par exemple la prise en charge des déchets, on trouve encore des décharges en pleine nature. Par contre tous les bars sont équipés d'internet ! Le progrès est étonnant !!
350 habitants peuplent cette île. La vie locale est cependant bien animée au son du Reggae. Il y a une école primaire et le soir les collégiens rentrent de Union par le ferry. Les pêcheurs viennent régulièrement nous vendre leur poisson à bord. Les gens sont agréables et toujours prêts à échanger quelques mots.
En faisant le tour de l'île à pieds par la côte, nous découvrons la beauté de ce petit bout de terre :
Succession de plages, de criques, de végétation parfois impénétrable, des couleurs et contrastes intenses...
Le lieu se prête au snorkeling, mais hélas Marco ne peut utiliser son fusil car la pêche et chasse sous marine sont interdits aux étrangers, ce droit est réservé aux locaux. Je ne vous raconte pas la gueule à Marco en voyant toutes ces langoustes que l'on ne peut que regarder !