vendredi 28 mars 2014


Le 10 Mars Veille de la TRAVERSEE


A la tombée de la nuit un bateau arrive au mouillage avec à bord des Suisses : une mère de mon âge et sa fille de 17 ans.
Elles arrivent des Galapagos après 24 jours de mer et une traversée très difficile.
Elles s'arrêtent à l'île de Pâques quelques jours puis rejoindront le Chili et les canaux de Patagonie.
Là on est impressionné  que deux bouts de femmes puissent faire ce genre de périple...
Quel cran ! Quelle audace ! Quelle aventure pour cette maman et sa fille !!!




TRAVERSEE ÎLE DE PÂQUES- LES GAMBIERS ( via PITCAIRN)


Le 11 Mars
1er jour
Après avoir échangé quelques conseils avec les Suissesses ( super sympas), nous voilà prêts à lever l'ancre.
Yan et Cathy ( Les Français qui ont failli perdre leur bateau la veille) nous suivent et nous rattrapent rapidement. Yan veut certainement impressionner sa belle car il a toutes ses voiles dehors.
Nous, débutons avec le génois seul, tranquillou !
Par la VHF nous apprenons que Cathy a déjà vidé ses tripes, la pauvre a le mal de mer. Son gars ne lui a pas fait l'effet escompté.
La journée est pourtant douce 15 nd, petite houle, quelques passages de grains pas méchants .
Un magnifique arc en ciel vient encadrer l'ile de Pâques comme pour imprégner nos mémoires de couleurs et d'intensité.



En tout cas cette destination ne peut laisser indifférent, une sorte de magie se dégage de ce lieu fascinant.
Mais ça se mérite car venir en bateau est éprouvant et le mouillage l'est aussi.
On en a pris plein les yeux, mais plein la gueule aussi !!!
Nous voilà voguant vers une nouvelle destination, avec l'espoir d'une escale à Pitcairn avant de rejoindre les Gambiers. C'est partit pour 1400 milles...
La nuit s'écoule en douceur au rythme des quarts.


Distance Parcourue 1er jour : 120 milles


Le 12-13/03
2 eme et 3 eme jours
Nous sommes au portant à 120° du vent ce qui change considérablement la navigation. Ce n'est plus du près à 30° comme lors de notre dernière traversée ! Les hublots peuvent rester ouverts sans risque d'inondation dans l'habitacle...
Aussi tout est plus agréable, cette navigation se révèle même plus confortable que le mouillage face à Hanga Roa ! C'est dire...
Nous glissons donc avec délice, c'est tellement plus simple et plaisant avec des conditions clémentes !
Nous n'avons toujours rien pêché, la mer est déserte dans ces parages ou alors c'est du gros qui embarque leurre et tout notre attirail !
Marco se désespère en voyant ses derniers leurres Italiens se faire arracher par ces monstres !


Distance parcourue le 2 eme j : 125 milles
3 eme j : 138 milles




Le 14/03
4eme jours
Quelques passages de grains nocturnes puis le soleil radieux nous accompagne à nouveau.
La mer dans sa robe bleu marine ondule un peu plus ce matin, le vent a légèrement forcit 20 nd.
Peu de vie autour de nous, pas de poissons volants , ni autres poissons, seuls de rares oiseaux viennent parfois nous survoler. L'océan s'étire à perte de vue, l'oeil glisse sur cette surface sans qu'il ne puisse s'accrocher. La nuit il se suspend un moment aux étoiles, aux nuages...


Nous avançons à vive allure sans être trop secoué. Nous n'avons plus à toucher les voiles si ce n'est que pour rouler un peu le génois lors d'un passage de grains. Mais ils sont peu fréquents.
Le bateau des Français n'est pas à vue , mais n'est pas très loin devant nous. Nous nous communiquons nos positions chaque jour par mail irridium, la VHF ne porte plus.
Ils font route plus au nord car Cathy ne veut pas s'arrêter à Pit Cairn à cause du mouillage exposé.
Nous nous retrouverons aux Gambiers et retrouverons certainement tous ceux que nous avons croisé à l'île de Pâques.
Nous avons eu l'occasion de faire encore des rencontres peu banales, surprenantes ! Des personnalités au grand mérite devant lesquelles on s'incline.
Entre autre un couple assez âgé naviguant sur un vieux gréement et qui à cause de leur chien et chat ne peuvent faire escale. La majorité du temps les animaux ne sont pas admis à terre au risque qu'on les tue.
Ils enchaînent donc les milles sans escale, s'arrêtant juste une nuit sur certaines îles comme à l'île de Pâques. Ils vont passer aux Gambiers, aux Marquises puis remontent à Vancouver. Et comme ils ne peuvent s'arrêter, l'année prochaine ils reviendront sans animaux refaire la même route. Ils sont incroyables !!!


Distance parcourue ce 4eme jours : 138 milles




Le 15/03
5 eme jours

La nuit est illuminée par la lune ronde et les étoiles, la tiédeur de l'air, l'atmosphère paisible...
Le jour le soleil prend la relève avec la douceur.
Le vent reste stable entre 15 et 20 nd, le génois reste a flotter au vent en permanence.
Ce matin enfin une prise : une dorade Coryphène vient faire notre bonheur. Enfin de quoi remplir nos assiettes de fraîcheur et de saveur.
Nous venions à supposer que même les poissons avaient fui ce grand désert aquatique, mais non ! Du coup mon pêcheur affûte ses hameçons, vérifie ses lignes, change les câbles etc...

Distance parcourue ce 5eme jours : 122 milles






Le 16/03
6 eme jours

Les journées se ressemblent presque dans ces conditions où le vent reste stable et le temps suspendu..
Il y a une sorte de langueur qui nous extirpe de la notion de temps et même du monde. Seules nos pensées nous rattachent de temps à autre à une réalité passée, une personne...
Nous avons l'impression d'être dans une autre dimension où les donnes et références ne sont plus les mêmes. Si le rythme se ralentit de lui- même, les pensées le suivent et semblent se centrer naturellement sur le présent. La notion de faire, de s'activer n'a guère sa place dans une traversée comme celle-ci ; mais celle d'être l'a davantage.
Le tout est de savoir se soumettre au rythme imposé ( on ne décide pas!!). Là encore les contrastes entre les navigations sont saisissants.
La précédente nous a imposé une activité constante, un état de veille permanent, avec en prime quelques états d'urgence.
Cette traversée c'est l'inaction, le flottement...
Alors évidement ces traversée sont vécues totalement différemment. Rien ne peut être anticipé ou prévu à l'avance, seule l'adaptation et l'acceptation sont de mise.
Ce qui est bon travail sur soi.

Distance parcouru ce 6eme jours : 132 milles


Le 17/03
Le 7 eme jours

Les grains commencent à réapparaître de plus en plus fréquemment avec les vents perturbés avant et après passage. Nous n'avons qu'à rouler et dérouler un peu le génois et attendre à l’abri que ça passe. Entre deux nous retrouvons nos alizés réguliers, le soleil radieux et notre petite routine qui s'installe malgré tout à bord.
Entre quarts, repas, lecture, surveillance, les journées s'écoulent un peu au ralentit mais agréablement. En fait c'est un peu comme ça que j'avais envisagé les longues traversées dans le Pacifique. Cela ne semble cependant pas être une constante, ni même une règle, on pourrait dire de l'exceptionnel !!
Alors nous savourons cette exception dans un confort relatif, car la mer n'est jamais calme surtout lorsque les grains viennent la perturber.
Nous approchons de petits îlots inhabités Ducie et Henderson Island, qui sont des réserves naturelles, nous les longerons sans nous y arrêter.

Distance parcourue ce 7 eme jours : 123 milles



Le 18/03
8 eme jour.

Le vent commence a faiblir durant la nuit et le génois à claquer malgré le tangon.
Des grains en formation absorbent l'air autour et privent nos voiles de leur dû.
Avec la venue du soleil, nous mettons le spi pour nous permettre de rester toilé le plus longtemps possible. La pétole est prévue à partir de demain et nous allons devoir mettre le moteur pour rejoindre Pitcairn. Il faut toujours prévoir une réserve de gazole pour arriver jusqu'aux Gambiers... aussi on ne peut se permettre de brancher le moteur dès que le vent faiblit !!
Petits grains et nuages s'enchaînent dans le ciel azur obstruant momentanément le soleil radieux.
De beaux arcs en ciel se forment fréquemment.
Notre Coryphène est déjà engloutie, nos lignes traînent en attente d'une autre prise...
Au fil de la journée le vent tombe, le spi en manque d'air aspire les derniers souffles prêt à se laisser mourir.
C'est une sensation étrange que de sentir le rien s'installer. Privé de vent et de vie autour, le désert d'eau prend encore une autre dimension. Pas un avion pour rappeler la civilisation, pas de vie animale ou humaine, juste de l'eau à perte de vue.... Tout semble se figer en une sorte de néant qui nous laisse flotter sans envie.
J'ai l'impression pour la première fois de flirter avec l'ennui, la langueur...
Il y a quelque chose de lourd , de pesant, d'inerte et nous le subissons malgré nous.
A la tombée de la nuit, nous mettons le moteur, il va ronronner quelques temps....

Distance parcourue ce 8 eme jours: 110 milles



Le 19 /03
9 eme jour

La pétole est installée, seule une grande houle venant du Sud Ouest de 2,50 m vient troubler cet univers plat. Sans vent la chaleur se fait davantage sentir, nous avons à nouveau plus de 30°c à l'intérieur du bateau. Dehors dans le cockpit nous ne pouvons y rester, ça plombe trop...
Vue les températures nous décidons de prendre un bain, nous arrêtons le moteur. Marco plonge dans les abysses. Moi je descends prudemment à l'échelle sans la lâcher, ces bains dans l'espace ne me sont pas spécialement agréables. Cela me met une sorte de vertige et l'imagination en action.
Je dois être chochotte comme me dit souvent Marco.
Mais bon avec toutes ces histoires que l'on a entendu où des navigateurs prenant un bain au large ont eu quelques visites malencontreuses et sont ressortis avec un pied en moins ou pas ressortis du tout d'ailleurs...
Au moment où Marco rejoint l'échelle, il se met à pousser un cri horrible. Je vois déjà sa jambe déchiquetée pendre sans pied, mais en fait il vient de se coincer le doigt et de se l'écrabouiller dans la charnière de l'escalier. Il m'a fait une de ces peurs ce con !!!
Son doigt n'est pas très joli, mais il a ses pieds !

En fin de journée une grosse prise à la ligne de traîne.
Comme d'habitude on s'active, je ferme les hublots des cabines ( pour éviter que le poisson ne tombe dans nos lits comme cela nous est déjà arrivé), je retire tous les coussins du cockpit, on se met tout nu car le sang n'épargne aucun vêtement, Marco s'arme de gants... En remontant la proie, on sait déjà qu'il s'agit d'un thon à la façon dont il plonge et tire.
C'est un gros morceau ( le plus gros que nous ayons pêché) et pour pour le remonter à bord il faudra toute la force de mon homme !
«  Il est trop gros !! il doit faire dans les 25 à 30 kilos ! Qu'est ce qu'on fait ? »
Marco me répond qu'il a la gueule abimée qu'il vaut mieux le tuer et puis on pourra en donner aux gens de Pitcairn à notre arrivée.
Le carnage commence. Le thon commence à faire des soubresauts sans discontinuité en s'éclatant la tête par terre, on dirait qu'il veut se suicider. Il y a du sang partout avant que nous ayons eu le temps de prendre un couteau. Il est tellement gros et frénétique que nous essayons une vieille recette, celle de lui mettre du rhum dans les ouïes ce qui le calme direct. Cela laisse le temps à Marco de lui donner le coup de grâce (non sans mal). Nous sommes couverts de sang, le cockpit en est rempli lui aussi. Il nous faut le découper en tronçon avec une scie à métaux.



Et là on s'aperçoit qu'il est infesté de parasites et de vers grouillants.
Nous n'avons pas d'autre choix que de le jeter par dessus bord.
Quel désastre ! prendre une vie pour rien me contrarie au plus haut point. Mais il est vrai que manger un poisson infesté peut être encore plus ennuyeux.
En tout cas derrière pas de place à l'ennui avec le nettoyage qui nous attend...

Distance parcourue ce 9 eme jours : 96 milles


Le 20/03
10 eme jours

Nous sommes au cœur d'une formation de dépression avec toute l'instabilité et pluies qui l'accompagne. Les quelques claques de vents ne nous permettent cependant pas de naviguer à la voile. Nous poursuivons au moteur ces derniers milles jusqu'à Pitcairn sous un ciel gris et chargé.
La mer couleur métal, lisse en surface se transforme en montagnes mouvantes. Une grande houle nous soulève quelques instants puis semble nous engloutir. C'est vertigineux... Ce mouvement amplifié nous accompagne jusqu'à notre destination.
A 25 milles de notre arrivée nous apercevons déjà ce fameux rocher. A son approche une odeur de fleur vient nous lécher les narines, cela embaume l'ylang-ylang.
Une île montagneuse est toute petite, elle ne fait que 4km/ 2 km.
Des falaises l'entourent avec des cocotiers accrochés dans les endroits escarpés, de la végétation dense, verte, des pins... une merveille. Quelques habitations se comptant sur les doigts de la main se trouvent au milieu de cette verdure.
Le mouillage est tout aussi impressionnant que l'île, aux pieds de ces parois, balayé par la houle, proche des rochers et du rivage où les vagues viennent s'exploser.
Je doute que la nuit à venir soit douce, mais l'endroit vaut l'arrêt !

Il nous aura fallu un peu plus de 9 jours pour atteindre ce rocher mythique...

PITCAIRN
Le 21/03 c'est le printemps !


A notre réveil un water taxi équipé d'un gros moteur vient nous chercher au bateau.
La passe d'entrée pour accéder au débarcadère se fait en franchissant une barre de déferlement.
En annexe, nous n'aurions pu aller à terre.



Entre deux séries de vagues le taxi man met plein gaz et nous arrivons à fond la caisse dans l'endroit du débarquement. Aussitôt sauté sur le quai, aussitôt le bateau est treuillé. Il ne peut rester à l'eau car la houle pénètre jusque là. L'arrivée est vraiment impressionnante et l'accueil aussi.
Ces descendants de révoltés auraient de quoi nous donner des leçons à ce sujet !!


A peine les pieds à terre on nous offre des colliers en signe de bienvenue, un petit comité est déjà là pour toutes les formalités. Vela est chargée de nous accueillir et de nous présenter l'île. Elle nous charge sur son quad et nous monte au village, nous présente à toutes les mémés rencontrées sur leur quad. Tout le monde nous connait déjà et savait que nous allions arriver car le bateau précédent de Français avait donné l'info. Nous sommes le quatrième bateau à s'arrêter cette année ( nous connaissons nos prédécesseurs car ils étaient tous à l'île de Pâques)
Vela va s'occuper de nous faire un cageot de fruits-légumes qui nous sera livré au quai lorsque nous repartirons au bateau. Quel service et hospitalité...
En attendant Marco et moi allons faire le tour de l'île à pied sur les hauteurs. Cette île est une merveille, un véritable jardin d'Eden où tout pousse, arbres fruitiers, fleurs de toutes sortes aux odeurs envoutantes, une végétations dense, luxuriante et bien entretenue. Des sentiers très raides sillonnent l'île un peu partout et amènent à différents points culminants.

Quelle île incroyable ! Quelle beauté ! Une harmonie se dégage de ce lieu et la gentillesse des gens est plus que surprenante.





Cependant nous imaginons un instant quelle doit être la vie sur ce cailloux, réduite à 62 habitants ?
Ils vivent quasi en autonomie, seul un bateau de ravitaillement tous les trois mois leur rend visite.
C'est un genre de communauté.
A l'heure de notre retour au bateau, différentes personnes nous attendent avec deux énormes caisses de fruits et légumes. Ne sachant si nous reviendrons demain, on nous embrasse, on nous salut.
Un accueil de la sorte nous n'en n'avions jamais eu jusqu'alors !!
Pour célébrer le printemps, pas de meilleurs endroits surtout après 10 jours de large... cette terre luxuriante semble un paradis...

Dans la nuit des rafales à plus de 30 nd nous réveillent et nous inquiètent sérieusement. Le vent a tourné et nous sommes cul aux rochers et trop proche. La chaîne est sérieusement sollicitée dans les rafales et la houle n'arrange rien. Cela devient vite intenable, nous n'avons aucune marge de sécurité par rapport aux reefs si l'ancre dérape.
Alors après seulement deux heures de sommeil, nous décidons de prendre la mer. Ce mouillage est vraiment trop exposé et vite dangereux.
Nous quittons Pitcairn sous les étoiles, des bouffes de vent et de gros nuages noirs menaçants ; un peu à regret mais heureux de cette escale insolite et mythique.
De gros grains finissent de nous réveiller, le vent rugit toute la nuit, la houle se déchaîne, la pluie s'en mêle. Nous avons réduit le génois à la taille d'un mouchoir car les rafales sont violentes.
La nuit est très agitée.
Nous avons 250 milles avant d'arriver aux Gambiers, nous rêvons d'un lagon protégé où il serait possible de dormir à plat sur ses deux oreilles !!.. 


Le 22/03

Nuit difficile et ce matin malgré le retour intermittent du soleil, les vents restent intenses. Les vagues cognent contre la coque et envahissent le bateau. Les hublots sont fermés et nos déplacements sont réduits, on ne peut tenir debout. Nous n'allons dehors que par nécessite afin éviter d'être éjecté par dessus bord.
D'ailleurs je préfère la vision du plafond de ma cabine au spectacle déchaîné de l'extérieur, c'est plus rassurant. Ces conditions démentielles nous surprennent encore.
Les crêtes des vagues sont ourlées de blanc , un grand champ d'écume tumultueux s'étire à perte de vue. Une certaine sauvagerie occupe l'espace.
Tidoudou est secoué, rossé mais il avance fièrement et courageusement. Ce petit bateau ne cesse de nous surprendre par sa tenue et fiabilité.
Le pilote à vent lui a plus de mal à suivre les caprices du vent d'autant plus que nous sommes travers-bon plein. Dans les claques il part au lof et nous devons nous tenir prêt à intervenir pour le remettre sur sa route. (Ce qui ne manque jamais de nous faire râler car bien évidemment c'est au moment où le vent est au plus fort qu'il faut être là et souvent sous la pluie !)
La voilure est toujours réduite au maximum, si nous toilons davantage, le pilote perd pied. On le ménage donc en sous toilant pour qu'il fasse son boulot sans notre aide.


Hier tout n'était que douceur et harmonie, aujourd'hui labeur et insomnie. L'inconstance fait partie intégrante de la vie à bord d'un bateau. Nous n'avons pas d'autre choix que de l'accepter.



Distance parcourue : 115 milles


Le 23/03

Le vent se calme peu à peu. Nous sommes au près maintenant, la grand voile et le génois en entier sont mis. OUF ! On retrouve une vie à bord normale.
Comme pour fêter ça deux Waou se sacrifient un de 90 cm et un autre d'un mètre.
Nous pourrons ainsi partager nos prises une fois à terre !!!
Les Gambiers ne sont plus qu'à 115 milles, demain nous arriverons enfin à la destination qui a stimulé notre voyage...

Comme d'habitude c'est lorsque Marco prend son quart que les grains arrivent. Le vent oscille entre 5 et 25 nœuds, tourne sans cesse. Le pilote est incontrôlable et le capitaine reste à la barre toute la nuit. Une autre nuit où ne nous dormirons pas !! Sur 3 jours nous cumulons au total 6 heures de sommeil en tout et pour tout !!! On pense déjà à la tranche de sommeil que l'on va se faire à l'arrivée... On en salive d'avance.

Distance parcourue : 115 milles


Le 24/03

Terre à vue !!! Toute la journée cet archipel se fait languir. Vue la grosse houle de 3 mètres, nous décidons de rentrer par la passe d'Ouest. Nous devons donc contourner ces île par le Sud.
Les couleurs lagon nous emplissent les yeux, d'énormes vagues bleus turquoises déroulent sur les reefs et nous arrivons enfin à notre mouillage de Tavaraï.



Comment décrire le paysage qui s'offre à nous ? Plus que surprenant, extraordinaire....
Nous avons l'impression d'arriver dans un lac de montagnes Vosgiennes. Des petites montagnes recouvertes de forêts de pins et d'herbes, avec à leur pied des petites plages de sable blanc et des cocotiers. L'eau est plate, l'air embaume la fleur, les couleurs éclatent dans une paix irréelle.
Nous sommes abasourdis, complètement sous le charme et encore plus en constatant que le bateau est à plat. Voilà plus de deux mois que n'avions pas mouillé dans un endroit sans houle.
Le voilà notre petit paradis.

Cette nuit de sommeil de 12h nous semble la plus douce de notre vie !

Il nous aura fallu 12 jours de navigation depuis l'île de Pâques pour y arriver.
Ces 6 derniers mois nous avons enquillé plus de milles qu'en un an et demi l'année dernière.
Nous sommes fatigués de naviguer, nous avons eu notre dose : (12 000 milles soit 22 milles kilomètres)
Aussi nous allons à présent nous poser, finit les longues navigations.
Notre but était d'arriver en Polynésie, nous y sommes.
Nous sommes heureux, pourtant ni Marco, ni moi ne referions ce trip. Une fois dans sa vie suffit.
Bien sûre notre voyage continue, mais à présent le plus dur est derrière !!!



Le 25/03

Un bateau de jeunes est mouillé à côté ( un jeune couple de Français plutôt original et étonnant).
Nous pouvons ainsi partager avec eux notre poissons. Le gars revient d'aller chasser avec son arc sur l'île, il chasse les petites chèvres sauvages. Apparemment mieux vaut être équipé d'un coupe-coupe pour se frayer un chemin et gare aux guêpes impitoyables.
Marco part en repérage des fonds sous marin voir ce qu'il y a de comestible, car ici bon nombre de poissons sont atteint de ciguatera. Hélas peu de poisson , il voit cependant un beau requin pointes noires à quelques mètres de lui !
Nous partons en annexe faire le tour de l'île, elle se révèle plus grande que prévu...





En accostant de l'autre côté de l'île, on nous fait signe de venir. Les propriétaires de l'unique maison nous réservent un accueil plus que chaleureux . Denise et Edouard nous offrent à boire et après discussion nous repartons avec un panier de fruits. Puis nous rejoignons le nord de Tavaraï le « village » constitué de quatre maisons et d'une église démesurée.







Hervé, un polynésien nous reçoit chez lui et nous présente à sa famille. Que de gentillesse et de savoir vivre ! Ils semblent heureux d'avoir de la visite.
Ces quelques habitants vivent en autarcie, cultivant et élevant quelques bêtes, chassant quelques chèvres et cochons sauvages . Leurs sourires et leurs visages rayonnants témoignent d'un bonheur simple et tranquille.
Ils sont entourés de véritables jardins naturels qu'il faut malgré tout entretenir et les quelques familles qui vivent là s'en donnent la peine. Tout est propre, soigné, fleuri. Tout est d'une beauté incroyable !
Nous terminerons notre tour d'île de plusieurs heures tantôt à la rame en relevant le moteur à causes des patates de corail, tantôt au moteur. Ne connaissant pas les lieux nous nous sommes fait prendre par la marée descendante sur les platiers !!!

Le 27/03

Nous rejoignons le mouillage face au village de Mangareva. Nous retrouvons plein de connaissances, ça fait super plaisir de se retrouver là et nous avons tous pleins d’anecdotes à nous raconter... Repas, apéros, on est invité de partout !!!

samedi 8 mars 2014


Le 10 Mars


Vue la nuit que nous avons passé, une sieste s'impose pour tenter de récupérer avant le départ.
En se réveillant Marco constate que le bateau des Français mouillé à côté de nous a disparu.
Le couple de Français ont opté pour une chambre d'hôtel pour leur éviter des nuits comme les nôtres, aussi nous nous inquiétons de cette disparition , en sortant on voit au large le bateau en question entouré par l'armée et les secours.
Pendant que nous dormions, un maillon de leur chaîne a cassé et le bateau est partit à la dérive évitant de justesse les roches dans l'axe. C'est Yann le propriétaire qui en se réveillant lui aussi de sa sieste de sa chambre d'hôtel s'est aperçu que son bateau n'était plus au mouillage, il a donné l'alerte et pu se faire accompagner par les secours.
C'est un miracle que le bateau ne se soit pas échoué. N'ayant plus d'ancre il se fait conduire à un petit port. Le lendemain, il loue les services d'un plongeur pour la récupérer.
Une bonne frayeur pour eux, ils s'en sortent bien ! Nous ferons route avec eux demain comme prévu, vers Pit Cairn.
Nous nous félicitons une fois de plus de notre prudence et de ne pas avoir quitté notre navire ces derniers jours !!!
Départ demain matin pour 1100 milles jusqu'à pit Cairn soit Dix jours de mer, puis les Gambiers encore quelques centaine de milles. A très bientôt





Du 1/03 au 8/03
ÎLE DE PÂQUES


L'air est vivifiant, tonique ce qui nous change du climat équatorial, aussi sommes nous plus dynamiques. Entre marche, vélo, surf et visites des sites de Moaï, les journées glissent...


Cette île a une énergie forte comme l'océan d'ailleurs, le mouillage n'est donc pas des plus tranquilles. On se fait rouler, nos deux ancres s'emmêlent régulièrement. Démêler tout ça donne lieu à des séances de jurons entre les coinçages de doigts, les brûlures des mains pour retenir l'ancre sans guindeau... Venir à l'île de Pâques en bateau n'est jamais de tout repos et pourtant nous sommes dans la période la plus tranquille !!!




Le vent s'orientant Sud Est, nous décidons d'aller mouiller à Anakena, un site à Moaï où il y a une jolie plage. Un mouillage de rêve, sauf que la houle rentre et que les mouvements du bateau deviennent insupportables, nous mettons donc une ancre arrière de façon à positionner le bateau dans l'axe de la houle. Du coup le roulement est atténué. Le débarquement entre les vagues est épique.
Ce lieu est de toute beauté, c'est harmonieux, doux à l'oeil, la plage blanche contraste avec l'eau turquoise et le vert de l'herbe. De plus ces statues entourées de sable, de vallons, de cocotiers donnent au lieu un air d'irréalité et en font toute sa magie.


Deux gars Rapa Nui sur la plage nous interpèlent et nous offrent une bière. En mélangeant l'anglais, l'espagnol nous arrivons à nous comprendre. Ils nous parlent de leur culture, la fièreté d'appartenir à ce peuple se lit sur leur visage. Le sang des Moaï coule dans leurs veines et porte leur histoire, leur vie. Ils croient en leur pouvoir ( le manas).



Voilà bientôt trois semaines que nous sommes là, nous pensons à reprendre notre route. Les 1500 Milles pour rejoindre les Gambiers ne nous enchantent pas plus que ça, (après notre dernière traversée de Galapagos on est un peu refroidit!!). Mais la perspective de rejoindre un lagon bien protégé, de jolies îles et qui plus est où l'on parle Français, nous motive un peu.
De plus , si la météo le permet, nous ferons halte à Pit Cairn. Qui est un petit rocher habité par la communauté la plus isolée au monde. Aussi quand des navigateurs s'arrêtent ils sont enchantés.
Cette quarantaine d'habitants sont les descendant direct des révoltés du Bounty.
S'ils sont venus se cacher là ce n'est pas un hasard car il est très difficile d'aborder les côtes ? C'est pourquoi seulement une dizaine de bateaux par an s'y arrêtent. Seule une météo clémente permet d'y jeter l'ancre. Nous verrons donc si nous pourrons y faire escale.





La météo semble propice en début de semaine aussi nous risquons de lever l'ancre bientôt.
Un couple de Français à bord d'un OVNIS vont partir en même temps que nous pour les Gambiers.
Nous pourrons ainsi échanger nos positions, cela reste une sécurité de savoir qu'un autre bateau n'est pas loin...


Mais pour le moment, nous sommes coincés durant trois jours sur notre bateau à cause du vent et de houle. Une rage de dent a décidé Marco à partir aux urgence en annexe... expédition périlleuse au milieu des vagues et des rafales. Mais il en revient indemne avec le nerf de la dent enlevé.
Cependant nos autres nerfs eux sont toujours soumis à rude épreuve !!! Le mouillage ici c'est sport et éprouvant, vivement les lagons paisibles....

samedi 22 février 2014


ÎLE DE PÂQUES



Quel plaisir de découvrir cette île surprenante. Nous avons la chance à cette époque de voir ce petit joyaux tout vert, du fait qu'il a beaucoup plu ces derniers temps.





Le décors n'est que grands champs vallonnés accueillant des chevaux en liberté (qui sont presque aussi nombreux que la population de l'île). Quelques petites forêts d’Eucalyptus, quelques falaises, de jolies plages, des volcans et des sites hors du temps constituent cette île.






Evidemment les Moaï résonnent dans tous les esprits et les mémoires, c'est ça l'île de Pâques.
Ces statues mystérieuses qui nous interrogent sur le pourquoi, le comment de tels monuments...









Les explications à leur sujet diffèrent cependant, ; le rationnel fait des suppositions, le spirituel d'autres . Toujours est-il qu'il est fascinant de pouvoir contempler aujourd'hui ces œuvres énigmatiques qui ont traversé les âges. De plus ces sites semblent chargés d'une énergie incroyable comme si les Moaï portaient en eux des vibrations.




Là pas d'explication juste un ressenti.
La carrière d'où ont été extrait tous les Moaï est complètement incroyable. On a du mal à concevoir que l'homme ait pu entreprendre un tel travail et le réaliser avec les moyens de l'époque.

Rapa Nui c'est le nom de l'île, c'est une culture, une langue, des traditions... Rapa Nui est un musée à ciel ouvert qui ne se limite pas à quelques sites. Partout on peut trouver des Moaï abandonnés, couchés, cassés, des pétroglyphes sur les roches, des plateformes de cérémonie, des vestiges du passé....
Cette richesse rayonne encore aujourd'hui dans les meurs et les pensées de la population locale.
En tout cas c'est un régal pour nous de marcher ici et là sur les traces de cette civilisation disparue.
Le volcan Ranokau à 500 Mètres d'altitude nous offre un décors éblouissant. Dans le fond du cratère un lac aux milles couleurs, avec des contrastes saisissants. C'est à couper le souffle...
Que c'est beau.....




Le mouillage bien que rouleur car en pleine mer et par 20 mètres de fond a quand même l'avantage d'être juste à côté des spots de surf. J'emmène donc Marco régulièrement surfer je le dépose au pic et reviens le chercher plus tard. Par contre les entrées au port avec l'annexe sont parfois assez chaudes. On passe entre les séries...





TRAVERSEE GALAPAGOS-ÎLE DE PÂQUES
Du 03/02 au 20/02/ 2014
Distance à parcourir 2000 milles

Le 03/02/2014
1er Jour

Ce matin le temps a les mêmes teintes que mon visage depuis trois jours : gris
Une bonne intoxication alimentaire avec un empenada à la viande daubée m'a littéralement chaviré et à quelque peu retardé notre départ.
A peu près remise, nous levons l'ancre sous des rideaux de pluie et quittons ce lieu enchanteur des Galapagos.
Une belle traversée nous attend (2000 milles soit un peu moins de 4000 km) et la perspective de nouvelles terres nous motive.
En s'éloignant des grains, nous pouvons hisser nos voiles. Elles vont flotter quelques semaines au vent...
Départ en douceur, cap vers l'Ouest durant deux jours afin d'éviter une zone orageuse prévue sur notre route de l'île de Pâques.
Un fort courant de deux nœuds nous éloigne d'Isabela.


Fin de journée un thon bleu de 6kg vient garnir notre frigo. C'est la première fois que nous pêchons cette sorte de thon. Des zébrures d'un bleu outre-mer intense parcourent sa dorsale et des reflets au dégradé de turquoise sillonnent son corps, il est splendide. Celui là nous le gardons car à part un bon avitaillement de légumes avant départ nous n'avons pas d'aliments protéinés ( nous avons fait l'impasse sur la viande après mon expérience!!!). De plus nous venons de subir une attaque de charançons qui ont dévastés toutes nos provisions de pâtes, riz, farine alors que les paquets étaient bien fermés. Nous gardons ceux qui sont le moins dévastés, nous aurons ainsi quelques protéines complémentaires avec ces steacks de charançons.
Ce thon bleu se révéle délicieux ; proche de la chair du thon jaune et pas fort du tout.
Dans la nuit de drôles de lumières flash nous intriguent car parfois elles surgissent à tribord, parfois bâbord, puis disparaissent. Nos yeux se ferment quelques heures, malgré tout sur ce mystère.

Distance parcouru ce 1er jour : 120 milles




Le 04/02
2eme jours

Nous n'avons pas d'autre choix que de suivre vent et courant qui nous poussent plein Ouest. Nous tentons un contre bord afin de descendre plus au sud, mais le courant est trop fort, nous faisons du sur-place. Nous espérons que le vent tournera plus Sud bientôt car pour l'instant il est Sud Ouest, et que le courant faiblira...
Nous maintenons notre près serré à 30°et une bonne allure de 6 nœuds.
La ligne de traîne vient de trembler, pour la ramener c'est toute une histoire. Nous découvrons l'engin lorsqu'il se trouve à portée de main. Quand je vois sa gueule et sa taille je prends peur.
C'est un thon jaune monstrueux entre 20 et 30 kg. Marco tente de le soulever mais il se décroche.
« Tant mieux ! Trop gros ! » ce n'est pas tout à fait l'avis de Marco mais bon... c'est ainsi !

02H00 du mat :
« Viens vite, un bateau nous arrive dessus, va falloir mettre le moteur »
Le sommeil tout juste entamé me colle aux yeux et au corps, mais comme un automate je regagne le cockpit.
« Ho punaise ! Mais c'est pas possible ! Qu'est ce qu'il fou là si proche ? »
Un cargos est à bâbord, au ralenti mais sa route laisse présager une collision.
Ce qui est inquiétant c'est qu'il n’apparaît pas sur notre écran ordinateur pas à l'AIS.
Ils ne nous appellent pas non plus à la VHF.
Vue la proximité de l'engin de 200 mètres de long, nous n'avons pas d'autre choix que d'affaler les voiles, ranger le régulateur et de mettre le moteur. Nous allons le contourner par l'arrière.
Étrangement il ne reprend pas sa route et semble même revenir vers nous.
Sans se parler, nous pensons à la même chose et une sourde angoisse commence à se faufiler dans nos tripes. Nous éteignons toutes nos lumières, Marco surveille aux jumelles si une chaloupe remplie de pirates sanguinaires n'a pas été mise à l'eau. On s'écarte le plus possible.
Au bout d'un certain temps, le cargos semble reprendre enfin sa route et de la vitesse... Il s'éloigne de nous.
Cette situation très étrange ne facilite pas le retour au sommeil.
Nous n'avons croisé aucun bateau depuis notre départ et là au milieu de cette immensité on se retrouve pile poil sur la route de l'un d'eux ! (cela nous rappelle une situation identique lors de la transatlantique)
Le plus fort c'est que Marco soit sortit juste au bon moment, car nos quarts ont pris un peu de laxité, et élasticité...

Au lever du jour, rebelote, un gros bateau au loin change de cap pour venir vers nous !
« Non ce n'est quand même pas celui de cette nuit qui nous a retrouvé ? »
Il fait route effectivement dans notre direction, passe devant le bateau vraiment très proche, ralentit comme pour nous barrer la route, fait demi tour et repart.
«  Pas croyable !!! »
Lui non plus n'apparaît pas sur notre AIS.
Si c'est une simple visite, ils auraient pu avoir la courtoisie de nous appeler par radio car là il y a de quoi flipper !!!

Distance parcourue ce 2eme jour : 120 milles




Le 05/02
3eme jours

Le vent est trop léger pour porter nos voiles, nous devons faire du moteur quelques heures. Cela nous permet néanmoins de faire cap plus au sud et revenir sur notre route. Nous étions un peu trop à l'Ouest !
Peu à peu le vent s'oriente Sud Est, les voiles sont à nouveau gonflées.
Nous reprenons notre rythme de croisière.
La mer est lisse, elle ondule en douceur et scintille sous le soleil croquant. La vie semble en suspension, une sorte d'immobilité s'étale sur l'eau ; pas d'oiseaux, pas de sauts de poissons, cela doit être l'heure de la sieste...
Avant le coucher de soleil deux petits thons jaune fort mignons et appétissants ont atterri dans le frigo.

La nuit nous enveloppe de son lot de mystère et de surprise.
IMAGINE...
Tu as enfin réussi à glisser dans les profondeurs du sommeil, totalement immergé dans le monde des rêves quand sans crier gare une rafale te ramène violemment dans cette réalité.
Pas le temps de t'étirer ou de penser, en dix seconde tu es sur le pont. Seulement ton esprit n'a pas eu le temps de réintégrer ton corps et ton corps dort encore. L'automate se met en action se cognant, titubant. L'équilibre est resté dans les limbes du sommeil et doit faire face à la dangereuse inclinaison latérale et aux violentes secousses. Il faut faire vite le bateau gîte, le bateau tape.
Tu es à poil évidemment , une bonne pluie vient te cingler. Tu grelottes mais cela te rafraîchit quelque peu les idées.
Action :
Tes gestes désordonnés tentent de se remémorer de l'action à accomplir.
Tu dois te mettre debout et ne pas te casser la gueule, prendre la barre entre les jambes, l'écoute dans les mains, le regard sur l'anémomètre. Tu dois synchroniser ta manœuvre : tu pousses la barre avec les jambes, tu relâches de l'écoute en même temps et tu regardes l'aiguille qui doit se stabiliser à 120°. Tu dois également tenir compte de ton pote (qui lui use de toute sa force pour rouler le génois) et relâcher l'écoute à son rythme. Ne pas perdre des yeux l'aiguille si non c'est l'empannage et avec ce vent...
Première action accomplie le génois est roulé, cela stabilise un peu le bateau et te permet de souffler avant que l'action numéro 2 se mette en place.
La pluie mêlée au vent furieux s'abat davantage sur ton corps frissonnant.
Il faut que tu ailles chercher la trinquette que tu sortes de nouvelles écoutes tout au fond des coffres et que tu ailles à l'avant du bateau ( ou ton pote de préférence). Évidemment la pluie rend le pont glissant et la houle semble s'amuser à te bousculer.
Il faut retendre l'étai avec une clef, revenir chercher la voile, l'endrailler .
Enlever les autres écoutes du chariot , placer les nouvelles, refaire les réglages. Tu es content d'avoir une frontale pour t'aider à y voir car le noir est d'encre autour de toi.
Tu veilles en continu à avoir une main te servant de point d'appui car tu sais que ta vie en dépend.
Si tu passes à l'eau... bon n'imagine pas la suite car il faut être concentré la manœuvre n'est pas finit.
Tu es au pied de mât, tu prends la drisse va la fixer à la têtière de ta voile afin de pouvoir la hisser. Tu reviens derrière, tu la hisses, pendant que l'autre ajuste l'écoute et barre. Tu règles, tu te mets à l'allure correcte en allant bidouiller le régulateur. Tu vérifies, tu attends un moment encore sous la pluie. Et là tu peux retourner dans tes rêves.
Seulement... ce genre d'action à de quoi te remettre le cerveau en route et ta veilleuse se rallume. Tu peux t'asseoir sur ta nuit.
Vu que les grains se succèdent, tu dois veiller. Tu es tellement secoué, le bruit tellement assourdissant que de toute façon tu ne pourrais pas dormir...
Voilà une des surprises de la nuit, mais entre nous je préfère celle- là à celle de la nuit dernière avec les visites des bateaux et encore plus celle-ci à une vie remplie d'ennui. 

Distance parcourue  ce 3eme jours : 120 milles




Le 06/02
4eme jours


Nous avons contourné la zone orageuse, mais nous prenons malgré tout grains et vent plus soutenu.
La navigation se fait inconfortable malgré les voiles réduites.
Toutefois,ment les tournures singulières pas toujours agréables.
Seulement quatre jours se sont écoulés depuis notre départ et nous avons l'impression que cela fait plus de dix. Pourtant ce n'est pas l'ennui qui teinte nos journées, c'est le temps qui s'étire. Il prend ses aises, se distant, de dilate.
Étant conscient de lui jour et nuit, il semble se rallonger.

Distance parcourue ce 4eme jours : 120 milles encore !


Le 07/02
5eme jours

Apparemment nous risquons d'avoir encore trois jours difficiles vue les prévisions météo.
Ce n'est pas que le vent soit très fort, il est de 20 nœuds, mais au près serré et avec de la houle ça fait beaucoup.
La voilure est pourtant réduite à son minimum trinquette à l'avant et grand voile avec deux ris.
Nous ne pouvons plus tenir la position debout, ça gîte grave. Vaillant Tidoudou part à l'asseau de la houle se prenant pour un kangourou. Il bondit d'une vague à l'autre enfournant de temps en temps.
Les hublots sont fermés, l'eau ruisselle sur le pont, malgré le beau soleil.
Dans les cabines allongés nous explorons l'apesanteur, la lévitation en décollant des matelas puis la compression, le tout sur fond d'inclinaison.
Sur les wc à l'avant, il y a de quoi rire et bien s'accrocher c'est mieux que les montagnes russes. Faire la cuisine devient une entreprise digne d'un acrobate.
Si tout bouge le moral lui reste droit, alors tout va... s'en est même drôle.
Les poissons volants ont réapparu, il nous faut à présent gérer les sauvetages nocturnes de ceux qui viennent s'échouer sur le pont et cockpit. Ils battent leurs ailes et agitent leur corps frénétiquement jusqu'à ce que l'on viennent les secourir. Qu'est ce qu'ils puent !

Cette nuit est encore plus agitée, le vent et la houle ont encore forcit, Là c'est beaucoup moins drôle !
Le bateau décolle et tape tellement que les vibrations se font ressentir jusque dans nos mâchoires.
Marco est inquiet pour le gréement, nous n'avons pas un mât qui permet d'encaisser des traumatismes à répétition de la sorte. Il suggère que nous nous déroutions vers les Gambiers afin d'avoir un angle moins près du vent. En quelques secondes je vois l'île de pâques disparaître comme un mirage.
Je lui propose de patienter encore un peu avant de prendre cette décision. Nous abattons légèrement pour être moins face à la houle et supportons les fracas de l'eau sur la coque toute la nuit.

Distance parcourue ce 5eme jour : 120 milles




Le 08/02
6eme jours
HOMMAGE à MATTEO

Seul le silence peut accueillir la mémoire d'un enfant
Les grands espaces, l'océan, les poissons volants, les grands oiseaux des mers, et nos cœurs reçoivent la présence de ce petit ange.
Cela fait un an aujourd'hui que Mattéo vogue sur les rives d'un autre monde.
Que ce jour soit un hymne à l'amour...
Nous nous joignons à sa famille, à tous ceux qui le chérissent.


Le bleu outre mer de l'eau paraît encore plus intense avec son mouvement désordonné souligné de vaguelettes blanches.
Le soleil radieux dans un ciel parfaitement azur rehausse sa couleur profonde, ce contraste éclate dans nos mirettes.
Nous avons confié un ballon rouge aux flots en la mémoire de Mattéo,longtemps nous le regardons s'éloigner sur cet infini...

L'île de Pâques semble encore se deviner au bout de notre route, mais chaque rafales restent une menace de la voir disparaître. Nous tenons bon...
Le vent lui aussi tient bon 20 à 25 nd, la houle s'acharne.
Le bateau souffre, aussi nous remplaçons la trinquette par le Solent auquel il est possible de mettre des ris. On ne peut réduire davantage. Nous sommes à présent à 60° du vent ce qui est un peu mieux. Cela n'empêche pas de recevoir de violents chocs des vagues qui recouvrent régulièrement le pont. Pour tout dire ce n'est pas vraiment agréable. On comprend mieux pourquoi tant de gens renoncent à aller à l'île de Pâques. Faut être accroché pour faire tant de distance au près !!

C'est encore dans la nuit que nous sommes tiré de notre somnolence. La pompe d'eau de cale vient de se mettre en route. Le bruit nous alerte et comme à l'accoutumée nous goûtons l'eau pour s'assurer qu'il s'agit bien d'eau douce. Hélas ce n'est pas le cas et en principe qui dit eau de mer dans le bateau dit gros soucis.
Une grande agitation s'empare de nous, nous enlevons tous les planchers, vérifions chaque vanne.. Vue notre état de gîte, il faut que l'on s'assure de la quantité d'eau sous le contre moule du côté penché. Nous devons pour cela changer d'allure pour remettre le bateau à plat. Bref on brasse, on s'active, on s'inquiète...
Après enquête, nous estimons au final qu'il n'y a pas encore lieu de paniquer. Nous épongeons.
Certainement s'agit-il d'infiltrations par le toit et hublots vu la quantité d'eau que nous prenons avec élan !!! On surveille l'histoire et encore une fois on tente d'aller dormir...

Distance parcourue ce 6eme jours : 120 milles


Le 09/02
7eme jours
Ce matin le vent a légèrement faiblit. Nous avons toujours un œil sur les cales et une éponge à porté de main. Les vagues cessant de recouvrir le pont, les infiltrations disparaissent. Dans l’après midi c'est du bonheur, vent à 16 nd et houle apaisée.
Nous avons le même plaisir que lors qu’après une pluie de coup sur la tête, cela s'arrête.
Nous pouvons penser à nous laver avec des seaux d'eau de mer dans le cockpit et faire enfin un shampoing sans risque de valser par dessus bord !
Nous profitons de ce répit. Nous remettons un peu de toile.
Nous n'avons plus de poisson dans le frigo la ligne traîne. Nous avons bien remonté deux thons , mais avons estimé qu'ils étaient trop gros, alors on leur à rendu leur liberté. Inutile de gaspiller !
Le petit thon bleu de 6kg, lui n'aura pas la chance de ses prédécesseurs.

C'est toujours la nuit que le vent forcit, nous devons donc nous lever réduire, surveiller..

Distance parcourue ce 7eme jours : 130 milles




Le 10/02
8eme jours

Navigation plus agréable, nous profitons de cette accalmie pour recoudre le solent déchiré.


Tout le monde a souffert ces derniers jours...
La météo annonce le retour d'alizés musclés dans trois jours, aussi vaut-il mieux être prêt, avec une voile en état pour les recevoir.
Cette journée de répit nous permet un temps de station debout plus long, c'est appréciable.
Et même une nuit de plusieurs heures consécutives presque 4h, un régal !

Distance parcourue ce 8eme jours : 120 milles




Le 11/02
9eme jours

Nous voilà à la moitié de notre route, il ne nous reste plus que 1000 milles soit un peu moins de 2000km. Nous maintenons un bon rythme sans être trop secoué durant toute la journée.
Mais comme chaque nuit le vent forcit montant à 25 nœuds parfois plus, nous sommes encerclés de grains et donc de rafales. C'est repartit pour une séance rodéo et une nuit infernale. Cela devient insupportable aussi devons nous nous résoudre à affaler la grand voile. Nous ne laissons que la trinquette. Avec moins de toile nous réduisons ainsi notre vitesse et quelque peu l'impact de la houle. Néanmoins le bateau grince, couine, le chariot d'écoute fait un bruit insupportable, les drisses à l'avant claquent, l'eau éclatent sur la coque et s'écoule comme une cascade.
Inutile de décrire les mouvements que nous subissons dans nos cabines et le nombre d'heures de sommeil. De plus une certaine inquiétude immisce malgré nous car la météo annonce de forts alizés les jours à venir... Ce qui nous laisse présager de ce qui nous attend encore...
Mais qu'est ce qui nous a pris de vouloir aller à l'île de Pâques ?

Distance parcourue ce 9eme jours : 115 milles




Le 12/02
10eme jours

Mon capitaine ce matin a une sale mine. De grosses cernes noires entourent ses yeux, son teint a viré au verdâtre à cause de la fatigue. Son humeur est maussade.
Il me fait remarquer que depuis la Colombie son plaisir de naviguer s’érode.
Il faut dire que les navigations agréables depuis ce pays se notent dans une toute petite parenthèse. Ces traversées ont été la plupart du temps éprouvantes, fatigantes et celle-ci vers l'île de Pâques s'inscrit dans la même lignée, avec en prime la longueur.
Ce n'est qu'un constat. Cependant il est vrai que sans elles nous n’accéderions pas à ces divers pays.
Il y a un prix et celui-ci nous paraît malgré tout conséquent !!!
Nous gardons cependant l'espoir qu'une fois dans les îles du Pacifique, nous retrouverons le plaisir de naviguer.
Là notre plaisir immédiat serait de pouvoir dormir un peu.

Toute la journée les grains se succèdent et l'inconstance du vent vient mettre nos nerfs à l'épreuve.

LES GRAINS : Tu regardes au vent et tu vois une grosse masse de nuage gris parfois noir à sa base et un rideau de pluie dessous. Là, le vent forcit parfois doucement parfois sans crier gare. C'est le moment pour réduire la voilure et se tenir près de la barre. A son approche le vent monte encore, le bateau gîte et loffe ( il vient naturellement dans le lit du vent). Là souvent le pilote n'arrive plus à contrer la force et ne revient pas sur le cap initial, il faut donc prendre la barre et abattre ( s'écarter du vent) Dans les fortes rafales ( ici ça peut monter jusqu'à 40 nd) mieux vaut se mettre au portant et attendre que pluie et vent se calment). Le nuage passe et emporte avec lui tout le souffle du vent, il te laisse livré à la houle, les voiles pendantes. Ça claque dans tout les sens et tu es souvent presque arrêté. Il faut attendre et parfois un grand moment avant que le vent daigne regonfler tes voiles. Alors tu remets de la toile.
Et très vite tu vois à nouveau un grain...

Nous passerons ainsi la nuit à gérer les grains successifs.

Distance parcourue ce 10 eme jour : 115 milles




Le 13/02
11eme jour

Les grains disparaissent pour laisser place au grand soleil et aux alizés plus constants. Nous conservons donc juste la voile avant, car le pilote à vent ne maintient plus son cap si nous toilons davantage Notre allure reste bon plein et notre vitesse régulière.
Les conditions sont toutefois plus agréables qu'hier.
La température se fait plus fraîche depuis quelques jours. C'est avec plaisir que nous remettons un sweet en fin de journée et une couette la nuit ( 24°c).
Cela fait du bien de ne plus transpirer comme des veaux.

Je faisais remarquer à Marco que pour faire ce genre de traversée mieux vaut être bien préparé.
Quelqu'un sans expérience marine aurait de quoi être terrorisé et dégoûté de la voile.
Heureusement côté expérience, nous avons eu le temps de nous roder (surtout depuis la Colombie).
Le fait de bien connaître le bateau et d'être techniquement au point aident, le fait également d'avoir des années de pratique en sophrologie et en yoga contribuent pour ma part à mieux gérer mentalement certaines situations. Bien des peurs ont disparues.
Lorsqu'on se trouve soumis à rude épreuve, il vaut mieux apprendre à calmer son esprit car il est tenté parfois de se laisser embarquer par le mental. On peut imaginer facilement le pire lorsque l'on est rudement secoué en sachant que l'on dépend parfois d'un simple câble ou d'une petite goupille. Si ça casse c'est le mât qui tombe....
Et là où l'on se trouve cela peut être une véritable catastrophe. Mieux vaut alors maîtriser notre imagination.
Le côté positif de cette traversée est qu'elle nous met face à nous même. Nous pouvons ainsi prendre conscience de notre façon de réagir, de se comporter face à l’inattendu.
L'aspect psychologique prime, si on arrive à le gérer, c'est en partie gagné!
Bien évidemment nous subissons la fatigue et on reconnaît que l'on en a un peu ras le bol de cette navigation. Mais cela reste une sacrée expérience sur soi !

La nuit ramène son lot de gros grains, le vent passe de 20 à 30 nd.
Marco prend la barre pour atténuer les rafales, si non le bateau part au lof. Il passe sa nuit la tête dans les nuages et sous la pluie, avec en prime quelques bonnes vagues venant exploser sur la coque.
On ne peut pas dire que le vent soit extrême, mais certains paramètres entrent en ligne de compte ;
Selon le bateau, l'allure, et l'état de la mer, l'histoire n'est pas la même !
Notre bateau est petit, plus lourd qu'il ne devrait (affaires, réserves eau, gazole ect..). Il gîte facilement, nous dépendons d'un régulateur d'allure qui gère très mal lorsqu'il y a des sauts de vents et de la houle ; nous devons maintenir un cap près du vent, alors qu'au grand largue on encaisse facilement un vent plus fort et en prime la houle est anguleuse et raide.
Toutes ces raisons font que la navigation devient vite difficile dans les conditions que nous avons actuellement.

Distance parcourue ce 11eme jours : 120 milles



Le 14/02
12eme jours

Les grains persistent, il faut être à la barre ( 25-30 nœuds, on enregistre même 40 nd)
Ça devient bien chiant !
Jour comme nuit pas de repos, il faut être dans le cockpit et gérer la barre, le régulateur et le réglage du génois. Nous avons opté pour cette voile afin de la gérer du cockpit et ne pas avoir à aller faire l'équilibriste à l'avant, d'autant plus que nous sommes un peu plus travers au vent.
Vu mes facultés nocturnes engourdies de manque de sommeil, mon équilibre et ma réactivité laissant à désirer ; Marco préfère assurer de Minuit au lever du jour. Il est vrai que le réglage du pilote nécessite de se pencher hors du bateau alors je lui laisse bien volontiers cette charge. Je l'aide pour rouler et dérouler le génois et abattre le temps des grains.
Pluies, coups de vents, vagues passant par dessus bord, réglages incessants voilà le programme de la nuit.


Distance parcourue ce 12eme jours : 110 milles


Le 15/02
13eme jours


Marco est découragé, fatigué. Si on avait su, on serait pas venu !
Les grains persistent. Je l'invite à essayer de dormir mais c'est mission impossible.
Depuis le départ nous devons cumuler 3 à 4h de sommeil par 24h.




Quelques heures de répit entre les grains durant la nuit. Je tombe dans un comas sans fond peuplé de rêves durant 6 heures d'affilées, n'entendant même pas le retour des grains!
Heureusement Marco a pu se réveiller à temps pour agir.




Distance parcouru ce 13eme jours : 110 milles


Le 16/02
14eme jours


Dormir autant ne m'était encore pas arrivé depuis notre départ. Six heures ! je me sens fraîche comme une petite fleur des champs. Entre deux passages de gros nuages, j'opte pour une bonne douche à l'eau de mer afin de parfaire ma fraîcheur et mon éclat. ( Y a encore du boulot !)
Mon quo-équipier lui n'a pas l’œil aussi vif que moi ce matin ( faut dire que pendant que je dormais, lui bataillait avec le vent) C'est con pour lui...
Les grains ont repris mais à rythme ralenti, le soleil perce après chacun de leur passage. L'aspect de la mer est plus attrayant qu'hier, sa couleur intense lui hôte un peu de son austérité. Les vagues cessent de venir inonder le pont.
Hier en voulant aérer quelques secondes après avoir cuisiné, une grosse vague s'est répandue dans l'habitacle, inondant les matelas du carré, coussin, table à carte... Épargnant heureusement l'ordinateur que j'avais recouvert d'une serviette par sécurité.
On tente de faire sécher tout ça aujourd'hui !
Les grains s'espacent peu à peu, aussi mes pétales engourdies par la torpeur de ces derniers jours se défroissent doucement.
Au fil de la journée, la navigation retrouve un aspect plaisant : celui de glisser sans heurt.
Cette aubaine nous laisse timide et réservé, nous attendons la suite...


Qui arrive inévitablement avec la nuit et le quart à Marco... Le pauvre !!!
Le cauchemar se poursuit jusqu'au lever du jour. Grains sur grains sur grains, putain c'est jamais finit !!! Il faut rouler le génois, abattre, barrer au grand largue le temps des claques du vent, puis remettre de la toile lorsqu'il faiblit, revenir à son cap , régler le régulateur et recommencer encore et encore....
Marco m'annonce que c'est la dernière nuit qu'il passe comme ça ; demain si les grains reviennent, on mettra le moteur.


Distance parcourue ce 14eme jour : 110 milles






Le 17/02
15eme jours





Le capitaine à l’œil de cocker, les nuages ont obscurci sa rétine, et les allumettes ne peuvent suffirent à tenir ses paupières.
Sacré vin dieu !!











La matinée se poursuit au rythme des grains un peu moins fréquents.
Un train de grosse houle venant du sud commence à apparaître sans que cela n'entrave notre marche. Il s'agit de collines aqueuses aux formes rondes et très espacées, elles soulèvent en douceur le bateau, nous élevant quelques secondes vers les cieux. Nous avons ainsi une vue plus aérienne et dégagée.
L'après midi glisse en douceur sans heurt... Du bonheur....


Comme d'habitude j'assure la surveillance jusqu'à minuit, comme par hasard c'est au moment de la relève que les grains reviennent. Marco exaspéré veut mettre le moteur direct.
Je lui dit que je m'occupe de celui qui arrive. Après son passage le ciel reste chargé et je me laisse convaincre que le moteur nous permettra de dormir tranquille.
A 03h00 une alarme stridente me tire des cieux et me fait réintégrer la coque au milieu du Pacifique.
En quelques secondes je suis debout, le vacarme vient de l'extérieur, je pense à un bateau à proximité. En une enjambée je gravie les quatre marches, le cœur battant dans ma tête.
Il n'y a rien , ni personne, par contre l'alarme aiguë m'oriente vers le moteur. Je stoppe instantanément l'engin.
Marco surpris par ce silence soudain se réveille. Il découvre l'origine du problème en regardant dans le moteur. La courroie du système de refroidissement de la pompe à eau a pété. On espère que le moteur n'a pas trop chauffé et qu'il n'est pas endommagé. Notre mécanicien armé de sa frontale se met au boulot instantanément. Il ne pourra dormir sans s'assurer que le moteur est en état de fonctionner. Heureusement nous avons une courroie de rechange !
Après réparation, vérification et essai nous sommes rassurés, notre bijoux n'est pas cassé !!
Un coup d’œil à la VHF nous informe que nous passons le tropique du Capricorne. Donc avant de retourner en position horizontale, nous allons offrir quelques gouttes de rhum aux éléments et une bonne lampée pour nous, afin de nous aider à nous remettre de nos émotions et mieux dormir.
Je pense que ce vieux remède de cow-boy n'est finalement pas si mal car très vite on replonge dans les bras de Morphée.
Les grains sont allés se coucher. Le génois gonflé nous emmène peu à peu vers notre destination.


Distance parcourue ce 15 eme jours : 120 milles


Le 18/02
16 eme jour


Nous nous approchons sérieusement de notre but plus que deux jours de mer !!!
Marco part faire son tour d'inspection quotidienne. Le sel en quelques jours a fait son œuvre, la rouille s’insinue partout et le guindeau électrique de l'ancre ne marche plus. Notre bricoleur se met à l’œuvre pour tout démonter, nettoyer et s'aperçoit que le contacteur est cassé.
Avec astuce et ingéniosité il trouve une solution et nous répare ça. Il est génial ce type !!
A notre arrivée un grand nettoyage s'impose car l'eau de mer s'est infiltrée partout (avec ce qu'on s'est pris sur la tronche) !!!. La coque a besoin elle aussi d'un soin car algues et Bernicles ont poussé.
C'est fou la rapidité avec laquelle les choses se dégradent !!
C'est à peu près la même chose pour nos trombines, avec la fatigue nos traits se tirent, nos yeux se creusent et notre teint en prend un sale coup. En 15 jours nous nous sommes allégés de quelques kilos, mais nous avons pris quelques années dans les dents !!!
Comme si cela ne suffisait encore pas, il s'avère que demain le 19 c'est l'anniversaire à Marco !!
Le pauvre il s'en prend une de plus, je m'en sors bien sur ce coup là !!


A minuit pétante toute la bande de potes à Marco se rappliquent, ils sont venus pour souffler les bougies et arroser l’événement !! Ce sont ses copains les grains qui jusqu'au bout ne nous lâchent pas ! Dans le quartier il n'y a personne, ils s'emmerdent alors ils s'en prennent à nous, lâchement.
Après en avoir essuyer deux, nous renonçons à cette fête nocturne, on met le moteur et partons nous coucher.
Plusieurs fois nous pensons que nos copains sont rentrés chez eux, alors on remet les voiles.
Mais ils reviennent en nous voyant, alors on remet le moteur et ainsi de suite !!!


Distance parcourue ce 16eme jour : 105 milles


Le 19/02
17eme jour


Marco entame sa nouvelle année pas dans l'état le plus frais, mais avec une douce perspective. Celle d'arriver demain. Avec la promesse d'une nouvelle terre, de bonnes nuits de sommeil, de bières fraîches et d'un petit resto, histoire fêter tout ces événements.
Il ne nous reste plus que 100 milles avant d'atteindre les côtes, nous devrions y être demain matin...
Nous finissons cette traversée au portant, avec le génois tangonné. Le vent a faibli et pour l'instant les grains nous laissent tranquille.


Une chose est sûr c'est que l'on ne s'inscrira pas pour le vent des globes. Nous ne sommes pas des aventuriers téméraires, juste de simples voyageurs. Nous n'avons pas choisi le mode de locomotion le plus tranquille, mais malgré tout cela nous offre l'opportunité d'explorer les vastes océans et ces terres magnifiques.

Le 20/02
Au lever du jour, l'île de Pâques apparaît à quelques milles devant nous.
Lorsque je la découvre mes yeux plein de sommeil s'emplissent de plein de larmes.
Quelle émotion !
Nous restons à regarder cette terre qui s'approche en sachant à présent pourquoi nous avons fait cette longue traversée.


Une île avec deux reliefs montagneux ronds de part et d'autre, une terre basse, plate au milieu. De loin elle semble pelée, mais elle est juste dénudée avec quelques touches de forêt ici et là. Sa face Nord tire sur le jaune et laisse supposer une terre aride, des falaises soulignent son contour. A l'ouest de grands champs verts aux monts vallonnés, encadrés par des palmiers et végétations plutôt surprenantes, des chevaux et un village du nom de Hanga Roa. Les fameuses statues les Moaï sont là sous nos yeux, tournant le dos à la mer.

Nous jetons l'ancre par 20 mètres de fond face à lui. Nous sommes en pleine mer juste abrités par le relief de l'île aussi malgré l'absence de houle, ça roule un peu . Il n'y a qu'un autre bateau ici, un catamaran de Français qui viennent nous accueillir. Ils nous offrent du pain et un ananas en signe de bienvenue.
Juste à côté se trouvent des spots de surf qui fonctionnent avec des houles plus importantes. Mais déjà là il y aurait de quoi s'amuser.
Trop fatigués pour rejoindre la terre nous nous endormons.


Le 21/02
Le village est joli, propre, l'influence Polynésienne est présente.
Nous rejoignons les statues le long de la côte. Dans ce milieu aux notes Irlandaises, les Moaï semblent veiller à la protection de l'île. Ces statues sont massives, imposantes, le temps a coulé sur elles sans éroder leur esprit mystérieux.
Une puissance émerge de ces empreintes d' ancienne civilisation et nous éprouvons naturellement une sorte de respect.
L'air est frais, vivifiant, c'est un plaisir que de se remplir les poumons, les yeux de ces changements.