vendredi 21 août 2015


Le 18/08/2015




L'arrivée de l'Aranui n'a pu garnir l'unique petit magasin du village : je ne peux qu'acheter des tomates et un poulet transgénique congelé ! Ici il faut se débrouiller par ses propres moyens pour subvenir à ses besoins !





Aux Marquises l'eau de la mer est trouble, il y a nettement moins de poissons qu'aux Tuamotu et certains sont atteints de ciguatera. Du coup, Marco ramène beaucoup moins de poissons. Pour pallier à cela, nous tentons la pêche à la langouste en plongée nocturne avec le fusil. Je laisse bien volontiers ma place à Marco pour aller plonger dans ce noir absolu, je préfère assurer la surveillance et l'éclairage à l'intérieur de l'annexe. Marco rejoint les profondeurs en apnée, avec sa torche guettant les yeux lumineux convoités. Mais il ne rencontrent que des poissons endormis. A la surface, par contre, plein d'yeux fluorescents me regardent et tournent autour de moi sans que je puisse en identifier l'origine... Les apnées de mon homme se font de plus en plus longues avec l'expérience et je dois dire que parfois je les trouve un peu trop longues, surtout dans l'obscurité totale...
Il m'en aura fait faire de ces trucs, celui-là !!!



Mon chasseur est toujours à l'affut de tuyaux pour nous ramener de quoi bouffer. Il entend parler par les locaux de la chasse à la chevrette. La chevrette est une espèce d'écrevisse, crevette vivant dans l'eau douce. Après avoir glané les informations nécessaires, nous achetons un pic à chevrette, nous lui fabriquons un manche, en allant couper une branche d’hibiscus ( souple et solide) et nous voilà partit à la rivière. En principe c'est plutôt de nuit qu'il faut y aller, mais mon chasseur veut se faire la main...
Je rigole en le voyant à poil avec son masque et son pic à chevrette dans quelques centimètres d'eau, arpentant la rivière !


 Mais sa ténacité est gagnante, il arrive à nous en ramener quelques unes, qui finirons à la poêle le soir même : un pur délice !!!
Nous avons ouïe dire que de l'autre côté de l'île les chevrettes sont deux fois plus grosses. Qu'à cela ne tienne, nous préparons notre expédition... Pour se rendre à la baie de Ouia, il faut juste gravir la montagne (1000mètres) suivre une crête et redescendre jusqu'à la mer. C'est là, qu'à vécu Thor Heyerdahl et sa femme. Je vous conseille d'ailleurs vivement ses livres extraordinaires comptant ses aventures sur un radeau dans le pacifique et son vécu ici aux Marquises «  Kon Tiki et Fatuiva.. »



19/08
Dès que le soleil se lève nous entreprenons la montée, chargé d'un sac à dos avec tente et quelques victuailles. Notre raid commence. A vrai dire c'est plus que raide !





Le semblant de sentier est recouvert par la végétation et c'est avec le coupe coupe qu'il faut se frayer un chemin.

La terre est détrempée ce qui facilite grandement les chutes surtout à la descente. On se met de bonnes gamelles en se raccrochant aux herbes ou branches, ou on finit notre chute arrêté dans un arbre plus bas !!!
Le paysage est néanmoins magnifique, nous traversons différentes strates de végétations, selon l'altitude : herbes, fougères, forêts tropicales, forêt de bambou, roches... La végétation est dense, luxuriante : beaucoup d’énormes manguiers sauvages ( on regrette que cela ne soit pas la saison!), des orangers...








Après plus de 7 heures de marche sportive, nous arrivons enfin dans la baie où se trouve un campement établit par les gars qui viennent faire le copra.


 On se demande comment ils peuvent accoster sur cette côte Est, en voyant les grosses vagues qui viennent s'éclater sur les galets ?
A peine arrivé, les moustiques, les nonos se jettent sur nous avec voracité. Nous plantons rapidement la tente pour aller se mettre à l'abri de ces saloperies, et reposer un peu nos gambettes.


L'heure de la chevrette a sonné, la nuit est là. Un ruisseau se trouve juste à côté du campement, armés de nos pics, nous allons chercher notre diner. Marco va explorer les lieux avec sa frontale, plein d'yeux brillants de chevrettes clignotent, mais il y a également, d'énormes anguilles de plus d'un mètre quelque peu effrayantes. Elles n'hésitent pas à venir mordre et attaquer le pic que Marco leur tend afin de les repousser. Elles ont des têtes énormes, la gueule menaçante, des dents acérées, l'idée d'aller patauger avec elles ne me tente pas vraiment... Mais voyant Marco qui ne cesse de ramener les bébêtes convoitées, je me mets de la partie. Il faut être rapide et viser juste, car les bestioles sont vives !!! C'est mieux que la pêche aux canards des fêtes foraines ce jeux là !


A deux, on fait un carnage et de quoi se faire une bonne ventrée ! Une vieille poêle, un bon feu, et le fruit de notre chasse assurent notre régal. Et pour décor : des étoiles argentées, un feu crépitant et sa bonne odeur de bois, la musique du ressac et des criquets... Quelques yeux s'illuminent non loin, peut être des cochons sauvages ou des chèvres ?


Le lendemain, ce n'est pas aussi doux, il faut à nouveau crapahuter et le début est vraiment hard !!!
Entre coups de chaud, coups de pompe, chutes dans le décors, on arrive après 8 heures au bateau. Exténués, déshydratés, des ampoules plein les pieds, des bleus, mollets et bras lacérés par les herbes coupantes, mais contents ! Quoiqu'un peu trop long pour les marins que nous sommes !


Marco bénit la sainte vierge de nous donner de l'eau...


samedi 15 août 2015

EN ROUTE POUR LES MARQUISES



Le 06/08
Nous arrivons à la passe au lever du jour au moment de l'étale, une sortie tout en douceur...
Nous laissons derrière nous les eaux turquoises du lagon qui commencent à s'éclairer, et retrouvons le bleu outre mer du large. Le vent du Sud nous amène une bouffe de fraîcheur et je dois même mettre un sweat ce matin ! Nous hissons les voiles et pouvons mettre le régulateur d'allure au 90°. Nous sommes au travers, peu de houle, vent quelque peu asthmatique...
Nous longeons Raraka, mais pas d'arrêt...
La couverture nuageuse nous précède, nous restons dans son sillage, bénéficiant ainsi du vent qu'elle crée et de son orientation providentielle. De temps à autre, de francs rayons transpercent les cumulus, le paysage retrouve des teintes plus réjouissantes. Le bateau s'anime de bruits habituels propre aux navigations : claquements de voiles, grincement, couinements, clapotis de l'eau sur la coque... Mais le silence des profondeurs et celle de l'immensité viennent envelopper et atténuer ces bruits. Dans le cockpit ou sur le pont, on s'imprègne de cette atmosphère marine, de ses odeurs salines, laissant vagabonder nos esprits sur les contours arrondis de cette surface infinie.
En fin de journée, les oiseaux tournoient non loin de notre embarcation, laissant présager un banc de poissons... Effectivement, quelques instants plus tard, nos lignes s'agitent. Nous relevons notre première prise : un thon bien joufflu de 7kg, dont les mains expertes de mon pêcheur se chargent de le tuer et de le saigner. Sur l'autre ligne : le copain, mais encore plus balaise ; celui là, est décroché avec soin et libéré. Nous ne savons pas si nous arriverons à tout manger tellement les filets sont imposants. Cette chaire rouge et chaude a une odeur forte et tenace. Il faut dire que nous en avons tellement pêché et mangé durant nos longues traversées, qu'à présent on en est un peu écoeuré.
Mais comme côté frais nous n'avons plus rien à nous mettre sous la dent, on s'en contente...
Distance parcourue ce premier jour : 112 miles


Le 07/08 2eme j
Le vent toussote, crachote, s'essouffle durant la nuit ; nous mettons le moteur. Son bruit assourdissant, étonnement, nous aide à mieux dormir. Le ronflement régulier est si fort qu'il couvre tous les autres bruits du bateau, aussi nos têtes calées contre la paroi vibrante trouvent elles un peu de repos. Cette nuit, nous avons pu nous faire chacun notre tour, une tranche de 3 heures de sommeil, ce qui est bien ! Les quarts se font dans un noir absolu, pas une lumières, pas une étoile. Nous naviguons tels des aveugles, avec comme seuls repères pour tracer notre route, des petits cadrans lumineux où s'affichent des chiffres. J'ai parfois le sentiment d'être seule au monde, enveloppée dans le noir manteau de la voûte céleste, cela me donne la chaire de poule...
Au lever du jour, la grisouille enveloppe à nouveau notre univers, Nous suivons toujours la zone nuageuse. Qui produit le vent en notre faveur, il a repris un peu du poil de la bête mais demeure quelque peu inconstant. Les voiles nous propulsent toujours plus au Nord Est.
Distance parcourue ce 2eme j : 120 miles





Le 08/08 3eme j :
Cette nuit le vent forcit et des grains s'enchaînent, nous obligeant à rester dans le cockpit pour contrer la puissance des rafales sur le régulateur d'allure. Le vent tourne davantage au Sud Est, nous sommes travers- bon plein, les vagues peuvent ainsi nous montrer ce qu'elles ont dans le ventre en cognant sur la coque. Trouver un bon calage pour dormir, s'avère mission impossible. Le cerveau de toute façon reste en activité de surveillance, s'il s'assoupit quelques secondes, les impacts se chargent de lui mettre une décharge de réveil.
Au matin, les grains nous lâchent. Nous retrouvons un vent plus régulier et le soleil vient lécher nos têtes endormies. Un petit thon s'accroche à la ligne, mais nous le remettons à l'eau, en espérant qu'une Coryphène vienne nous rendre visite...
Notre téléphone irridium assurant la prise météo, est hors service depuis l'année dernière. Du coup Marco tente chaque jour de s'informer sur les prévisions avec sa petite radio sur Polynésie Première. Il tourne dans tout l'espace du bateau et à l'extérieur pour tenter de capter les ondes. L'oreille collée au poste, il reçoit parfaitement les grésillements et les bruits parasites, mais un peu moins la voix. Parfois les mots magiques arrivent par cette boîte avec toujours le même refrain depuis que nous l'allumons :
« Vent de secteur Est 17 à 21 nœuds, rafale à 30 nd. » En fait, on se demande pourquoi nous écoutons cette météo locale qui invariablement annonce toujours la même chose ! On peut pas dire que côté météo, ils soient à la pointe ici ! Mon frère Robin de France, nous donne de biens plus fiables prévisions par texto ( lorsque nous pouvons avoir une connexion téléphonique).
Nous savons qu'en s'approchant des Marquises nous aurons droit à des alizés musclés d'Est. C'est pourquoi nous remontons vers les îles du Désappointement, afin de conserver un bon angle pour les derniers jours.
Le manque de sommeil nous colle aux basques, mais nous n'arrivons pas à dormir. On connait cet état propre aux traversées et c'est certainement ce qui nous rebute un peu.
En fin de journée le vent prend des tours et vire davantage à l'Est, nous obligeant à réduire rapidement toutes les voilures. Nous prenons 2 ris à la grand voile, mettons le tourmentin. Une grosse mer se forme, certaines crêtes déferlent, le ciel s'assombrit et les rafales s'intensifient.
Un service de douche efficace se voit assuré à l'extérieur, et à l'intérieur la station debout se voit proscrite. Des objets bien identifiés volent dans l'habitacle, les placards s'ouvrent, se déversent.




Le 09 /08 4eme j
Cette nuit, nous sommes au près, voile réduite au maximum afin de ne pas avoir à trop sortir pour assister le régulateur. Ni Marco, ni moi, n'apprécions les douches nocturnes et nous ne tenons pas à nous faire pousser par une vague dans le chaudron noir bouillonnant. Le shaker est en route : nos pauvres corps se font bien secouer : l'appétit se réduit, tout comme les déplacements, le sommeil, le temps de parole, également.... Chacun reste dans son coin silencieux, calé comme on peut dans nos cabines, attendant que cela passe. Nous expérimentons allongés la pression, l'apesanteur, la lévitation, la force centrifuge, la compression, le balancement sous toutes ses formes... Les courbatures apparaissent au niveau du cou, des épaules, hanches... juste pour maintenir la position horizontale !!!
En fait, nous sommes en train de traverser la zone de convergence que nous suivions. Grâce à elle nous avons pu bénéficier de vent porteurs durant ces 3 derniers jours, à présent, nous en subissons ces méfaits. C'est la rançon !


Le 10/08 5eme j
Vent, rafale, pluie, houle se déchaînent. Cette nuit, il nous faut éponger les cales remplies d'eau de mer s'infiltrant par les coffres. Durant mon quart, le bateau empanne d'une façon soudaine. Dans le cockpit on s'agite pour redresser au plus vite la situation. Le pilote à vent a perdu la boule et tente à nouveau de nous refaire le même coup. Nous devons le relever et constatons qu'il y a un problème à la pale dans l'eau. L'intervention nocturne est trop risquée avec le violent tangage, les vagues qui passent par dessus bord, on verra ça demain, en attendant on branche notre petit pilote à bras.
On est épuisé, je finis par tomber quelques petites heures dans un sommeil agité.
Au matin, le décor n'est guère plus réjouissant que la veille : Une grosse mer grise, noire, reflète le ciel. Son mouvement ne nous permet plus de rester en position debout.
Marco met son harnais pour aller réparer le pilote dont les vis se sont desserrées. Au passage, il remet une ligne de traîne et se prend un seau d'eau en pleine gueule. Ce qui me fait rire, mais lui un peu moins.
« Putain c'est bon, là j'en ai marre, je me demande vraiment qu'est ce qu'on fout là. Non mais, tu vois pas l'enfer ! On ne dort plus, on peut même pas se tenir debout ou sortir... Je me demande quel plaisir on peut à avoir à naviguer ? »
On regagne nos cabines avec une certaine morosité pour de petits roupillons de 10 à 15 minutes. Dans l'après midi, j'entends un hurlement couvrant le barouf, je sors. C'est là que je me rends soudain compte de ce qu'inclinaison veut dire ! Marco a les deux mains sur la barre, debout en appuis sur le siège du bas, prêt à plonger en avant, le rail de Fargue dans l'eau, le bateau couché. Il n'arrive plus à le redresser tant la pression sur la barre est importante : la rafale de 35 nœuds, ne l'aide guère !
Il faut affaler une voile, le plus rapide c'est de tomber le tourmentin ! Je prends la barre tirant de toutes mes forces, pendant que Marco gagne l'avant se cramponnant à ce qu'il peut.
Une fois la voile affalée, ça va un peu mieux. Mais le vent continue d'hurler, l'océan répand sa rage noire et se déchaîne sur la surface de l'eau. C'est effrayant !


Le 11/08
Notre optimisme, voudrait que cette nuit soit plus clémente, mais elle est encore pire. Bien que nous ne sommes pas au cœur d'une tempête, loin de là, nous avons l'impression d'en vivre une, tant la mer est dégueulasse et traître. Les vagues passent par dessus bord et se répandent copieusement dans nos coffres, par les moindres interstices, inondant les cales du bateau et même la cabine avant. ( je ne parle pas de mon lit aussi) Toutes les demi heures, il nous faut écoper. Chaque sortie à
l'extérieur se solde par un seau d'eau en pleine poire. Le roulis a pris une intensité indescriptible, un cauchemar. Les grains s'enchaînent, le vent et les rafales ne faiblissent point.
Toutes manœuvres de voile sur le pont : hisser et affaler la grand voile, par exemple, sont redoutées... Avant de sortir on s'attache à la longe, on se répète la manœuvre à effectuer et courageusement on va se faire mouiller et rouster.
Aucun répi ne nous sera accordé jusqu'à fin. Nous avons un drôle de teint verdâtre. Marco me dit que l'on dirait que je viens de me prendre deux gnons dans les yeux, s'il voyait sa tronche, il ne la ramènerait pas...
Transperçant l'aube et les nuages, notre vue s'arrête enfin sur une île au relief surprenant. Fatu Hiva se rapproche, pour le moment tout paraît austère, avec ces teintes sombres autours de nous. Deux dauphins viennent cependant, nous faire un joyeux accueil.

Nous hésitons entre deux mouillages, un plus abrité du vent, mais avec de la houle : Omoa, ou un sans houles mais avec de bonnes rafales : celui de la baie des Vierges. Ce dernier est mythique, tout navigateur arrivant de la trans-pacifique s'y arrête. On dit que c'est un des plus beaux mouillages au monde côté décor. On opte pour celui-ci. A cette période de l'année le flot de bateaux est partit vers d'autres rivages, étant à contre courant de ce flux, nous devrions trouver aisément une place au mouillage.
Lorsque nous découvrons cette petite baie nous sommes éblouis !


De hautes montagnes vertes l'encerclent, des pitons, des roches aux formes surprenantes, des cocotiers, des vallées étroites verdoyantes : un véritable décor de cinéma. L'eau est lisse, malgré les bonnes rafales qui descendent des hauteurs, que de contrastes en quelques minutes. Deux autres bateaux sont là, nous arrivons aisément à trouver notre place au premier rang. Marco doit plonger toutefois plonger pour positionner l'ancre dans le sable. Epuisé, il trouve quand même le force de déplacer l'ancre sous l'eau en marchant par 10 mètres de profondeur  ! Il ne cesse de m'épater mon ptit gars...
Malgré notre fatigue et cette navigation bien difficile, nous sommes soulagés et heureux d'avoir atteint les rivages de notre rêve Polynésien, celui des Marquises !!!





La baie des Vierges était autrefois nommée la baie des Verges, nos missionnaires se sont empressés de rajouter un i, pour détourner l'esprit trop évocateur de ce mot. Mais ce i n'enlève en rien l'insolence et la majesté de ces gros pitons dressés. Le petit village niché au bas de parois verticales accueille 500 habitants. Les petites maisonnettes sont fleuries entourées de végétation dense et d'arbres fruitiers : citronniers, orangers, papayers, pamplemoussiers, manguiers... Mais hélas, ici on ne trouve pas de légumes, personne ne cultive. L'abondance de fruits semble suffire aux besoins.
Nos premiers pas à terre ressemblent à ceux que l'on pourrait faire sur la lune : nous avons du mal à marcher droit, tout tangue, les odeurs nous assaillent avec intensité, les couleurs se plaquent sur notre cerveau créant des troubles de la vision... Une sorte d'ivresse se distille au plus profond de nous, le terrien retrouve ses repères et la joie l'envahie.



Pour s'imprégner davantage de la terre, nous rejoignons le lendemain, une cascade dans les montagnes pour y prendre un bain. Un véritable bain de jouvence, de fraîcheur où finissent de se dissoudre les dernières trace de cette traversée difficile.



On dit que plus on descend bas, on monte haut ! Là, cela se vérifie. Notre état de bien être atteint son paroxysme.

Nous ne tardons pas à faire la connaissance des autres navigateurs. A cette époque il ne reste plus que les baroudeurs ayant épousés la mer depuis de longues années. Aussi c'est toujours un régal que d'entendre leur récits et aventures.
Au village, nous sommes très sollicités par les habitants. On troque ainsi des cartouches de fusil contre du miel. Marco va réparer le branchement d'un congélateur contre des bananes et fruits, chez un autre une lampe torche, on échange des piles et toute sorte de petites choses dont les gens ont besoin. Ayant réparé les branchement électriques du congélateur, cela lui vaut le titre de réparateur électricien, frigoriste, du coup son carnet de rendez vous se remplit !!!
Le fait, que ce lieu soit fréquenté par le tourisme à une certaine période de l'année a créé des envies et besoins qu'ils n'avaient pas avant. Par exemple : c'est le seul village où les enfants demandent des bonbons...
L'appel de la terre est fort, aussi chaque jour, nous partons crapahuter dans ces lieux de splendeur et achevons la journée par un bain dans les rivières ou cascades.



Etonnement, bien que nous soyons plus proche de l'équateur nous avons moins chaud qu'aux Tuamotu. Le haut relief retient les nuages et un courant d'eau frais circule dans ces mers, amenant ainsi une température raisonnable de 25° à 28°c.
Nous avions craint que notre passager le gecko se soit fait emporter par les flots lors de notre traversée, mais non, il est là, tout aussi amaigris que nous, mais bien vivant ! Ses ventouses ont dû lui sauver la vie, à moins qu'il n'ait trouvé refuge dans un coin des toilettes proche de son garde manger : les fourmis. ( Elles nous accompagnent depuis Raïatéa).


L'Aranui, un cargo effectuant la livraison de marchandises entre Papeete et les Marquises vient de débarquer au mouillage, avec 200 passagers à bord. Depuis quelques années l'Aranui propose une sorte de croisière découverte des différents archipels, tout en transportant matériaux et nourritures.
L'arrivée de ces touristes met le village en ébullition, des stands de sculptures sont installés sur les quai, des danses leur sont offertes. Tout ce petit monde ( constitué principalement de personnes âgées) découvre le temps d'une journée un lieu différent avec quelques animations proposées à chaque escale.

dimanche 9 août 2015



Le 29/07



Le village de Fakarava est l'endroit le plus habité, animé par  lequel nous sommes passés depuis ces derniers mois. Ce retour à la civilisation nous procure un drôle d'état. Nous sommes comme saouls! Trop de monde d'un coup, d'informations visuelles. Des touristes en maillot de bain passent à vélo, à pied, on croise des locaux que nous avons à peine le temps de saluer. Dans les petits villages, on s'arrête, on échange quelques mots, là, la coutume disparait avec l'afflux touristiques. Nous quittons le village le lendemain de notre arrivée, pour rejoindre le Sud de Fakarava : 50 km dans le lagon, avec même, un chenal matérialisé. La navigation est parfaite, pas de houle, 15 nœuds de vent, au largue, nous glissons tout en douceur et l'on s'en étonne !  Ce genre de navigation est pour tout dire tout à fait inhabituelle, seul aux Roques au Venezuela dans le lagon, nous avions connu cela ! » Marco me déclare : « Il y en a qui payerait des millions pour naviguer ainsi ! »  Nous jetons l'ancre à Hirifa, aux abords d'une jolie plage de sable rose, que nous trouvons à notre goût, trop habitée : 3 cabanes s'y trouvent ! On devient de véritables sauvages... Mais pour tout dire, actuellement, nous sommes plus à la recherche de lieux isolés où nous pouvons pêcher. Le lagon de Fakarava est atteint de ciguatera et l'on ne peut manger le poisson sous peine de chopper la gratte. En discutant avec les anciens, nous apprenons que la ciguatera est apparue juste après les essais nucléaires, quelle coïncidence ! A  Fakarava, elle a vu jour lorsque les premiers bateaux venant de Mururoa sont venus nettoyer la coque de leur navire en ces lieux. Les recherches spécifiques sur la ciguatera ne font pourtant pas de relations entre les essais nucléaires et ce problème... Toujours est-il que de nombreux atolls sont maintenant touchés et que les habitants en font les frais. Leur unique ressource est menacée, les cancers se multiplient, mais ce qui est rassurant c'est que nous sommes mieux en mieux armés. Pour nous détruire mutuellement!  


Le 29/07 au 05/08 
Nous décidons d'aller mouiller à la passe aux sables roses. 



Cependant c’est des couleurs plutôt grises et ouatées qui nous enveloppent. Les lieux nous apparaissent sous un jour différent, on se croirait presque aux Samblas ou au Panama, avec cette lourde chape nuageuse. Le slalom  au milieu des patates s'avère délicat sans l'éclat habituel de l'eau. Une zone de convergence, accompagnée de dépressions se pointe ; nous essayons de trouver le meilleur endroit pour se protéger de la houle et du vent. Marco a bien étudié le terrain aussi nous faufilons nous dans ce labyrinthe entre sable et coraux. Le vent possède de fortes chances de basculer soudainement d'une direction à l'autre. Nous connaissons ce phénomène, pour s'être déjà fait piégés plusieurs fois et avons trop baignés dans la frayeur. A présent, nous bénéficions des motus d'un côté et de l'autre une langue de reef qui devrait casser la houle. Nous ne pouvons guère faire mieux en tout cas nous n’imaginons pas d'autres solutions!  En attendant, nous allons découvrir ces nouveaux motus à pied.



 Quelques rayons illuminent les motus, l'eau s'éclaire de bleu turquoise intense et de dégradés subtils. 

Les petits îlots apparaissent comme dans les rêves les plus audacieux. Cerclés d'une  bande de sable rose saumon, les cocotiers éclatent dans cette splendeur.


 Une autre surprise nous attend dans la passe. Celle-ci est réputée pour la plongée dans le monde entier, surtout pour son fameux mur aux requins. Nous n'avons, hélas, pas de bouteilles de plongée, mais avec un simple masque, nous nous laissons porter par le courant rentrant, accrochés à l'annexe. Le fond n'est qu'un tapis grouillant de requins gris effectuant un ballet.  Ces gros prédateurs sont majestueux, des reflets bleutés soulignent leur ligne élégante. Une telle profusion nous laisse pantois. Sur le tombant au large, nous pouvons admirer en plus d'énormes thons, des barracudas monstrueux, des Napoléons replais, de gros mérous... Nous sommes émerveillés et excités comme des gamins, du coup, dès que la marée nous le permet, nous retournerons chaque jour assister à ce ballet aquatique.  

Etonnement, très peu de bateaux se sont arrêtés dans le coin. Peut être parce que nous sommes à contre courant par rapport au flux, seuls 2 autres bateaux sont au mouillage. 


Nous faisons la connaissance de 2 Raahans ayant chacun un petit bateau de 9 mètres. Ils sont jeunes, ils sont beaux, musclés, bronzés à souhait, sympas... Ils sont Français, ils ont traversé les océans et ont atterri aux Tuamotu. Ils vivent en donnant quelques cours de kitte, en faisant du charter pour les jeunes aux petites bourses en soif d'aventure. Ils surfent, plongent, font du paddle, du kitte, de la chasse sous marine pour manger, ils sont libres et heureux. En fait il font plaisir à voir... L'apéro en leur compagnie me renvoie à ces moments partagés avec mes enfants où l'on boit un grand verre de gaité, de fraîcheur, où l'on picore des pépites de malice, de jeux...
Cette jeunesse intrépide n'a peur de rien. L'autre jour Raahan1 chassait, il transperça de sa flèche une petite carangue. Elle resta donc sur le fil en nageant autour de Raahan lorsque les requins en quelques secondes ont déboulé et pris de frénésie n'en n'ont fait qu'une bouchée. Raahan fut bousculé, reçu des coups de queue et son bras fut éraflé par la peau de l'un d'eux venu se frotter un peu trop près.
Tout à l'heure en rentrant de la chasse, Raahan 2 a accroché la tête d'un poisson à une corde au bout de son paddle, il a pu ainsi se faire tracter quelques secondes par les requins en rigolant. Le matin au réveil, ils montent au mât et sautent dans l'eau. Toute la journée les activités s'enchaînent, ils s'ébrouent comme de jeunes chiens fougueux.
Un jour, Marco se joint à la joyeuse bande à Raahan pour aller chasser dans la passe. Ils vaut mieux plonger à plusieurs dans ce genre d'endroit pour assurer la sécurité de celui qui tire. D'ailleurs la situation ne tarde pas à se présenter. Raahan 2 use de sa gâchette, et harponne une carangue qui attire rapidement une vingtaine de requin. L'un d'eux s'empare en une bouchée de cette proie facile, emportant, par la même occasion, le fusil que Raahan n'a pu retenir. Marco se met à la poursuite du requin dans l'espoir de récupérer le fusil du copain. Le requin ayant finit de se curer les dents avec la flèche abandonne son fardeau, Marco récupère l'arme par plus de 20 mètres de fond. L'odeur du repas fraîchement ingéré flotte dans ces eaux, aiguisant l'appétit des prédateurs. La chasse devient sportive : Marco tire à son tour une grosse carangue, qu'il remonte à une vitesse supersonique, ne laissant aucune chance aux requins gris de venir lui piquer... Cependant les drôles commencent à être un peu trop excités, la bande à Raahan abandonne la partie.




Le vent se renforce, durant la nuit il bascule au Nord sans égard pour notre sommeil. Le bateau est bien secoué, tout comme nos méninges. La journée s'établit sous un ciel gris où des grains se succèdent. Le vent tourne dans tous les sens, s'essouffle la nuit suivante et revient avec plus de vigueur. Nous avons la chance d'avoir une connexion internet, de temps à autre, ce qui nous permet de suivre l'évolution du phénomène. En observant les prévisions des jours suivants, nous constatons qu'un vent inhabituel du Sud arrive.

Marco me dit :
«  Ca ! ça ce serait des conditions parfaites pour aller aux Marquises ! »
«  Et bien pourquoi n'irions nous pas ? »
C'est vrai ça, les Marquises font partie de notre rêve Polynésien et ne sachant pas ce que nous réserve l'avenir, pourquoi ne pas y aller là, maintenant ???
Qu'à cela ne tienne : un peu plus de 1000 km à faire, en 6 jours de mer nous pourrions rejoindre Fatu hiva, notre première destination. Vu l'orientation du vent, nous ne serions pas obligé de faire du près serré, donc une navigation plus tranquille. Il est vrai qu' à présent, nous appréhendons un peu les longues traversées, mais l'idée de découvrir de nouveaux décors nous donne davantage de courage. A bientôt sous de nouvelles latitudes...








 
Le 10 Juillet
Partout en Polynésie lorsque tombe la nuit, la musique s'éveille dans les villages. Les tamtams, les ukulélés te to'ere, un instrument de percussion polynésien, résonnent  et ce soir, les danseuses sont de sorties. Elles répètent en vu du 14 Juillet. Cet événement est largement fêté, ici, on l'appelle la Heiva. Notons que toutes fêtes intéressent les polynésiens ! Nous allons donc voir les jolis popotins en paréo bouger au rythme cadencé. Les déhanchés sont impressionnants... 


Le vent commence à forcir aussi, il faut déguerpir et trouver refuge aux motus de l'Est. L'un deux attire notre attention du fait qu'il y ait des filao, arbres à aiguilles longues, aussi on jette l'ancre à proximité. Le vent développe un joli bruissement dans les aiguiles. Il y a une cabane à copra, noix de coco, mais personne n'est là. En marchant sur le reef, nous trouvons une bouteille de plongée ramenée par les vagues. N'étant pas équipés pour la plongée et ne voulant pas charger davantage le bateau, nous décidons de la ramener devant la cabane : cela sera une surprise... Après deux nuits un peu agitées, le vent se calme. Nous en profitons pour rejoindre la passe à l'Ouest en vu de notre départ demain. Mais avant de partir, nous voulons aller plonger dans la passe. Au préalable, nous nous rendons à pied le long de celle-ci pour vérifier que le courant soit rentrant. Si non, on a vite fait de se faire emporter au large et adieu va... Les conditions semblent bonnes après nous être équipés nous remontons en annexe le courant jusqu'à la sortie de la passe. On saute à l'eau avec palmes, masques, tubas et accrochés à l'annexe nous nous laissons porter par le courant en ouvrant grands les yeux... Et ben là c'est du gros !!! des bans de barracudas de plus d'1,50m, des nuées de carangues de toutes espèces, des énormes mérous, des requins gris, des murènes géantes, des napoléons... On hallucine ! Marco devient fou, il plonge en apnées au milieu des carangues, les appelle, comme il sait le faire, en émettant un son guttural. Elles viennent tout autour de lui. Je regrette de ne pas avoir un appareil photo qui va dans l'eau car c'est magnifique de voir cela du dessus. On est tellement excités que l'on refait 5 fois la passe, jusqu'à ce que le courant devienne trop fort et que je commence à grelotter. L'eau n'est qu'à 26°c et même avec une combinaison j'ai l'onglet à tous les doigts... Marco se fou bien de moi, mais en voyant mes lèvres violettes, il abdique. 


Le 15/07
Nous ne pouvons sortir de la passe avant que le jour ne soit là, le seul problème c'est que l'étale était présente il y a quelques heures. Nous nous approchons de l'unique passe de sortie de Tikehau dès le premier rayon de soleil. En voyant l'état de celle-ci, avec d'énormes remous et des crêtes blanches à la sortie, genre mascaret, on se doute que le courant est déjà fort. Marco me dit avec son tact légendaire, en voyant mon stress: « - Quand ça moutonne comme ça, c'est qu'il doit y avoir un bon jus, mais ça va aller, on a pas le choix de toute façon si on attend, on risque de devoir faire toute la route au moteur, bon, on risque de bien se faire secouer, alors on va fermer tous les hublots, et surtout pense à toujours rester dans l'axe des repères !!! » Super ! Je suis tout à fait rassurée, j'ai juste l'estomac qui se serre, les jambes qui tremblotent en regardant la barre de courant qui nous attend ! Je me défilerais bien, mais Marco commence à gueuler... J'ai l'impression de me retrouver jeunette au départ d'une compétition de descente à ski ! T'as pas envie d'être là, t'as les pétoches, mais faut pourtant il faut te lancer... N'écoutant que mon courage et ma témérité, je mets plein gaz  afin de garder un minimum de contrôle du bateau. Si je m'écoutais, je mettrais la marche arrière... Nous voilà propulsés dans le courant, étonnement je garde bien le contrôle, la sortie nous réserve néanmoins une petite séance rodéo qui nous éjecte hors du lagon  telle une comète... OUFFF !  Nous quittons Tikehau avec le sentiment d'être comblés. 
L'origine du mot Tikehau signifie en polynésien : l'homme en paix. Cet atoll porte bien son nom, nous avons pris plus qu'un bol de paix, durant ces 6 semaines, un vrai bain...  Je dois reconnaître que Marco a bien choisi la météo, les conditions sont superbes : doux alizés de Nord-Est qui nous permettent de faire cap sur Toau en un bord de près bon plein-travers. Peu de houle, aussi nous continuons à nous prendre pour une comète. Une comète ayant quelque peu ralentie sa course à 6 nœuds! Nous longeons Rangiroa à la voile, là où les essais nucléaires français avaient lieu de 1966 à 1996. C'est le deuxième plus grand lagon au monde avec 80 km de longueur. Le rivage est bordé de plage avec des roches volcaniques. Peut être reviendrons nous voir ça de plus près à l'intérieur du lagon. Plus tard ? En fin d'après midi, nous tombons sur un banc de thons qui viennent mordre sur toutes nos lignes. Nous en remontons 3 à bord. Nous en réservons 2 pour les donner. Un rayon vert vient clore cette belle journée. 


Après 30 heures de navigation, nous arrivons à Toau ; un atoll où se trouve une fausse passe dans laquelle nous pouvons nous amarrer à une bouée.


                (Photo de notre bateau prise dans la baie de Toau par notre pote Italien à l'aide de drone.)



Nous ne sommes donc pas dans le lagon, mais en pleine mer, toutefois très bien abrité du vent et de la houle. C'est un lieu prisé par ceux qui arrivent des Marquises, en particulier des Américains car il n'y a pas de passes à franchir. Nous sommes surpris de ne trouver personne, surtout à cette époque ! Il y a 6 habitants dans tout l'atoll, une famille vit ici, il y a même une petite pension. En ce moment, tout est désert. L'eau est cristalline, aussitôt arrivés nous allons découvrir la barrière de corail et ses occupants. Un véritable jardin aquariumisé. De nouveaux remoras, poissons à ventouse qui servent de pilote aux requins et qui à présent squattent sous le bateau. 




Il y a toute une armada de gourmands que l'on dompte avec de la nourriture, ils viennent manger dans nos mains, gare aux doigts... Mais leur régal, ce qu'ils préfèrent c'est la crotte... Nous avons un nouveau compagnons de voyage à bord, un petit gecko parachuté par on ne sait quel moyen ! Il nous a choisi, alors on accepte sa présence, sachant qu'il nous débarrassera de moustiques, mouches... En fait c'est l'animal de compagnie rêvé, on a pas à s'en occuper et il fait son job. Bon il est encore un peu farouche, mais je suis sûre que l'on arrivera bientôt à le domestiquer... Comme toujours, après les nuits en mer où le sommeil se restreint à 2 ou 3h, nous sommes bien claqués, aussi pas de bamboula nocturne ce soir ! 


Le 17/07/15
Nous allons à terre donner notre poisson et une pastèque aux habitants du lieu. Un papy à la longue barbichette blanche de 30 cm et une meute de chiens nous accueillent. Il est seul sur le motu et tous les autres sont partis livrer poissons et langoustes à Fakarava avec leur bateau. « - Langoustes ? il a bien dit langoustes ? » Du coup, nous allons faire un tour à pied autour des différents motus pour repérer les platiers en vu de chasse à la langouste. Ces lieux sont vraiment sauvages, de grands reefs parsemés de coraux vivants s'étendent à perte de vue. Nous marchons sur un plateau de couleurs dont le rose domine. Partout où se pose le regard, il se nourrit. Des bouquets de fleurs de corail aux teintes irréelles jaillissent : violets, jaunes, roses intenses, ici et là des oursins crayons, coquillages.

 La création nous révèle une fois de plus sa perfection. Et dans l'eau, en plongée, c'est l'euphorie. Marco  part chasser, il a l'embarras du choix. Sachant que j'apprécie particulièrement les Carangues, il en tire une, mais elle se décroche. Le temps qu'il réarme son fusil, 4 requins surgissent et la dévore. Il se rabat donc sur une autre ne leur laissant pas le temps, cette fois, de venir lui piquer sa proie. Il la sort rapidement de l'eau. A la nuit, nous partons avec nos frontales, accompagnés de notre nouveau copain le tueur : le chien pêcheur. Celui-ci nous a adopté dès notre première rencontre, il nous suit partout. Tous les chiens ici sont élevés aux poissons, ils n'ont certainement jamais goûté à la viande... Aussi, notre chien a appris à les attraper. On s'étonne de le voir courir, sauter sur les coraux acérés sans se couper les coussinets ! Sa technique est au point et il ne manque pas de ramener à nos pieds de beaux perroquets. Nous les remettons à l'eau sous ses yeux chargés d’incompréhension. « Nous sommes là pour la chasse à la langouste et non aux perroquets mon pote... » Notre tueur nous ramène même, le jour suivant, un petit requin...



 La marche est délicate dans l'eau jusqu'aux cuisses, avec les vagues, les trous, parfois des failles de quelques mètres de profondeurs. Mieux vaut garder les yeux bien ouverts. Malgré les précautions, je glisse et me vautre sur les coraux coupants, heureusement que j'ai une combinaison et des gants. Ce soir, aucunes langoustes ne daignent se montrer malgré les kilomètres de reefs que nous arpentons. 

Il nous faut peut être songer à porter des lunettes de vue. Marco trouve néanmoins, un trésor : une grosse porcelaine. Finalement, cette découverte nous enthousiasme plus encore que si nous avions trouvé une langouste !  Chaque jour, nous savourons ce qui nous entoure, nous avons conscience que ce que nous vivons ici est unique : rien que le fait de ne pas avoir d'obligations, d'impératifs, d'horaires, de travail. De ne pas recevoir de factures, paperasses et j'en passe. C'est vraiment une autre vie, tout est nouveau, surprenant et simple. En fait, nous réalisons que nous n'avons jamais vécu de façon aussi légère si l’on excepte les Tuamotu. 



Là, où finalement le monde moderne n'existe pas. Là où il n'y a que la nature reine des lieux et des habitants qui la respectent et vivent selon ses lois.  Alors c'est étonnant de nos jours de découvrir des villages où l'unique commerce est une petite épicerie aux rayonnages dégarnis. Pas de bars, pas de restos, pas de pharmacie, pas de magasins de vêtements ou autres, souvent pas d'internet, pas de coiffeur. Les seules professions existantes sont : pêcheurs, ramasseurs de copra, mères au foyer, un instituteur ou institutrice, une infirmière, un maire, une secrétaire de mairie et basta. Tu veux être quoi toi quand tu seras grand ? Ici personne n'est pauvre, personne n'a faim, tout le monde a un toit. Personne n'est mis de côté, les vieux sont intégrés, respectés. Chacun travaille et contribue dans la mesure de ce qu'il est capable de faire. Il n'y a pas de pression de réussite, de devenir ou d'ambition, du coup, la quiétude, la joie, le partage rayonnent d'une intense façon. En fait, ce fonctionnement nous interpelle, car il remet en cause beaucoup de nos idées reçues au sujet du progrès. Un catamaran d'Italiens vient d'arriver. Il s'agit d'un couple avec enfant qui font du charter à bord de leur bateau, ils ont donc une autre famille avec eux. Marco, le propriétaire du cata et mon Marco décident d'aller chasser derrière le tombant. Là c'est une autre dimension, les poissons qui vivent dans les profondeurs sont quelque peu démesurés, et mieux vaut être accompagné pour chasser dans ces parages. Un banc de gros poissons leur passent sous le nez, ils en tirent un chacun et les remontent illico, les requins gris ne rigolent pas dans le quartier. Comme aucun des Marco ne connaissent ces poissons, ils vont les montrer à barbichette. «  Ha c'est con ça, c'est le seul poisson qui n'est pas bon à manger ! » Du coup, le rital nous invite à la tombée de la nuit, sur son cata pour assister au nourrissage des requins avec le fruit de leur pêche. Un bout est passé dans les ouïes, les proies sont mise à l'eau, les éclairages illuminent l'arrière : en quelques secondes une dizaine de requins (gris, pointes noires) tournent autour, se rapprochent et le carnage commence. Le plus aventureux vient goûter à la chaire fraîche déclenchant une hystérie collective. Cela saute partout, les mâchoires claquent à tout va, les mouvement sont si rapides que cela en est effrayant, l'eau bouillonne de toute part. Leur frénésie se calme un peu, lorsqu'il ne reste plus que le bout pendant à moitié déchiqueté. Les spectateurs sont médusés, chacun imagine un instant, s'il tombait à l'eau maintenant... Après ce spectacle, les Italiens nous proposent un petit apéro avant de repartir, histoire d'attendre que les eaux retrouvent leur calme. 

Chaque jour, nous retrouvons Barbichette qui nous dit inlassablement : « Demain c'est sûr la famille va rentrer... » Mais cela fait maintenant 10 jours et papy est toujours seul. Ce qui l'inquiète le plus c'est qu'il n'a plus de clopes, alors lorsqu'on lui ramène du tabac, quel n'est pas son soulagement. Il semble aussi apprécier mon pain à la poêle, la miche en entier y passe en un seul repas avec du beurre. Marco va lui chasser aussi quelques poissons. Du coup il nous donne des noix de cocos et papayes. Nous passons de bons moments en sa compagnie, lui faisant découvrir le pastis et ses vertus; il nous dit ne rien avoir bu d'aussi bon, que c'est ce qu'il préfère! Les discussions arrosées de moments de silence, nous font apprécier chaque mot et chaque gorgée. Ce personnage n'est pas commun : ses yeux noirs intenses sont animés d'une lueur malicieuse et joyeuse, deux longues dread locks blanches constitue sa barbiche, il n'a plus de dents de devant mais son sourire continuel est radieux. Chaque jour, il balaye le motu durant des heures, nourrit les cochons, il semble apprécier le fait d'être seul, peinard, de fumer sa clope dans le hamac. Il pourrait avoir de l’électricité avec le groupe électrogène de son fils, mais il n'en veut pas, il préfère une simple lampe à pétrole. Aujourd'hui la famille est enfin de retour, nous sommes invités à manger : bénitiers, poulpes, poulet, crabes des cocotiers, riz, pâtes et autres victuailles couvrent la table. Nos estomacs peu habitués à autant de nourriture se distendent et menacent d'éclater avec une bouchée de plus. Là encore, la générosité est matérialisée dans ce repas. Une grosse houle du Sud et un vent trop orienté Est, nous empêche de reprendre notre route. Alors, on patiente. Barbichette ne comprend pas pourquoi nous n’attrapons aucune langouste. Un jour, il nous dit : « Toi Marrrco tu viens ce soir, on va à la langouste et toi me dit-il en me regardant et ben, t'as qu'à rester sur ton bateau ! »  Une envie de rire nous prend, nous attendons d'être seuls pour lui laisser libre cours. La spontanéité de Barbichette ne peut qu'être bien accueillie, il n'y a aucun faux semblant et aucune méchanceté derrière. Les bonnes femmes en principe restent à la maison, c'est comme ça ! Marco revient après 5 heures de chasse avec 5 langoustes ! Enfin ! La technique de Barbichette est identique à la notre, c'est juste que, jusqu'à présent, on a pas eu de bol ! On envisage de partir ce soir, même si le vent n'a pas la direction escomptée, nous devrions ainsi arriver à Fakarava demain matin pour l'heure de l'étale. Nous rejoignons Barbichette pour un dernier apéro Pastis. Il nous a préparé un gros sac de noix de coco fraîche à emporter. « Et ben mes copains, vous allez partir et moi je suis triste » nous dit il avec sincérité. Cet homme authentique, au grand cœur, nous touche, et nous sommes émus en le quittant. Certaines rencontres laissent des empruntes indélébiles, Barbichette est de ceux là.  



Le 28/07
Une nuit difficile nous conduit jusqu'à Fakarava. Nous devons enchaîner des bords de près très serrés avec un vent de face et inévitablement une bonne houle. L'impératif de franchir la passe à l'heure dite, nous oblige à respecter l'horaire des marées ; malgré le bon vent nous devons mettre un appuis moteur pour accélérer. Nous arrivons avec un peu de retard au point J, le courant s'occupe de notre cas, heureusement la passe est large et le courant rentrant. C'est l'occasion d'établir notre record du monde de vitesse avec une pointe à 10 nœuds sans l'usage du moteur. Côté emplettes elles ne chargeront pas le bateau, on arrive après la bataille, encore un peu tard. Demain on doit rejoindre le sud à 60 km pour trouver un endroit abrité car le vent se radine ! Juste le temps de se connecter à internet super bas débit, donc on ne peut envoyer de photos. Nous ne pensons pas qu'à Raraka nous pourrons le faire ! Dommage. Bon été à tous et pleins de bisous bleutés.

mercredi 24 juin 2015



Le 20/06/2015


Nous rejoignons le village pour que l'on nous rassure sur les points de sutures que j'ai effectués.
« C'est un travail de professionnel, je ne n'aurais pas fait mieux, même s'il manque deux ou trois points » déclare l'infirmière ou l'infirmier ? ; c'est un raerea, aussi on ne sait pas vraiment quel est son sexe.
Ce petit incident est une invitation à garder notre vigilance et prudence. La vie à bord nous expose à une certaine vulnérabilité... Nous ne pouvons compter que sur nous même.






Le village s'étend tout en longueur, Il y a 150 habitants sur ce grand motu. Un grand rivage de sable rose et de roches sculptées s'étendent sur le côté océan. Le paysage est grandiose.






Nous avons pu nous mettre à quai, à la tombée du jour, nous avons maints pêcheurs qui s'activent autour de nous : femmes, enfants, hommes lancent leur ligne. De nombreux requins tournicotent en attente d’entrailles.
Nous, nous attendons la venue du bateau ravitailleur, espérant, ainsi, pouvoir faire quelques emplettes d'oeufs et légumes... Mais il a du retard, aussi après 4 jours, nous décidons de partir sur les motus du Sud, sans avitaillement.
Il est un peu tôt, le soleil dont la course est nord, nous éblouit. Après être passé aux ras de patates sans les voir, nous nous rabattons en direction du motu le plus proche.
Pour la première fois, il n'y a pas de vent, la mer est d'huile. Pas de ventilateur naturel, la chaleur est accablante. Nous devons attendre la fin de journée pour regagner la terre. Là encore, nous en prenons les pleins les yeux avec les langues de sable rose, les petits motus ça et là.


Dans la nuit le bateau ravitailleur est arrivé, nous décidons d'aller en annexe au village à quelques miles. Chemin faisant, nous tombons sur une famille de raies manta en plein ballet aquatique. L'eau est d'une telle transparence que nous pouvons les voir évoluer comme si nous étions dans l'eau. D'ailleurs après avoir dégotté, œufs et carottes ( c'est tout ce qui reste) nous nous munissons de nos masques pour aller nager avec ces « diables des mers ». Certaines de ces raies ont une envergure de 4 mètres, elles passent la gueule grande ouverte à quelques centimètres de nous, effectuent des loopings, nous pouvons ainsi les voir sous toutes les coutures : extraordinaire...






Le lendemain avec un soleil haut, cette fois, nous mettons cap vers les motus de l'Est. Marco met une ligne de traîne ( il ne peut chasser tant que son doigt n'est pas cicatrisé). La ligne me semble tendue, je la ramène, nous découvrons une énorme Carangue de 60 cm ! Super, voilà du frais pour plusieurs jours !
Nous choisissons notre motu pour mettre l'ancre : petit îlot désert, entouré de sable rose avec une belle cocoteraie bien entretenue. Nous établissons notre campement avec hamac, pour quelques BBQ et fare niente... Dans ces lieux, chaque jour nos rétines sont soumises à d'intenses couleurs et une beauté fascinante. Coté îles, nous n'avons rien vu d'aussi harmonieux, somptueux...




Cela va faire bientôt un mois que nous sommes dans cet atoll, et nous n'avons guère envie de le quitter. Il faut dire que si l'on veut vraiment faire tout le tour, il nous faudra encore un peu de temps. Comme rien ne nous presse, nous savourons...








Le 8 Juillet
Nous nous déplaçons selon les vents pour rester abrité, aussi nous poursuivons la découverte de l'atoll. Trouver des îles désertes, sans âmes qui y vivent, dans des lieux magnifiques est plutôt rare de nos jours ! On imagine nos côtes Françaises à l'approche du 14 juillet avec les plages bondées... Nous ne croisons personne, seul un autre voilier partage avec nous l'immense lagon mais nous ne l'avons toujours pas rencontré. Les seules personnes que l'on côtoient de temps à autre sont Tafa et sa femme.




J'ai enlevé les points de sutures du doigt de Marco, il peut à nouveau aller chasser. Un jour, il invite Tafa à une partie pêche en l'emmenant en annexe sur une patate. Ce chasseur va donner quelques leçons à Marco sans avoir prononcé un mot. Le grand balaise à la carrure imposante, plonge, observe un moment, remonte à la surface, s'assoit dans l'annexe, attend, replonge et tire direct un gros poisson.
Il remonte, s'assoit dans l'annexe, attend, replonge, attend encore ( près de 2 minutes sous l'eau) et tire... Cette fois c'est un Vivaneau job d'un mètre, si vigoureux qu'il lui pète le fusil.Tafa est anéantis, casser son fusil équivaux à perdre sa femme.
Marco le rassure, avant qu'il ne pleure, en lui disant qu'il lui réparera ça avec de la résine. En attendant, ils chassent l'un après l'autre se prêtant le fusil. La technique de Tafa diffère de celle de Marco qui se colle apnée sur apnée, alors que le grand balaise, quand il plonge soit il observe, soit il tire.
En fait, Tafa sait que lorsque le poisson à repéré le chasseur, il s'en va durant un certain temps et revient un peu plus tard. Et comme par hasard, Tafa revient lui aussi en même temps que lui !!!
Voilà ! En fait c'est simple la chasse...  







Moi ce que je vois, c'est que la technique de mon homme marche quand même, car chaque jour on a l'assiette pleine de poisson. Bon c'est vrai qu'il est un peu crevé le soir, mais au moins il dort bien !
Nous commençons à bien connaître les poissons du lagon, parfois nous en découvrons de nouveaux... Tous les jours, armés de notre simple masque, nous plongeons pour le plaisir des yeux.
Les requins, ici, sont un peu farouches, ils nous observent à distance, ce n'est pas comme à Amanu où nous avions en permanence une escorte de curieux venant à quelques centimètres voir la gueule que nous avions ! Mais c'est à chaque fois, un plaisir de les voir se mouvoir avec grâce et dignité,( à part quand ils commencent à s'exciter...)






Nous commençons à songer à changer d'atoll ; pour cela nous surveillons la prochaine fenêtre météo. On ne part pas quand on le décide, mais plutôt lorsque les conditions nous le permettent. Pour bouger d'ici, il nous faudrait des alizés de Nord-Est afin de ne pas avoir le vent en pleine face. Fakarava sera certainement notre prochaine destination, avec peut être une escale à Toau. Il paraît que les plongées dans les passes valent le coup d'oeil.


Le 9 juillet
Nous sommes au village pour faire le plein de gazole et d'eau. Il n'a guère plu ces derniers temps et nos réserves d'eau sont à leur niveau le plus bas.
Marco va voir le beau père de Tafa qu'il a rencontré en réparant le fusil de son beau fils, pour lui acheter du gazole. En discutant avec lui, Marco lui demande si certains motus se vendent.
Il lui répond :
« Pourquoi ? T'es intéressé pour en acheter un ? Parce que moi j'en ai pleins, si tu veux je t'en donne un, tu peux construire ta baraque dessus, faire un jardin... Si tu veux demain, je t'emmène les voir et tu pourras ainsi choisir celui qui te plait ! »
Voilà encore un exemple des surprises aux quelles on est soumis en vivant ici !!! Comment ne pas être bousculé dans nos fonctionnements, nous, Européens ?
Sans compter le fait, qu'une fois avoir fait le plein des bidons de gazole, ce brave homme ramène Marco en voiture au bateau, avec les bras chargés de mangues...
Evidemment ici tout le monde nous salue, nous sourie, nous parle, seuls les Suédois du bateau d'à côté ( qui viennent d'arriver) lèvent à peine la tête pour dire bonjour !!!
Le monde est étonnant...













Le 1er Juin Nous voulons quitter ce lieu sur quelques notes colorées, aussi nous allons faire une virée au marché de Papeete dans le secteur artisanal et de vente de produits locaux.




 Puis un tour en voiture autour de l'île et enfin une belle marche dans la vallée de Papenoo le long d'une rivière enchantée. C'est un véritable bain de chlorophylle et de fraîcheur. 




Autour les montagnes sont majestueuses.  Au lever du jour, nous levons l'ancre avec quelques heures de moteur avant de rejoindre de doux alizés. Une belle navigation de 26 heures, pas trop agitée. Nous avons réduit la voilure volontairement afin de soulager notre régulateur d'allure et de ne pas avoir à être en permanence à ses côtés. Le bateau trouve un bon équilibre avec le solent, grand voile sous un ris. Le vent a tourné Sud-Est ce qui nous va bien car notre navigation au près est ainsi moins serrée. Durant la nuit, nous disons adieu à notre réflecteur radar accroché dans les haubans, il passe par dessus bord. Nous serons donc, à présent, incognitos et non repérables... Un peu ennuyeux pour que les cargos nous repèrent, mais bon... L'état de la mer nous laisse envisager une escale à Makatea, nous faisons donc cap dessus. 


Au matin, nous découvrons le relief surprenant de cette île (sans lagon). Un haut relief plat apparaît, bordé de falaises. MAKATEA se situe au Nord Est de Tahiti à 250 km. Nous trouvons l'unique bouée. Elle est disponible, une chance!! En venant s'amarrer, on se demande comment elle est ancrée car notre sondeur ne peut atteindre le fond. En principe il est lisible jusqu'à 150 mètres de profondeur et là rien...

Mieux vaut ne pas y penser et rester confiants! Nos paupières sont lourdes, aussi allons nous vite les fermer le temps d'une sieste, avant d'aller à terre.  Makatea fut longtemps exploitée pour ses mines de phosphate et aujourd'hui une bande d'Australiens envisagent de la remettre en service. Mais pour l'heure, il n'en reste que des vestiges. Partout, de grosses machines, des wagons, de la ferraille jonchent les lieux. Mère nature a profité de cette matière pour étendre ses tentacules et la façonner à son aise. Elle a su créer une certaine forme d'art moderne. Etonnant.


C'est donc une sorte de musée à ciel ouvert qui nous est offert. Nous sillonnons au milieu de ces sculptures de ferrailles végétalisées. Le village sur les hauteurs est à cette heure, désert. Seule, des notes de musique s'échappent des persiennes. Tout est propre, simple, pas de bitume, mais une allée centrale en corail blanc. Des petites cases sommaires avec jardinet propret au milieu d'une végétation extravagante et impénétrable. Il y a 50 habitants répartis sur l'île, une dizaine de maisonnettes forment le village. Nous ne manquons pas d'aller jeter un œil à l'unique épicerie de 3m sur 2m. Hormis quelques boites de conserves bien rangées, il n'y a rien, pas même le propriétaire. Le magasin est toujours, pour nous, un lieu d'attraction. Pas seulement pour nos papilles, mais il est aussi le reflet de la vie d'ici et c'est aussi un lieu de rencontre avec les locaux. C'est un tel contraste, également, avec nos supers marchés surchargés, dégoulinant de victuailles... Notons quand même, que nous n'avons pas craché sur ceux de Papeete pour faire un bon gros avitaillement. Autre particularité, il n'y a pas encore d'internet, ici, cela pose un peu le décors ! Et cela contribue à le rendre encore plus intéressant. Très peu de visiteurs viennent ici du fait qu'il n'y ait ni aéroport, ni bateau de tourisme. Seuls quelques navigateurs s'arrêtent lorsque les conditions le permettent.  Certaines journées valent leur pesant d'or. Nous partons à la grotte à l'autre bout de l'île en marchant. Fraîcheur et quiétude nous attendent sous terre, en récompense, ainsi qu'un bain dans une eau cristalline filtrée par le phosphate. Cette grotte a sa légende, une certaine dame veille sur elle, nous pouvons presque sentir sa bienfaisante protection. De retour au village, une femme portant une couronne fleurie, nous accueille chaleureusement. Karine, c'est l'institutrice de l'île. Elle  n’enseigne que 7 élèves. Elle nous fait visiter les lieux principaux du village. Elle nous invite à dîner et à se joindre à une chasse aux crabes des cocotiers, prévue ce soir par certains locaux. Du coup, nous passons l’après midi avec 3 chasseurs de crabes et commençons par aller poser des pièges dans une forêt, bordant la plage. Durant 2h, nous ramassons des noix de coco que nous entaillons, et disposons à différents endroits pour servir d’appât.



On se demande de nuit, comment on va pouvoir les retrouver, mais les gars ne semblent même pas se poser la question. La forêt est tellement dense que c’est à coup de coupe-coupe que l’on trace un vague chemin. Des roches tortueuses émergent de cette végétation, ce qui donne une atmosphère vraiment particulière. Chaque chant d'oiseaux est identifié par Jacquie le chasseur de crabe. Il nous fait partager son savoir et nous ouvre une partie de l'histoire de cette île. Au retour, il nous amène sur les traces de ses ancêtres en 4x4 et de ce que fut la vie de Makatea du temps de l'exploitation des mines. « Voilà ce qu'ils nous ont laissé ! », nous dit-il l'air dépité, en regardant cette terre sur les hauteurs qui n'est plus que gruyère. « Autrefois Makatéa était le jardin des Tuamotu, tout y poussait, du fait d'une terre riche en phosphate, aujourd’hui il ne reste qu'une terre béante parsemée de roches. Tu comprends pourquoi on ne veut pas que l'exploitation reprenne? Aucune compensation n’a été attribuée lorsque tout s'est arrêté en 1966, ils ont tout abandonné là, tel quel ! La nature a repris ses droits, mais elle été esquintée et l'on ne peut plus vraiment cultiver.»  Après avoir bu une bonne bière et avoir avalé un crabe des cocotiers, un pur délice avec une chaire parfumée au coco, le contenu de leur abdomen est un genre de fois gras.


 A la nuit tombée, nous nous équipons de chaussures fermées et embarquons dans le 4x4. Nous sommes 8, Karine s'est jointe à nous ainsi que Nicolas, un chercheur en écologie actuellement en campagne pour réaliser des mesures sur les tortues. Nous empruntons une piste pour rejoindre un lieu où ont été déposé des pièges, la veille. Il faut en principe attendre 24h pour que l'odeur de la noix de coco diffuse et attire les gros crabes. Le terrain dans lequel nous évoluons est un labyrinthe de roches aux formes acérées. On se trouve en fait sur ce qui était autrefois des fonds sous marins. Makatea n'est autre qu'un atoll qui a émergé sous l’effet d’une poussée de plaques tectoniques ou un truc de ce genre... Le décor est donc unique, il l'est d'autant plus avec nos frontales.

On se croirait incorporés dans une chasse aux trésors dans un endroit mystérieux. C'est excitant. Nous ne tardons pas à trouver de gros crabes affairés à se goinfrer de coco. Les chasseurs aguerris les attrapent avec une rapidité surprenante, les ficellent et les entourent de feuille de pandanus. Cette technique est loin d'être évidente, ne serait ce déjà, que pour les attraper. Si Marco s'y essaye, moi je préfère regarder! Leurs pinces sont redoutables et si par malheur un doigt se fait prendre, il peut être sectionné. On comprend pourquoi, ils prennent grand soin de les ligoter. La chasse se poursuit durant 2 heures sous le ciel étoilé et sans lune. Dès qu'elle se lève, les crabes filent et nous avec. Nous comptons une bonne vingtaine de crabes dans le sac à dos de fortune en toile de jute. Tout le monde est ravis, et bien claqué après cette journée bien remplie. Nous regagnons le bateau avec notre annexe dégonflée. Et mince ! Elle est crevée.  




Aujourd'hui un autre programme est prévu, On nous attend en 4x4 au pied de la montée raide. Nous allons mettre les crabes dans des casiers individuels, les détacher et les nourrir de noix de coco. 


Ils patienteront ainsi en attendant leur heure. Certains seront mangés sur place comme ce midi, d'autres voyageront jusqu'à Tahiti avec le bateau qui va arriver. Un seul bateau par mois vient à Makatea. Autant dire qu'il est toujours très attendu. Nos deux jeunes chasseurs nous emmènent faire une visite complète de la grotte. Nous ne savions pas qu'il existait un passage pour explorer d'autres cavernes. Après une cueillette de papayes, nous rejoignons le lieu sacré de l'île. Nous nous retrouvons avec nos frontales vissées sur la tête, nageant dans l'eau fraîche. La grotte est comme on peut l'imaginer : obscure, avec des stalactites et stalagmites, des anfractuosités, des boyaux, des rétrécissements ou seul le corps peut se glisser. Nous évoluons dans ce décor fantastique, complètement étonnés, surpris de passer d'une caverne à l'autre, éblouis par tant de beauté et quelque peu transis de froid. Nous finissons notre visite et baignade par un lavage en se frottant le corps avec un citron très particulier qui pousse ici. Il laisse la peau très douce. Le plus jeune qui nous accompagne voulant faire grande toilette, n'oublie pas de bien se laver le zgueg. Il le regrettera amèrement. Ses brûlures en tout cas, nous donne l'occasion d'une bonne rigolade, tout le long du retour... Après un délicieux repas, il nous faut quitter ces gens adorables, car nous devons lever l'ancre avant le coucher du soleil. Une telle gentillesse et générosité sont parfois si surprenantes que l'on se sent mal à l'aise. Les quelques bricoles que nous leur amenons en échange semblent dérisoires par rapport à ce qu'ils nous offrent. Peut être, nous faut-il juste, savoir accepter ces présents avec gratitude, savoir ouvrir grand nos cœurs pour recevoir, mais aussi savoir donner quand l'occasion se présente. Nous avons croqué ces quelques jours à pleines dents. Un pur régal ! Makatea fait parti de ces lieux qui révèlent pleinement ce qu'est le voyage.  

 

Le 07/06/15 La boule de feu disparaît sur l'horizon, enflammant le ciel. Nous démêlons le sac de nœuds de la bouée et retrouvons le large rapidement. La douceur de ces jours derniers reste encore un peu présente à bord, même les éléments se sont mis au diapason. Nous glissons à bonne allure au largue, durant toute la nuit. Nous arrivons à 5h00, un peu plus tôt que prévu devant la passe de TIKEHAU. Il nous faut attendre l'étale, aussi nous mettons nous à la cape quelques heures. Le soleil étire ses rayons matinaux à fleur d'eau. Nous l'avons en pleine face, ce qui ne nous facilite pas la vision des couleurs. Le courant nous fait face, mais il n'est pas trop fort, la passe est large et sans grande difficulté. Nous nous retrouvons vite dans le lagon bleuté. Nous attendons que le soleil soit haut, afin d'avoir bonne vue sur les patates et reprenons notre route. Le vent forcit, il nous faut 4 heures pour traverser le lagon (pour faire seulement 24km). Une myriade d'îlots s'étendent devant nous, nous ne savons lequel choisir...


Nous optons pour celui qui nous paraît le plus sauvage et suffisamment grand. Nous avons fait un bon choix : l'ancrage est idéal dans du sable, il est inhabité, et personne ne vient y faire le copra. L'île déserte comme on la rêve. On peut, en plus, rejoindre d'autres motus à pied en traversant des langues de corail et des fausses passes. Nous ne manquons pas dès le lendemain d'aller faire le tour de notre île. 



Le côté lagon est très protégé, l'eau transparente et calme, côté mer un grand platier s'étend sur des centaines de mètres, les vagues viennent mourir sur le récif. Cela nous laisse envisager de bonnes pêches à la langouste. L'intérieur de la cocoteraie n'est pas entretenue, c'est donc la jungle, il nous faut le coupe-coupe pour y pénétrer, mais il y a des crabes des cocotiers : ce qui nous laisse envisager de bonnes chasses. Marco ne tarde pas au retour d'aller explorer les fonds à côté du bateau, il nous ramène de quoi remplir nos assiettes. Ici pas de ciguatera, donc, on peut tout manger. Avec quelques noix de coco râpées et pressées accompagnant le poisson, on se régale. Les lieux déserts et la beauté du décors procurent une atmosphère douce et paisible, le rythme se ralentit de lui même, comme pour mieux savourer chaque instant.  



 Aujourd'hui, nous partons marcher sur d'autres motus. Après quelques heures, un grand type balaise jaillit de nulle part et nous salut. Il nous emmène à sa cabane, bien planquée, et nous présente sa femme. Ils vivent là, car ils ont une plantation de pastèques et melons. Nous ne manquons pas d'aller visiter les lieux. Ils nous expliquent la difficulté d'un telle entreprise : faire venir 5 tonnes de terre de Tahiti car ici il n’existe pas de terre, juste du corail. L'acheminer jusqu'ici avec une barge louée à la mairie, défricher le lieu, semer et protéger chaque pousse car les oiseaux, les rats, les crabes ont vite fait de venir les manger, creuser un puits, arroser copieusement, protéger chaque fruit du soleil avec des tresses en feuille de palme.


Nous finissons à l'ombre en buvant une noix de coco fraîche, mangeant un bon melon sucré et discutant. La femme m'invite à tresser un panier, je découvre ainsi leur technique. Le gros balaise discute pêche avec Marco. Ils sont heureux d'avoir des visiteurs, c'est d'ailleurs la première fois que des touristes viennent sur leur lieu. Demain, nous reviendront les voir pour leur amener du désinfectant car le grand s'est bien entaillé la main. Ils ont laissé leur bateau moteur à la famille au village, du coup ils ne peuvent aller se ravitailler. Cela ne semble pas être un problème pour eux, ils nous disent qu'ils ont tout ce qu'il faut : - pour manger : poissons, noix de coco, melons... pour vivre : une petite cabane. Cette dernière est très sommaire car n'est constituée que d'un toit de toile. Le reste est ouvert aux quatre vents. Je ne peux m'empêcher de penser à tout ce qu'il nous faut, nous, Européens pour vivre. Ce qui les distingue de nous? C'est certainement le goût des choses simples, de la nature, le sens de l'hospitalité, la gentillesse... Ils ont le temps et savent apprécier le peu qu'ils ont. Il existe une sorte de satisfaction qui les habite. Un bonheur qui rayonne. Partager des instants avec ces gens là est précieux, ils ont comme le pouvoir de nous rendre meilleur. Ils nous font toucher du doigt l'essentiel. Les activités de la journée tournent autour de la pêche, plongée, kayak, marche et découverte des motus avoisinants. Et puis, il faut faire son pain, râper les noix de coco, récolter l'eau, brûler ses poubelles, bouquiner, faire une sieste aux heures chaudes, chasser les langoustes et crabes des cocotiers (quand vient la nuit),  et surtout prendre le temps d'admirer ce qui nous entoure. Car ici, tout n'est que beauté, calme et volupté, comme dirait, je ne sais plus qui. La beauté est parfois innommable.



 Elle appartient à celui qui la contemple. Certains mots en esquissent la consistance : splendeur et merveille. Mais l’éclat de la nature et sa perfection ne peuvent être entièrement révélés. Quoiqu'il en soit face à elle, nous nous inclinons avec révérence en signe de reconnaissance. La beauté de ces îlots, de ces motus, est peut être liée au fait, qu'elle reste originelle. Nulle souillure ne vient la défigurer, nulle habitation si ce n'est sur certains motus, quelques petites cahutes. L'homme ici, respecte ces lieux, il sait utiliser la nature. Pour la culture du copra par exemple, mais l'aide en contrepartie en la fertilisant. Aussi, sur une terre de corail blanc, se dresse de fiers cocotiers à la chevelure verte et des arbres à fleurs parfumées. Cette simplicité, dénuée de grande diversité, pose un trait épuré sur ce décor parfait. Tous ces motus sont répartis en un anneau corallien qui protège le lagon. Cet écrin reflète la couleur du ciel. Sa transparence, son éclat ne peuvent que nous éblouir. Ici, mère nature a semé du sable rose comme pour rajouter quelques teintes supplémentaires à la palette déjà existante. Le blanc flirte avec le rose, le violine et des dégradés de bleu à l'infini. Cette beauté vibre.



 Elle nous éveille à son chant profond, nous émeut, nous sublime un instant. Au delà du simple aspect visuel, elle nous fait met en contact avec la.  Marco passe en moyenne 3 heures dans l'eau à chasser, tantôt sur des patates tantôt dans les Hoa, les cours d'eau entre les motus ou fausses passes, il n'y a pas beaucoup de fond, mais du courant et surtout des poissons. Il doit veiller à toujours mettre sa proie rapidement hors de l'eau, s'il ne veut pas attirer les requins même s'ils sont moins nombreux qu'à Amanu, où nous étions l'année dernière. Voilà plusieurs fois que nous tentons une chasse à la langouste, de nuit. Nous la connaissons bien. Du moins en théorie. Nuit noire, aller sur le platier côté océan et marcher dans 30 à 50 cm d'eau. En principe nous devons voir deux petites boules lumineuses que nous aveuglons avec nos frontales, puis rapidement mettre le pied dessus et l'attraper à la main. Fastoche ! Sauf que... et ben on arrive même pas à voir les yeux de ces fichues langoustes. Mais hier soir, après quelques kilomètres de marche sur un terrain accidenté dans les coraux, je vois enfin un œil briller. Ha ! Mon excitation ne fait qu'un tour... Je bondis, la jambe levée prête à écrabouiller ma proie, quand tout à coup, je vois que ma langouste n'est autre qu'un requin ! J'ai dû mal évaluer la grosseur de l'œil et du prédateur. Dans l'eau éclairée de notre faisceau lumineux, nous croisons des poissons qui sommeillent, d'autres attirés par notre faisceau viennent se cogner dans nos jambes, d'autres encore, sautent autour de nous, les murènes dansent. Il y a une certaine activité nocturne dans le quartier. Cependant, nous rentrons encore bredouille. Nous avons mis des appâts pour les crabes des cocotiers, mais il s'avère qu'ils sont très petits ici, alors, on les laisse grandir.   



«Sur le motu tout là bas, au Nord, il y a des chintoques qui vendent du miel et font pousser des légumes ! » nous révèle Tafa. Nous nous décidons à rejoindre ce motu à pied, en marchant sur le reef du côté océan. Nous devons traverser maints Hoa, parfois à la nage, quand ceux-ci sont  profonds. Après 3 heures de ce type de progression amphibie, nous découvrons l'île d'Eden. 



Deux familles de Chinois se sont installées là, il y a une quinzaine d'année avec leur prophète. Sur cet îlot de corail bordé par une plage de sable rose, ils ont su créer un véritable jardin d'Eden. Avec seulement la matière existante sur ce lieu, ils ont fabriqué une terre fertile avec du bois de cocotier décomposé, additionné d'excréments de cochons et poules dont ils font l'élevage. Aujourd'hui tout y pousse : légumes, fruits. Ils récoltent également du sel, du miel, produisent de l'huile de coco et même des perles de culture. Leur travail est récompensé par mère nature à laquelle ils vouent leur amour. L'idéologie de cette communauté est un retour à la nature : «Menez une vie selon la loi de la création... » En voyant l'harmonie, la beauté du lieu, et le sourire des habitants, nous  prenons conscience de la valeur de ces mots et de leur authenticité. Nous serions presque tenté de venir s'initier à leur connaissance, sagesse et rencontrer le prophète. Mais, le vent tourne et nous devons rejoindre un autre mouillage. Selon la direction et la force du vent, nous devons parfois changer d'endroit pour rester abrités derrière le motu. Nous avons déjà testé durant deux jours des rafales à 40 nœuds, non protégés. Ca secoue ! On a d'ailleurs perdu une pagaie du kayak.   

Le 19/06 Le vent s'est orienté Nord Ouest, nous allons donc de l'autre côté du lagon pour une traversée de 25 km. Encore un lieu différent qui semble encore plus sauvage. Le soleil est trop chaud pour se permettre d’aller à terre. Aussi Marco part chasser autour d'un îlot rocheux à quelques centaines de mètres du bateau et moi je bouquine dans ma cabine. J'entends un sifflement, puis un deuxième, je sors et cette fois j'entends Marco hurler : « Sabriiiiine »! Au timbre de sa voix je comprends qu'il y a un souci. Rapidement, je mets le kayak à l'eau en emportant pansement et désinfectant et en priant pour que ce ne soit pas une morsure de requin ! En arrivant sur place, je vois Marco livide avec une feuille autour de sa main. «  Je te préviens, c'est pas beau à voir ! » Quand je découvre son doigt, j'ai la nausée et l'envie de chialer. Le bout de son doigt est littéralement scalpé, les chaires pendouilles, et ça saigne abondement. Il me raconte brièvement l'histoire : « J'avais eu un beau nazon, mais la flèche s'est décrochée. Comme il était sonné, j'avais une chance en réarmant mon fusil de l'avoir. Alors je me suis dépêché, les élastiques étaient en place quand le coup est parti tout seul. J'avais encore la main dessus, la partie métallique m'a arraché le doigt. Quand j'ai vu tout le sang qui se répandait sous l'eau et l'état de mon doigt, j'ai pris peur. Il y avait déjà 3 requins un peu énervés autour de moi, j'ai dû sortir au plus vite. Heureusement, qu'il y avait l'îlot à côté!» Nous effectuons un rapide bilan, les ligaments ne semblent pas touchés, mais des points s'imposent. Vu l'heure qu'il est, et la distance qui nous sépare du village, jamais nous ne le rejoindrons avant la nuit. Je n'ai donc pas d'autres solutions que de lui proposer d'être son chirurgien. L'idée ne semble pas vraiment le réjouir, mais il n'a guère le choix. Je sors les notes que j'avais prises sur : comment recoudre ! La théorie paraît simple. Je sors le matériel et je commence avec une main un peu tremblotante. Je n'ai qu'une aiguille droite pour recoudre, c'est un peu comme si je faisais de la couture, sauf que transpercer la chaire est plus difficile que du tissu. En plus, ce tissu est vivant, il crie, il saigne, je ne sais que faire des bouts de chaire qui dépassent... J'ai l'impression que ce que je fais, est plus de l'ordre de la boucherie que de la chirurgie ! Je me demande lequel de nous, Marco ou moi est le plus mal, là, maintenant ! Après 5 points, Marco estime que c'est assez ! Il en aurait fallu encore, mais ni lui, ni moi, n'en avons le courage. Au final, on estime que je m'en suis bien sortie, le doigt a retrouvé à peu près une figure de doigt. On se remet de nos émotions avec le remède des cowboys, une bonne bière, faute d'alcool plus fort. Ce qui fait le plus râler Marco c'est de ne pas pouvoir aller chasser. Alors une heure plus tard, il me demande de l'emmener en kayak faire le tour de l'îlot rocheux pour qu'il puisse faire quelques lancés avec son moulinet ! C'est ce que nous faisons...On ne calme pas un pêcheur!



Le 20/06/15 Le lendemain, le vent menace de tourner Sud Est, nous allons donc devoir lever l'ancre, nous rejoindrons le village. Vu que la pêche va devoir attendre, il nous faut quelques provisions. De plus, ce sera l'occasion de se connecter à internet et d'avoir quelques nouvelles. Et puis, mieux vaut ne pas être trop loin d'un centre de soin, il va falloir surveiller ce doigt. Nous irons le monter à une infirmière plus qualifiée, car ce matin en faisant le pansement, nous avons eu des hauts le cœur.