samedi 20 août 2016

Du 12/08 au 20/08/2016  TIKEHAU_- TAHITI




Nous laissons derrière nous ces atolls et cette splendeur des Tuamotu. Nous serons restés au cumul plus de 6 mois et demi dans cet archipel. Si l'on veut profiter ce tous ces différents atolls et se mettre au rythme local, il fallait bien ce temps. En prenant la passe de sortie de Tikehau, nous savons que nous n'y reviendrons pas, aussi c'est avec un petit pincement au cœur que nous partons.








La pleine lune a décidé de célébrer notre départ en baignant de sa clarté ces beaux rivages qui s'éloignent peu à peu.






Les dix premières heures de navigation au près sont un peu agitées. Puis peu à peu comme prévu les vents faiblissent le lendemain. La nuit suivante est douce et lumineuse. Nous arrivons à Papeete au lever du jour. Marco met le moteur afin de se préparer à rentrer dans la passe, très vite le moteur se met à fumer et une odeur de cramé envahi le cockpit. Tête dans le moteur Marco doit rapidement agir. La courroie d'alternateur est en train de fondre ! Alors il faut changer tout ça !
Nous ne sommes pas seuls à vouloir franchir la passe, de gros cargos attendent leur tour pour rentrer, nous faisons de même à la queue leu-leu. Les autorités portuaires nous invite à se caler derrière un engin de 120 mètres de long, (c'est là où l'on prend réellement conscience de notre taille minuscule ! )



Nous arrivons au cœur de la ville de Papeete à la marina toute neuve. Quel changement d'un coup ! Nous prenons place au quai en regardant la file de bagnole dans les embouteillages matinaux. Le bruit nous fait peur, on ne s'entend même plus parler. Ce décors pour le moins atypique offre l'avantage de pouvoir trouver tout ce que l'on veut, et de pouvoir charger les provisions et matériaux facilement sans avoir recours à notre annexe toujours crevée !
A peine arrivé, nous nous activons : papier à la marina, aller au ship chercher notre nouvelle chaine d'ancre, courses diverses.... On court toute la journée, on ne chaume pas car demain c'est le WKD et la plupart des magasins seront fermés. Après être allé nous restaurer aux roulottes, nous rentrons titubant de sommeil et tombons raide.
Le lendemain c'est repartit à fond la caisse : notre pote gréeur passe pour quelques travaux sur le gréement, puis le marathon de l'achat, de l'avitaillement reprend : la carte bancaire fume!
On passe du marché de Papeete aux couleurs légumes, fruits... au super marché gigantesque...


Samedi soir la mission est quasi accomplie, notre efficacité s'avère redoutable ! Il faut dire que stagner dans les villes c'est pas notre truc, même si sous certains aspect Papeete peut être plaisant. C'est encore une ville aux constructions humaines, (pas de building). Les petits commerces trouvent encore leur place au milieu des grandes enseignes. Les paréos pendus aux coins des rues donnent des notes colorées.


Demain, nous partons à Moorea, trouver un abri aux forts vents qui se pointent. La météo ne s'annonce pas favorable la semaine qui vient pour penser entreprendre notre traversée , il nous faudra patienter, encore....

vendredi 19 août 2016

Du 21/07 au 01/08/2016 D'APATAKI à RANGIROA


Les motus ici sont très longs, c'est un régal que de pouvoir marcher des heures côté lagon sur les immenses plages de corail blanc ou longer le platier côté océan à la recherche de coquillages.
La paix habite ces lieux... Personne.


Seuls les poissons sont intrigués de notre présence et viennent sur le bord nous voir, nous sourire, parfois même nous toucher, la présence humaine est loin de les effrayer.

De belles carangues bleues, des perroquets arc en ciel, des mérous, des murènes, des requins nous approchent dans quelques centimètres d'eau.


L'eau est si transparente que l'on a parfois l'impression qu'il flottent dans les airs.


Les journées coulent en un filet de temps joyeux, oubliant quel jour nous sommes.


Après quelques jours de vent musclé, ce dernier semble s'essouffler un peu, avant qu'il ne reprenne son expiration, nous en profitons pour mettre les voiles en direction de Rangiroa à 75 milles de là. Un vent léger nous accompagne au vent arrière, nous obligeant à mettre le tangon. Tidoudou à cette allure se dandine copieusement avec son ventre rond. Nous longeons l'atoll Arotua de nuit, puis de Rangiroa pour rejoindre la passe au Nord au lever du jour.



Nous ne pouvions arriver mieux ! Au moment parfait de l'étale, nous pénétrons à l'intérieur du lagon tout en douceur (en principe, celle-ci est redoutable côté courant). Déjà, quelques bateaux déchargent un flot de touristes dans les eaux de la passe. Cela faisait un bon moment que nous n'avions pas vu autant de monde : 12 voiliers au mouillage, des bateaux moteurs de toutes parts, des vacanciers, des plongeurs... Quelle agitation après ces derniers mois sans voir personne !
Cependant, cela nous fait plaisir de retrouver une certaine forme de vie humaine et des alimentations. Cela peut paraître bête, mais quel plaisir de pouvoir s'acheter du chocolat, de la bière, des biscuits, même des yaourts..., (cette fois, pas de légumes, ni de fruits , hélas! !)
Du coup, ces arrêts aux villages prennent des airs de fête en allant découvrir ce que l'on peut y trouver ! Si en France nous restons impassible devant toute cette abondance et ce trop plein dont regorgent nos supermarchés, ici les choses prennent une toute autre valeur ( surtout en venant d'autres atolls plus isolés).


Rangiroa est l'un des atolls le plus connu et fréquenté des Tuamotu ( avec Fakarava). Rangiroa est le deuxième plus grand lagon au monde : 75km de long sur 26km de large. Il est réputé pour sa plongée sous marine et notamment la passe de Tiputa ( par laquelle nous sommes entrés). De ce fait, il y a beaucoup de plongeurs et de vacanciers ! Des infrastructures hôtelières et de plongées se sont crées autour des 2 villages. Cependant, les 240 motus laissent de quoi trouver des endroits restant sauvages.
En attendant d'aller en découvrir certains, nous profitons de ce qu'il nous est donné de faire : courses et plongées dans l'aquarium naturel près de la passe.
C'est effectivement extraordinaire côté plongée : des poissons de toutes les couleurs viennent former un rideau devant nos yeux. Nous avons amené le reste de notre pain, nous sommes assaillis de toute part, certains nous prenant pour un quignon viennent nous mordre !

La diversité et la quantité d'espèces nous laissent pantois. Une tortue vient nous saluer, une requine au ventre gonflé, tourne autour de nous avec nonchalance, un énorme requin gris de plus de 2 mètres nous fascine, une murène géante danse, des napoléons, barracudas et autres gros et petits poissons nous ravissent...










De retour au bateau, une nuée d'oiseaux des mers viennent se percher sur nos filières. Le ciel et la mer nous offrent leur plus beau sourire...
Quel régal !







Cependant il est l'heure de lever l'ancre car du vent de Sud Est est prévu. Nous faisons cap sur les motus du Sud, là où l'on peut observer sur les plages des concrétions volcaniques particulières.

Encore un lieu étonnant avec ces roches acérées ( de véritables lames de rasoir) sortant du sable. Se balader au milieu de ces sculptures naturelles semblent un peu sur réaliste.



Dans la cocoteraie en chemin, nous rencontrons un gars qui fait du copra, il nous appelle, trop content de pouvoir parler à quelqu'un. Ces gaillards faisant le copra sont de véritables titans au travail !


 Celui-ci travaille seul et s'est aménagé un vieux vélo pour ramener ses sacs de copra jusqu'au lieu où il va les faire sécher. Pour cela il doit traverser un Hoa, à marée basse tout va bien , mais cela se complique lorsque la marée est haute. Nous restons un moment avec lui, il discute tout en étalant soigneusement la chaire des noix de coco sur une bâche, afin de les faire sécher. Tous les soirs il les couvre, afin de les protéger d'une éventuelle pluie. Sa bouille joviale et avenante, son éloquence, nous font passer un bon moment. Nous le retrouvons le lendemain avec le même plaisir.
Certains de ces gars ( comme lui) vivent en permanence sur des motus retirés sans que la solitude ne leur pèse de trop, il ont une vie très spartiate avec un confort réduit à un strict minimum : un matelas couvert par un toit en tôle, plus ou moins ouvert au 4 vents, (même pas de moustiquaire) parfois tout juste une cuisinière ! Les tables, bancs, lit sont faits avec les matériaux existant sur le lieu. S'ils se débrouillent pour faire venir du village quelques produits de base qui se conservent, ils vivent quasi en autonomie, pêchant, chassant les crabes et langoustes... Ils travaillent dur : du matin au soir, souvent dans des lieux infestés de moustiques ou de nonos... Mai ils ne se plaignent jamais, au contraire, ils nous disent avoir la tranquillité et la liberté de travailler comme il veulent et quand ils veulent. Ils aiment leur vie, et cela se voit par leur joie d'être.



Ce soir, Marco décide d'aller chasser la langouste, je le laisse aller seul car le platier ne m'inspire pas, trop de failles et de roches. Il revient au bout d'une heure avec le dos lacéré, il s'est fait renverser par une série de vagues, s'est fait une belle frayeur, mais il a 4 belles langoustes dans son seau !
Nous en tuons 2 et les mettons au frigo. Les 2 autres nous les mettons dans notre vivier de fortune, un filet en plastique que nous accrochons à l'arrière du bateau. Le lendemain on constate qu'une a réussie à s'échapper par un trou ! Nous nous régalons tout de même avec les 3 autres...


Le lagon est trop grand pour que nous puissions trouver refuge dès que le vent change de secteur ! Du coup, le vent a tourné et s'est intensifié et nous voilà depuis 2 jours ballotés façon rock&roll dans notre coque de noix. Nous ne pouvons même pas envisager d'aller à terre. Marco a à nouveau une bonne otite ( qu'est ce qu'il refuse une fois de plus d'entendre?), en tout cas le copieux tangage n'arrange en rien son état !
Les nuits sont agitées et les 2 coussins bloqués de part et d'autre du corps ne suffisent à maintenir une station stable. Les viscères se baladent à droite à gauche, le cerveau balotte dans la boite crânienne, le corps malgré lui se contacte à chaque mouvement... Sans parler du bruit infernal du vent et de l'eau, des drisses et autres petites choses mal calées... Nous attendons que le vent faiblisse patiemment. Nous ne tardons pas à nous barrer de là, à la première occasion, pour rejoindre le mouillage du village, plus abrité.
Aux abords de la passe, nous avons droit à un spectacle effrayant : actuellement une grosse houle passe par dessus la barrière de corail et remplit le lagon, celui-ci se vide donc par les passes, générant un courant d'une intensité que nous n'avions encore jamais vu. Un mascaret dans la passe d'une hauteur impressionnante déferle et à l'extérieur des vagues sauvages, féroces déchiquettent l'eau, la mettant en ébullition. Nous ne nous risquerons pas à sortir aujourd'hui, ni personne d'ailleurs...


L'impermanence est toujours en action avec alternance de calme et d'agitation... Peut être est ce elle qui nous incite, ainsi, à trouver davantage de constance à l'intérieur de nous ! A trouver l'axe d'appui nous permettant de conserver notre équilibre malgré ce qui se passe à l'extérieur.

La longueur et l'exposition de cet atoll de Rangiroa, ne nous conviennent guère, aussi nous pensons retourner à Tikehau dès que les conditions nous le permettront, cela ne saurait tarder...



jeudi 11 août 2016

Du 02/08/2016 au 11/08/2016


Une trouée de deux jours sans vent se dessine, c'est le moment pour lever l'ancre ! Cette fois nous optons pour l'autre passe afin de sortir du lagon. Un courant rentrant de 3 nœuds nous fait face, en rasant les bords on arrive à gagner du terrain tout doucement et nous voilà sortit. Durant quelques heures, nous arrivons à garder nos voiles à peu près gonflées, mais le vent meurt doucement comme prévu.




Nous mettons rarement le moteur, mais là, cela s'impose. Un coucher de soleil grandiose s'étale sur l'horizon, nous avons même droit à un intense rayon vert lorsqu'il disparaît.


La nuit nous enveloppe d'une couverture étoilée qui inspire soudainement Marco.
Nous n'avons que 38 milles à parcourir pour rejoindre Tikehau ce qui va nous faire arriver en pleine nuit. Pour pénétrer de jour dans le lagon il nous faudra attendre 12h l'étale, cela ne nous emballe guère de se mettre à la cape durant tout ce temps. Mais une idée vient de germer dans le crâne de mon capitaine, il m'en fait part.
-  « On connait la passe, elle est matérialisée avec un alignement lumineux, nous avons google Earth pour nous aider, il y a une étale à 01h30, aussi pourquoi ne tenterions nous pas une entrée de la passe de nuit ? »
«  Vingt dieu ! Merci les étoiles d'une telle inspiration ! » Je commence à réfléchir et je sens mon estomac se contracter à cette idée ! Une passe n'est déjà pas facile de jour avec du visuel à l'appuis, mais en plus c'est la lune noire. Malgré la confiance que j'ai dans les calculs de Marco concernant l'heure de l'étale, on est jamais à l'abri de se planter d'une heure !( cela nous est déjà arrivé)
Toutefois, j'attends d'être rendue sur place pour donner mon verdict.
A 01h00, on est devant la bouche d'entrée, (comme on ne voit rien on suppose l'être d'après notre ordinateur  et les vagues contours d'ombre des motus!) Hélas, les feux d'alignement ne marchent pas comme c'est le cas un peu partout au Tuamotu...
Marco est chaud, moi glacée ! Ma cervelle a eu le temps de ressasser toutes nos différentes expériences dans les passes pour être quelque peu refroidie.
Cependant, emportée par l'élan du capitaine qui ne semble pas vouloir renoncer à ce projet, je ferme ma gueule. ( Quand il a une idée en tête, mieux vaut se lever de bonne heure pour le faire changer d'avis et là on est pas encore couché!)
Je sors donc l'ordinateur dans le cockpit pour une partie de jeux vidéo réel. La passe est photographiée du haut et notre GPS permet d'avoir un petit bateau rouge qui s'affiche.
Le but est de maintenir le point rouge au milieu de la passe en bougeant la barre selon là où il se trouve, c'est facile ! Cependant, on ne sait pas encore quel sera le courant ce qui peut avoir une influence capitale sur la réactivité...
Marco lui, s'est armé de l'arme de guerre : une frontale super puissante qui nous permet d'avoir une visibilité de 3 mètres à l'avant.
C'est partit... le cœur battant, la concentration à son maximum.
Les yeux rivés sur mon écran, la partie de jeux vidéo commence, j'oeuvre à la barre. Marco vient m'encourager, vérifier, regarde de tous les côtés, descend à l'intérieur contrôler notre trace sur l'ordinateur et notre vitesse. Il semble que nous n'ayons qu'un nœud de courant de face ( parfait), il n'y a pas de vent ( re parfait).
-  « Punaise ! je pars un peu trop sur le côté, le bleu turquoise se rapproche », vite , je redresse.
« Là, maintient ce cap, ouai ! Allez on va y arriver ! »
D'après le jeux, on devrait être dans le lagon. Mais la partie est loin d'être gagnée, il nous faut, à présent, aller mouiller pas loin de là, reste à traverser un champ de patates de corail.
Moteur au ralenti, je contourne les tâches noires de l'écran et Marco éclaire devant pour contrôler la manœuvre.
Au bout d'un moment, on estime que là, on va pouvoir jeter l'ancre, c'est ce que nous faisons.
Les jeux vidéo c'est vraiment pas mon truc surtout lorsque la vie de notre bateau en dépend, aussi, je suis soulagée d'avoir terminé la partie sans dommages ! Je ne veux plus jouer !


Lorsque l'on éteint le moteur, une vague de contentement envahit le cockpit.
« On a réussi ! On va se boire une bonne bière pour fêter ça ! »
Il est presque 02h00 du matin, mais notre état d'excitation est à son summum.
Il n'y a pas un souffle d'air, pas une onde, un silence total, une odeur de fleurs flotte dans l'air...
Notre Hinano fraîche bue sous les étoiles dans ce calme, paraît encore meilleure...




Le lendemain, le ciel et la mer se sont unis, fondus l'un dans l'autre ; il n'y a plus d'horizon si ce n'est que quelques motus suspendus dans les airs. Pas une ride sur l'eau, pas le moindre souffle de vent, mais un soleil encore plus vigoureux ! Malgré la chaleur torride, nous apprécions la tranquilité de cette journée sans air et surtout sans aucun mouvement dans le bateau. On est parfaitement à plat, ce qui nous arrive qu’exceptionnellement !

Aujourd'hui pas besoin de masque pour voir les poissons et les requins, eux aussi flottent dans l'espace !

Comme nous ne sommes pas loin de la passe, on en profite pour aller plonger au courant rentrant.





La clarté de l'eau nous permet de voir par plus de 30
mètres de fond. Des bancs de thons, de gros barracudas, de carangues, requins divers....

Notre annexe crevée nous ramène par obligation au bateau. Nous avons beau y mettre des rustines, ça fuit... Une nouvelle opération s'avère nécessaire, mais celle-ci n'arrange toujours pas l'histoire ! ( Faudra tôt ou tard en acheter une neuve ! c'est déjà beau que nous l'ayons encore après toutes ces années !)












Tikehau est certainement l'un des atolls que nous préférons. Pour clore notre périple aux Tuamotu, il s'imposait de repasser ici, généralement nous ne sommes pas adeptes des retours sur les mêmes lieux, mais il se trouve que l'atoll est sur notre chemin. Les îlots de sables roses, la douceur et l'ambiance particulière nous pénètrent à nouveau. Il y a encore des motus à découvrir...




Le vent du Sud Est nous chasse du mouillage de la passe, nous allons mouiller aux motus des sables roses de l'autre côté du lagon. Des bandeaux rosés s'étirent ondulant entre les cocoteraies et le lagon. Un sable où se décline des teintes surprenantes : du saumon, au rose-orangé, rose clair, rehaussé par des strates blanches.







Sur un des motus nous tombons sur un lieu aménagé pour les lunes de miel. Une baraque de bois et de palmes est posée aux milieu des cocotiers.






Il y a une douche en bambou et plus loin au bord du hoa : un coin bar et un grand lit rond en bois à même le sable, une structure au dessus permet d'y mettre une moustiquaire.



 L'endroit est charmant pour y fêter ses noces !



Pas très loin de là, sur un motu vit Tuffa et sa femme qui font pousser des pastèques et des melons, (nous les avions rencontrés l'année dernière, Marco avait fait une session chasse mémorable avec lui).

Nous allons leur rendre visite, seul Tuffa est là dans son jardin, il nous fait un accueil chaleureux. Les fruits ne sont pas encore mûrs. Sa précédente récolte lui a permis d'acheter une barque à moteur et de rentrer dans les frais investis, ce titan du travail se voit récompensé par ses efforts. Faire pousser sur ces terres coralliennes relèvent d'un sacré défi !
Dans un mois, Tuffa se marie, pour cet événement plus de 700 personnes sont attendues, certaines viennent de l'île de Pâques, d'autres d'îles voisines, certains convives viendront avec leur bateau moteur. Une fête de 3 jours qui ne va pas manquer de festivités... Les congélateurs de la mairie ont été réquisitionnés et des bœufs, agneaux, porcs, poissons, langoustes et j'en passe, patientent déjà dans la glace. L'abri à cyclone lui aussi va être réquisitionné pour y faire dormir tout ce monde !


Depuis notre visite l'année dernière seul un autre couple de navigateurs Australiens sont passés les voir sur leur motu. Il semble d'ailleurs qu' il n'y ait pas d'autres voiliers dans l'atoll en ce moment !



Marco se remettant doucement de son otite évite de chasser, d'autant plus qu'une nouvelle à l'autre oreille se déclare ( la totale!). Mais du bateau à la ligne, il nous ramène des becs de canne et autres poissons. Le seul jour calme côté houle et vent, il part à la langouste. L'endroit idéal pour les attraper à la main se situe au bord du reef donnant directement sur l'océan. Ce qui veut dire que si une série de vagues surgit, tu te fait balayer. Ayant vu les marques que ça laisse sur le dos à Marco, je m'abstiens de l'accompagner ! Il revient à peine au bout d'une heure avec 6 grosses langoustes ! C'est maintenant que nous allons quitter les Tuamotu qu'enfin nous savons comment les attraper !



Le vent se déchaîne encore ! Cette année nous sommes servis ! Le Maramou est en grande forme !
Cette nuit : vent constant entre 25 et 30 nœuds, autant dire que depuis quelques jours on ne dort guère ! Même si nous sommes à l'abri de la houle grâce au motu, le vent lui, pousse fortement le bateau, la chaîne se tend avec des à coups, des grains viennent renforcer l'intensité du joyeux tableau.
Quand les conditions sont ainsi, on veille nuit et jour, on doit rester à bord au cas où... Il faut avouer que c'est fatiguant ce bruit, ce stress à chaque grosse rafale, et les journées sont parfois longuettes à patienter dans le bateau, malgré les petites occupations bricolage qui ne manquent jamais !!!
Voilà les revers de ce si joli décors !



Nous sommes au village, pour une fois à quai. Nous tentons une connexion internet, mais cela ne marche pas. Un gars de la mairie nous dit :
-  « L'antenne est flinguée depuis quelques semaines, hier un gars est venu spécialement de Tahiti, il est monté en haut de l'antenne et s'est aperçu qu'il n'avait pas les bons outils, du coup, il est repartit en avion et on attend qu'il revienne, mais on ne sait pas quand ! »
Situations cocasses des îles !!!



Nous attendons à présent qu’Éole se calme, dès que ce sera le cas, on mettra les voiles sur Tahiti. Nous avons à changer des ridoirs au gréement, et faire quelques achats. Il est temps aussi de se rapprocher de notre but : celui d'aller aux Tongas. C'est une grande traversée qui nous attend de Tahiti :1300 milles soit 2500 km ! Plusieurs routes sont possibles, nous en choisirons une en fonction de la météo au moment du départ.








mercredi 20 juillet 2016

Du 7/07 au 20/07/2016 MAKEMO-TOAU


L'ancre est levée, nous traversons le lagon pour rejoindre la village. En 3h nous y sommes. Les provisions commençaient à arriver en bout de stock et par chance le bateau ravitailleur est à quai !
Nous ne tardons pas à aller dévaliser le magasin, nous tombons sur un trésor : des légumes : carottes, choux et pomme de terre ! Nous nous accordons une nuit au mouillage du village sachant que demain, nous devons impérativement partir car à nouveau un coup de vent est prévu.
La navigation dans le lagon nécessite toujours beaucoup de vigilance et le ciel gris, chargé, ainsi que la pluie, ne nous aide guère à déceler les couleurs nous permettant de voir les patates de corail. Néanmoins, nous arrivons au lieu prévu après 6h de navigation. Une langue de corail devrait nous protéger du vent du Sud Est annoncé. Malgré le ciel s'obscurcissant, nous allons à terre nous dégourdir les jambes et repérer le reef côté océan en vue d'une chasse à la langouste. La forêt est très dense et plus importante que nous le pensions, il nous faut plus de temps que prévu, aussi lorsque nous arrivons face à l'océan, nous constatons que nous sommes cernés de barres noires menaçantes. Le coup de vent accompagné de grains se préparent. Nous devons regagner le bateau au plus vite, nous optons pour le tour de la cocoteraie au pas de course. Les cocotiers s'agitent sérieusement et l'eau frissonne. Nous courrons à présent le long de la plage pour rejoindre l'annexe car le vent est là, mais pas dans le sens que nous l'attendions. Le bateau a tourné, il est cul aux patates et à la plage, sans aucune protection : mauvaise posture si l'ancre dérape... Nous sautons dans l'annexe qui doit affronter les vagues qui se forment et les rafales qui menacent de la retourner. Sitôt arriver à bord, on s'active :
  • remonter au plus vite le moteur de l'annexe au cas ou celle-ci se retourne
  • préparer l'ancre de secours
  • plonger pour démêler la chaine qui s'est enroulée autour des patates
  • sécuriser tout ce que nous pouvons car les vagues passent à présent, par dessus le pont
Nous sommes très inquiets car la barrière de reef ne nous protège en rien et nous ne savons combien de temps la chaîne va pouvoir supporter les violents impacts. La pluie et le vent se déchaînent, tout est noir autour de nous. On est pris au piège sans autre solution que d'attendre et surveiller. Les heures sont longues... On se fait secouer au point d'en avoir l'estomac renversé.
Heureusement dans la nuit peu à peu l'intensité diminue et au matin le calme est revenu comme par enchantement ! OUF !
En regardant le paysage, et le soleil radieux on a du mal à croire que quelques heures avant seulement, on vivait l'enfer...
Deux jours plus tard, un créneau exceptionnel s'offre à nous pour mettre les voiles vers Toau. Dès que le soleil est levé, on rejoint la passe qui se trouve à 20km.
La chance semble nous sourire car nous évitons, à 2 mètres près, une patate de corail qui aurait pu sérieusement endommager le bateau ! Nous franchissons la passe presque sans courant au moment parfait de l'étale. (Pour une fois on sort tout en douceur !). Et les conditions de navigations durant 32h sont de l'ordre du parfait : vent de 15 nœuds bien établit, mer calme... De l'exceptionnel ! Et pour couronner notre arrivée : nous attrapons une coryphène ! Mais là, la chance estime peut être nous avoir suffisamment gratifiée car en tentant de la remonter, elle se décroche sous notre nez ! Voyant au loin une escadrille d'oiseaux, nous allons vérifier si la chance traîne encore un peu, en faisant un petit détour vers eux.
Et Bingo ! ça mord sur les 2 lignes !!! C'est le gros lot ! Tellement gros que nous n'arrivons même pas à les remonter. Nous sommes devant l'enclave où se trouve le mouillage, avec nos deux gros poissons accrochés, plongeant, se débattant, on a l'air malin ! Cette fois, Marco s'arme de gants, les muscles blindés, il arrive peu à peu à tirer sur l'un des fils de nylon. Non sans peine, on bascule l'énorme thon jaune dans le cockpit. On l'assomme rapidement. Nous voyons un gars, un local arriver avec son bateau moteur, on lui fait signe afin qu'il nous aide à remonter le deuxième. Nous sommes contents de pouvoir se débarrasser de ce mastard et Gaston est bien content de le garder...
On arrive à la bouée les pieds baignant dans le sang, avec du pain sur la planche, mais contents !


Cette fausse passe est prisée par les navigateurs car il n'est pas nécessaire de rentrer dans le lagon ( pas de passe à franchir) et de plus elle est bien abritée. Les bateaux y font souvent escale lorsqu'ils font la route Marquises- Tahiti. C'est aussi un lieu de plongée renommée, c'est d'ailleurs ici, que Bourgnon ( navigateur ayant gagné la route du Rhum) a trouvé la mort l'année dernière, disparu en plongeant.
En arrivant, nous sommes surpris de voir autant de bateaux ( 10), nous, qui généralement sommes seuls, on se croirait débarqué en pleine civilisation ! Cependant, c'est de courte durée car le sur-lendemain presque tous les bateaux lèvent l'ancre.
Nous retrouvons avec plaisir barbichette, le papy avec qui nous avions bien sympathisé l'année dernière autour de verres de pastis. C'était la première fois qu'il en buvait et nous avait déclaré qu'il n'avait jamais rien bu d'aussi bon de toute sa vie ! Alors nous avons pensé à lui, même si les Américains nous ont sucré notre bouteille de pastis, nous avons sauvé une petite de Ricard qui lui est destinée.

Après une longue marche de plusieurs heures pour faire le tour du motu, au début sous une couverture nuageuse mais qui très vite est remplacée par un soleil de plomb, nous rentrons avec une bonne insolation ( dont je mettrais 3 jours à me remettre.)
Nous profitons d'un petit créneau entre deux perturbations pour mettre les voiles en direction de Rangiroa. Hélas en chemin, nous nous faisons surprendre par nos amis les grains, venant une fois de plus nous chahuter. Vu l'état de la mer et mon mal de crâne persistant, nous décidons de nous arrêter à l'atoll le plus proche, celui d'Apataki. Nous devons, cependant, conserver une bonne allure si nous voulons rentrer à temps pour l'étale : le vent soutenu nous y aide... La passe est surprenante : quelques cabanes de pêcheurs sur pilotis sur les côtés et le village baignant dans une atmosphère de quiétude donnent une ambiance particulière.
A l'Est, un chantier pour les bateaux a été ouvert il y a quelques années, nous nous dirigeons vers celui-ci.
Un long motu de plusieurs kilomètres s'étire avec une longue plage de corail blanc.
Quelques voiliers sont à l'ancre et des mâts apparaissent derrières les cocotiers. Il faut avoir l'idée de créer un chantier en ces lieux retirés !
Le lendemain, nous nous rendons sur place, où nous sommes chaleureusement accueillis par les propriétaires. Ils nous informent des dernières nouvelles venant de France avec le carnage qui a été commis à Nice ce 14 Juillet ! Encore une horreur témoignant de notre incapacité à vivre en paix !
Nous imaginons tout à fait que ces évènements vont une fois de plus, nourrir les médias et contribuer à distiller un climat de peurs. La vague émotionnelle doit déferler sur chacun. Face à ce flot comment réagissons nous ?
J'avais eu l'occasion de lire un texte de Natalie BUCZET au moment des attentats précédents qui m'avais interpelé et que je voudrais partager avec vous :

« Nous sommes informés de tous les évènements et il n’est peut-être pas nécessaire de passer nos journées devant les écrans à baigner dans la peur, la colère, la haine…. Observons ce que cette immersion créée en nous : est-ce que cela nous rend meilleurs, fait de nous de belles personnes ? Et si nous portions notre attention et donnions notre énergie à du beau, à un sourire, à la vie ? si nous nous relions à un peu plus d’amour, de bienveillance et de joie, nous serions à ce moment là vraiment utiles, une vraie aide pour ceux qui souffrent, et nous ne donnerions pas de l’énergie de colère à ceux qui s’en nourrissent et ont basculés dans la noirceur.
Nous sommes responsables du choix de nos pensées et à qui nous donnons de l’énergie.
Belle journée dans vos cœurs. (espacezenitude.com) »



Le platier côté océan semble parfait pour une chasse à la langouste. Marco est motivé pour tenter à nouveau sa chance. Sachant que nous ne pouvons manger le poisson de ce lagon ( il y a la ciguatera généralisée), peut être nous sera-t-il possible de se délecter de quelques langoustes ?
Lorsqu'il fait nuit, elles remontent sur le platier dans peu d'eau pour chercher de la nourriture, il suffit alors d'arriver à les voir avec la frontale et d'être rapide pour les attraper à la main. Ce soir, Marco est en vaine, il en ramène 2 belles !
Lors de nos longues marches, nous avons trouvé un trou d'eau douce ( eau de pluie), une aubaine pour faire la lessive, même si cette marre un peu croupie sert de nurserie à moustiques. Il est tellement rare de trouver de l'eau, ici ! Celle que nous recueillons dans la bâche nous la gardons précieusement pour la boire.
Les grains se succèdent avec une alternance de rafales, de pluies... Un bateau arrive au moment où l'un d'eux se déchaîne, le rideau de pluie l'empêche de voir une patate de corail, il vient la percuter violemment. Posé sur le récif, incliné, il n'a plus d'autre choix que d’appeler des secours par VHF.  le gars du chantier vient l'aider à se dépêtrer. Une chance que le bateau soit en aluminium...


Marco s'est remis à faire des relevés au sextant, histoire de s'entrainer et de ne pas oublier. Jusqu'à présent, il n'utilisait que des relevés par rapport au soleil, maintenant il veut se servir aussi des étoiles. Il doit donc apprendre à repérer les constellations ( différentes évidemment de celles que nous avons dans l'hémisphère Nord!), à relever différents points liés aux étoiles et faire de savants calculs : très intéressant ! Du coup tous les soirs, il passe des heures le nez dans le ciel, scrutant les étoiles...






jeudi 7 juillet 2016


Du 20 Juin au 6 Juillet 2016   DE RAROIA A MAKEMO




Après moult calculs, un petit créneau météo est enfin identifié. Il est nécessaire de tenir compte de l'heure de l'étale au départ et à l'arrivée, du nombre de milles et le temps estimé pour s'y rendre, en sachant que nous devons en plus arriver de jour... Nous quittons Raroia. Le courant sortant nous catapulte hors du lagon. Nous apercevons au loin des centaines d'oiseaux chassant. Nous mettons le cap sur eux tout en sortant notre attirail de pêche. C'est la frénésie, les oiseaux et les requins sautent, plongent, ça grouille en dessous. Notre ligne cependant ne bouge pas. En regardant les berges s'éloigner, nous nous rendons compte que nous sommes suivis. Une petite baleine blanche souffle, crache, nous montrant son dos, sa queue. C'est peut être le bébé de Moby Dick ? Nous pouvons faire un gros plan sur elle avec les jumelles, génial ! En tout cas, nous sommes comblés par cette apparition. Nous apprendrons quelques jours plus tard, par des Polynésiens, qu'il n'y a pas plus grand privilège que de rencontrer cette créature sacrée. Elle est considérée comme reine des océans! Son apparition est un signe de bonne augure, porteuse de chance et de bonheur.   
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Le vent est très léger aussi le Spinnaker flotte toute la journée et une bonne partie de la nuit. Sur la route se trouve un autre atoll vers lequel il ne faut pas s'aventurer trop près. Lorsque Marco prend la relève de mon quart, nous préférons affaler le spi et remettre les voiles. Il sommeille dans le cockpit quand un flash lumineux lui fait ouvrir les paupières. Il voit alors une lumière verte fusant dans le ciel et disparaissant sur la barrière de l'horizon. Elle laisse une traînée derrière elle et chez nous une certaine inquiétude. Il serait inconcevable de faire une traversée sans grain, aussi nous y avons effectivement droit. Le vent monte, nous obligeant à rouler entièrement le génois et prendre 2 ris dans la grande voile que nous conserverons tout le reste de la traversée. Au lever du jour, nous sommes à l'entrée de la passe, arrivé à destination pile poil selon notre estimation! Mais une surprise nous attend : le courant devrait être rentrant, mais c’est un flux sortant qui freine notre progression. Une houle de 3 mètres passe par dessus le reef du lagon et le remplit, du coup ce surplus d'eau s'évacue par la passe, engendrant un copieux courant. A voir la gueule de Marco derrière les jumelles, je me doute que ça doit être corsé. D'ailleurs il me déconseille de mettre mes mirettes dans la longue vue. Nous n'avons pas le choix, le courant restera sortant et va forcir avec la marrée, il faut rentrer dans le lagon. La passe n'est qu'une marmite bouillonnante, avec des vagues désordonnées, des tourbillons, nous nous lançons courageusement dans ce flux contraire. Nous sommes tendus comme des arbalètes, le moteur hurle et on avance à peine. Chaque mètre parcouru est une victoire. Vingt dieu quel stress, surtout après une nuit sans dormir ! Mais ça y est  nous y sommes ! Le bateau qui nous suit à 1 h derrière nous n'a pas notre chance ; après 4 tentatives pour franchir la passe, il renonce et doit se coller une autre nuit en mer pour rejoindre un autre atoll...   


 Le soleil étant trop bas pour rejoindre les motus du Sud, nous nous accordons quelques heures de récupération devant le village. Nous ne pouvons hélas y rester, vu ce qui se pointe demain. Un vent de 28-30 nd est annoncé. Le mouillage du village est complètement exposé aux vents du Sud-Est. Le soleil est au zénith, il est temps de poursuivre notre navigation dans le lagon au milieu du champ de patates de corail... Quel soulagement lorsqu'enfin nous jetons l'ancre dans la piscine bleutée et que nous pouvons enfin dormir !  Le lendemain et les jours suivants, comme prévu, le vent forcit. Notre peine pour venir jusqu'ici se trouve récompensée.



Le reef, bancs de sable et motus constituent une bonne protection contre la houle. Même si la chaine est mise à rude épreuve, le bateau demeure presque à plat. Les 25 à 30 nœuds de vent constant génère un sacré tintamarre. La nuit, il semble que tous les bruits s'amplifient : le vent hurle, les cliquetis se mettent en action et le cerveau également. Il me faut calmer la bête, sous peine de voir la chaîne se rompre et le bateau échouer sur les patates de corail toutes proches. Alors j'opte pour les boules Quiès et une méditation afin de maîtriser mon stress. Je réalise cependant, que nous n'avons même pas pris la peine de sortir l'ancre de secours au cas ou... Nous y remédions dès le lendemain. Une journée, le vent est si fort que nous ne pouvons envisager d'aller à terre, nous restons à surveiller notre embarcation.



Les motus sont pourvus de longues plages de sable, nous avons en principe tout le loisir de dégourdir nos jambes !



Le décors et les couleurs paraissent presque irréels, tant cela est sublime. Côté lagon, les teintes se marient entre elles passant du rose, au violet, au vert, au bleu glacier, piscine, turquoise, cobalt et  brun. Avec des bancs de sable blanc ou rosé au milieu, qui en rehausse l'intensité.




 Malgré le vent qui agite les cocotiers, il flotte dans l'atmosphère une certaine  douceur. Il existe une nature plus domestiquée à Makemo qu'à Raroia avec des cocoteraies aérées et entretenues, du sable fin permettant de marcher pieds nus. Même si nous ne croisons personne, on sent malgré tout la présence de l'homme qui a quelque peu dompté cet univers. La culture du copra y est pour beaucoup.





Au fil des jours nous ne cessons d'être émerveillés. Le seul bémol : les moustiques  même s'il en existe beaucoup moins qu'à Raroia. Tant que nous marchons, tout va bien, mais s'il nous prend l'envie de faire un barbecue sur la plage, ces bestioles se chargent de faire aussi un repas de nous. La seule solution pour les éloigner est de faire un feu avec la bourre de coco !  Le cocotier c'est comme le cochon, absolument tout, est utilisable : le bois pour les constructions, les feuilles de palmes tressées pour couvrir les toits, les fleurs pour en faire du sucre, la bourre (ce qui entoure la noix) brûlée éloigne les moustiques, sa fibre sert à la confection de bijoux. De la noix on peut recueillit l'eau pour la boire, la chaire râpée peut être utilisée pour les gâteaux ou on peut en extraire du lait, de l'huile, de la farine. Lorsque qu'une noix germe, on peut manger le germe cuit ou en salade. Le cœur du palmier est aussi un délice. Le cocotier n'a pas besoin de terre, le corail lui suffit pour prendre racine. Il donne aussi du travail aux habitants qui cultive le copra et leur fournit ainsi leur  principale ressource. Cet arbre, en plus de tous ses usages, possède une fière allure. Elancé, droit, avec une chevelure verte et sauvage, il attire a lui les oiseaux, les crabes des cocotiers... et tant de rêves !! Cependant, ici on apprend aux enfants dès le plus jeune âge à s'en méfier, à toujours regarder en l'air avant de passer sous un cocotier et à ne jamais s'arrêter dessous, s'il y a des noix. 



Tous les poissons étant comestibles, on se régale de chaires différentes. Les quelques requins pointes noires qui accompagnent mon chasseur semblent presque inoffensifs au regard des gris! Mais à chaque tirs, ils sont là et le poisson au bout de la flèche doit être mis rapidement hors de l'eau. Marco devient un as en natation coulée avec ses poids tout en maintenant la flèche et le poisson en l'air.  Deux Polynésiens, Gabriel et Napoléon, sont arrivés à l'une des cabanes pour récolter le copra. En nous voyant arriver avec l'annexe, l'un d'eux sort agitant les bras pour nous dire de venir les rejoindre. Ils sont en train d'organiser leur campement car ils vont y rester une quinzaine de jours pour travailler. Ils nous offrent une noix de coco fraîche et nous taillons un bout de causette. Le soir, Marco les rejoint pour aller chasser le crabe des cocotiers. Ils n’attrapent que des petits ou femelles, aussi les relâchent-ils. Un autre soir ils partent aux langoustes sans plus de succès. Nous sympathisons rapidement avec les gaillards établissant de bons échanges.  C'est la première fois, depuis que nous sillonnons les Tuamotu, que nous avons si frais : il fait 26°c dans le bateau et cet air réjouit mon Nordiste. Le fort vent du Sud a au moins l'avantage de faire chuter les températures. On peut même aller marcher en plein après midi sans être calcinés. Nous sommes beaucoup plus toniques, en comparaison aux larves que nous étions aux Marquises. La houle ayant diminuée, le lagon se vide chaque jour davantage, de nouveaux bancs de sable rose apparaissent. Nous allons flâner sur ces étendues aux teintes extraordinaires.


Quelques requins pointes noires viennent se gratter le ventre en remontant sur les plateaux sablonneux dans 10 cm d'eau. 



Des bancs de perroquets bleus nous filent entre les jambes. Des murènes dansent avec grâce. Des bénitiers referment leurs lèvres bleues ou violettes à notre approche. Un petit poisson Picasso surpris par notre présence s'échoue sur le sable. Nous le remettons vite dans son grand aquarium. 


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Le niveau d'eau a tellement baissé au fil des jours, qu'il est possible de marcher des heures tantôt sur les bancs de sable, tantôt dans l'eau peu profonde. 


Ces immensités sauvages à perte de vue sont grandioses. Nos pas, nous emmène là où bon leur semblent, sans destination précise, laissant notre regard se perdre dans cette féérie et cette harmonie. 



L'esprit semble avoir perdu tous ses repères habituels dans cet univers. Léger, il flotte parmi les couleurs, l’odeur marine et les effluves de fleurs et se laisse bercer par le ressac des vagues sur le reef au loin.




Chaque marche se termine par une nage dans l'eau cristalline au dessus des patates de corail. Là encore, au milieu d'un festival coloré, la paix rayonne. Ces journées là, possèdent le pouvoir d’estomper toutes celles qui furent agitées ou stressantes. Voyager en bateau c'est accepter de vivre intensément les moments heureux comme ceux dramatiques. Sur l'océan, le mouvement est permanent ; chaque jour possède une teinte différente. Aussi, mieux vaut être dans l'acceptation de ce qui est. Le fait de se retrouver loin de tout et à la merci des éléments, nous remet face à nous même. B. Marciniak exprime sensiblement la même idée : « Si vous arrivez à garder vos distances avec les médias pour un temps, et que vous vous désengagez de la fréquence de chaos, d'anxiété, de stress, de tourbillon d'activités et de tentations de toutes sortes dont vous n'avez pas besoin, vous commencerez à être à l'écoute de ce qui se passe à l'intérieur de vous et à vivre dans un monde sans être nécessairement perdus dans celui-ci ! Vous devenez plus clairs. »